Les Belles Endormies


" -Et veuillez évitez, je vous prie, les taquineries de mauvais goût ! N'essayez pas de mettre les doigts dans la bouche de la petite qui dort ! ça ne serait pas convenable ! " recommanda l'hôtesse au vieil Eguchi
Les "Belles Endormies", une maison ou des hommes d'un certain âge payent pour dormir aux cotés de jeunes filles. J'ai bien dit dormir, car dans ce livre, il n'est pas question de sexe mais plutôt de nostalgie, du temps qui passe et des femmes qui ont marquées la vie d'un homme. Il y a du Suskind (le parfum) et du Proust (à la recherche du temps perdu) dans ce livre.

Eguchi a 67 ans quand il se rend pour la première fois aux belles endormies, sur les conseils d'un ami. il est plus jeune que l'habituel clientèle de la maison, l'hôtesse lui apprend que les jeunes filles sont endormies a l'aide d'une puissante drogue et qu'il devra être parti avant leur réveil. On le fait rentrer dans une petite chambre ou dort déjà une fille. Eguchi d'abord curieux essaye de la réveiller, lui parler, l'observer sous toute les coutures (elle dort nue), puis voyant qu'elle dort profondément ,s'allonge à coté d'elle et prend les somnifères placés a son intention près du lit. Ses pensées vagabondent, grâce à la chaleur et l'odeur de sa voisine de futon, ses rêves le ramènent au temps de sa jeunesse.

"Et pourtant, pouvait-il exister chose plus horrible qu'un vieillard qui se disposait a coucher une nuit entière aux cotés d'une fille que l'on avait endormie pour tout ce temps et qui n'ouvrirait pas l'oeil ? Eguchi n'était il pas venu dans cette maison pour rechercher cet absolu dans l'horreur de la vieillesse ?"
Yasunari Kawabata, prix Nobel de littérature 1968, a écrit ici un livre cruel et triste sur la vieillesse d'un homme. Son personnage ne sucre pas encore les fraises mais il s'en approche et ça l'effraye. Contrairement aux habitués de la maison de passe ou il se rend pour la première fois, il se pose des questions morales sur ce qu'il est en train de faire. Quand il dort près d'une jeune fille, il rêve à d'autres femmes, pas à celle qui est a côté de lui. D'abord réticent Eguchi va devenir un régulier des "belles endormies" et se perdre dans son passé lié au beau sexe. Seul le cinquième chapitre change l'ambiance de nostalgie moite du livre, pour  une réalité forcément plus glaciale. Elle va dissiper les rêves éveillés du vieil homme et ceux du lecteur par la même occasion. 
C'est peut être cela, les belles endormies, l'illusion momentanée de pouvoir revivre intensément son passé, en dormant chastement auprès de jeunes vierges. je précise quand même que ces jeunes filles sont majeures et que malgré quelques descriptions un peu olé olé, ce livre subtil et onirique à mettre entre presque toute les mains.

"Les Belles Endormies", Nemureru Bijo [1960], Yasunari Kawabata, traduit par R. Sieffert, Collection Biblio, Editions Albin Michel [1970], 125 pages.

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