Marge brute

"Vous qui entrez ici, abandonnez tout espérance"
-La divine comédie.


Après la lecture de "L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation", j'ai eu envie de lire un livre dans l'univers impitoyable de l'entreprise et j'en ai trouvé un.
Le premier livre de Laurent Quintreau est une réussite, sur un postulat de base simple : raconter une réunion entre cadres avec une contrainte formelle : à la façon de "La divine comédie" de Dante.
Mais qui est Laurent Quintreau ?, un auteur de théâtre, un des fondateurs de la revue "Perpendiculaire" (ou Michel Houellebecq a travaillé) et un créatif/syndicaliste chez Publicis une grande entreprise de communication (une boite de Com en langage branché).

Dans "La Divine Comédie" le héros traverse les neufs cercles de l'enfer avant d'atteindre le purgatoire puis le paradis, dans "Marge brute", 11 cadres vont narrer chacun leur tour ce comité d'entreprise, le premier racontant le début, le onzième racontant la fin. Mais Laurent Quintreau ne s'arrête pas là, chaque narrateur va aussi révéler ses opinions personnelles, ses espérances pour l'avenir, ses névroses.
De Meyer la mère de famille tellement "Desesperates Housewives", à Pujol le bellâtre libidineux qui fantasme ses collègues féminines en lutteuses de catch (avec concombre si possible), à Brémont la petite boulotte frustrée qui manque cruellement d'estime d'elle même. Je ne vous parle ici que des premiers personnages pour ne pas spoiler mais j'aurais aussi pu vous parler en détails de Rorty le pdg qui cite nietzche et cache très bien son jeu, De Vals le lèche botte, Castaglione la "féministe", du violent Stoeffer, etc. Les sujets abordés lors de cette réunion ne seront pas trop étranger au lecteur, les restructurations en prévisions, aux licenciements (abusifs) aux mises en préretraites (forcés) pour accroître la rentabilité et ainsi satisfaire les sacro-saints dividendes des actionnaires (les salauds). Je vous ai dit que l'auteur était syndicaliste et un peu cynique =).

Laurent Quintreau a réalisé un bon travail dans la caractérisation de ses cadres, de la bêtise crasse d'un, aux tendances suicidaires d'un autre, ils sont tous différents, mais un seul point commun, le port d'un masque pour cacher leurs faiblesses professionnelles ou personnelles. Le ton reste dans l'humour noir et l'ambiance change à chaque personnage avec comme point culminant le neuvième chapitre, presque horrifique. L'auteur fait cité par ses cadres un nombre incroyables d'auteurs/philosophes, outre Nietzshe et "La volonté de puissance" qui semble faire loi dans cette entreprise, Aldous Huxley "Le meilleur des mondes" revient lui aussi souvent, imaginé l'ambiance du comité d'entreprise maintenant.
Un premier bon livre pour Monsieur Quintreau et une bonne lecture pour moi.

"Marge Brute", Laurent Quintreau, Edition 10/18 [2007], 110 pages.

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