Michel Houellebecq raconte l'écrivain Lovecraft

"Howard Philipps Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie, et éventuellement à réussir leur oeuvre"

Michel Houellebecq, écrivain/chanteur/réalisateur que je connaissais de réputation, cette réputation, parfois sulfureuse, ne me donnait pas envie de le lire. J'ai changé d'avis et je ne le regrette pas. Ce livre est constitué en trois parties distinctes. La première est une présentation succinte de Lovecraft ou Houellebecq parle de ses souvenirs lié à H.P.L, philosophe un peu et taille un costard aux lecteurs =) :

"Quand on n'aime la vie on ne lit pas. On ne va guère au cinéma non plus, d'ailleurs. Quoi qu'on en dise, l'accès a un univers artistique est plus ou moins réservé à ceux qui en ont un peu marre."

A la lecture de ce chapitre, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que Houellebecq aurait voulu être un écrivain raté de son vivant mais reconnu après sa mort, le fantasme de l'artiste incompris, probablement. La seconde partie ou Houellebecq décortique le style de Lovecraft, sa manière frontale d'aborder le récit, l'accumulation d'adjectifs de ses récits et l'influence de ses prédécesseurs (Poe, Dunsany, Machen...).
Il utilise pour appuyer son propos d'extraits de nouvelles, parfois une page entière. A chaque aspect de style, un chapitre dédié, il y en a 6 en tout et les titres sont étonnants : "Traceront le schéma d'un délire intégral" ou "Attaquez le récit comme un joyeux suicide ". Cette partie est de loin , la plus intéressante et même drôle, Houellebecq parle de technique d'écriture et c'est fascinant.

La troisième partie sobrement intitulée "Holocauste" s'intéresse à la vie d' H.P.L. et surtout à ses opinions racistes. Loin d'excuser ou de condamner, Houellebecq tente d'expliquer ce racisme, de son éducation Wasps et bourgeoise, traumatisme de l'enfance, maladif, inadapté, tout les aspects de la personnalitée de celui que l'on a surnommé "le maître de Providence" sont passés au crible. La conclusion, semble simple pour Houellebecq, c'est le racisme, la haine qui a permis l'écriture des plus beaux textes de Lovecraft. Houellebecq le qualifie même de raciste mou car il tenait ses opinions pour lui même et ses proches, sans en faire état en publique.

Cette conclusion m'a laisssé dubitatif, les arguments qui sont décrit, comme la fameuse installation à New york, le chômage, la promiscuitée obligatoire avec des personnes que son éducation lui avait appris et mépriser, peuvent donner une autre conclusion possible, celle d'un début d'ouverture d'esprit. Il faut que je précise que vers la fin de sa vie, Lovecraft a désavoué ses anciennes opinions racistes et politiques allant même jusqu'a renié deux de ses nouvelles clairement racistes. Hormis sa conclusion que je trouve un peu trop provocatrice, j'ai bien aimé cet essai, surtout la deuxième partie, si Houellebecq écrit un jour un livre sur le métier d'écrivain, je l'achète tout de suite.
Cet essai s'adresse avant tout, à ceux qui ne connaissent pas H.P.L. et qui souhaitent en avoir un aperçu, voir à ceux qui ne l'ont jamais lu. Les autres lui préfèreront la biographie de Lyon Sprague De Camp "H.P.Lovecraft Le roman de sa vie", plus complet et précis (700 pages). Pour les anglophones, l'essai de Houellebecq a été traduit en anglais et préfacée par Monsieur Stephen King.

"H.P.LOVECRAFT contre le monde, contre la vie", Michel Houellebecq, Éditions J'AI LU, 154 pages.

Ps : Bonne Année, Bonne Santé et que votre Année 2009 soit fructueuse.

2 commentaires:

Flingobis a dit…

Dans le même ordre d'idées, Louis-Ferdinand Céline disait : "Quand on est bien dans la vie, on n'écrit pas ! L'écriture, c'est pour compenser !" Bof ! Alain Sanders avait pour slogan à un moment : "Lire, c'est vivre !" Bof, mieux vaut boire un petit coup et draguer les minettes.:)

wade wilson a dit…

Je pense que toute tentative artistique est une manière d'extérioriser un sentiment amoureux. Bon d'accord, sauf chez Michael Youn...