L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation

"Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à deux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lu demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef de service disons pour simplifier qu'il s'appelle monsieur Xavier c'est à dire monsieur ou plutôt mr x là de deux choses l'une ou bien mr x est dans son bureau ou bien monsieur x n'est pas dans son bureau"
Extrait du quatrième de couverture.

Ce texte est un essai de littérature combinatoire, un genre littéraire connu de tous par son fer de lance, "le livre dont vous êtes le héros". Georges Perec n'a probablement pas connu ce genre d'ouvrages, c'est à Raymond Queneau et à son "Le conte à votre façon" qu'il se réfère. La première version de "L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation" se présente sous la forme d'un organigramme, puis par la suite Georges Perec décida de le transposer en récit humoristique. Ce texte est une exploration complète des différentes possibilités qui peuvent apparaître à partir d'une situation donnée, ici, demander une augmentation. L'organigramme est présent dans le livre, il suffit de le déplier.
Contrairement au jeu textuel de Raymond Queneau, "L'art et la manière..." ne permet pas au lecteur de choisir son destin, c'est le narrateur qui va explorer pour lui, les différentes possibilités d'action pour obtenir l'augmentation tant souhaitée.

"... or vous devriez le savoir mr x est un chef de service or un chef de service ne félicite jamais un de ses subordonnés donc mr x ne félicite jamais un de ses subordonnés or vous êtes l'un des subordonnés de mr x donc mr x ne vous féliciteras jamais or si mr x ne vous félicite pas vous ne pourrez pas lui parler d'augmentation"

Comme vous pouvez le lire dans les extraits retranscrits ici, le texte de Perec se présente sans points, ni virgules. Le texte n'est qu'une gigantesque phrase sans temps mort, obligeant le lecteur à lire d'une traite sous peine de perdre le fil du texte. Moi, je n'ai pas réussi, mon pauvre cerveau me réclamant des temps de pause réguliers, malgré les petits dessins qui entrecoupent, sans logique aucune, le récit.
Mon cerveau avait aussi à traiter un autre problème lié à la forme du texte, les apparentes répétitions. Certaines formules, certaines phrases reviennent sans cesse parfois sur la même page, j'ai cru plusieurs fois relire le même paragraphe, une impression hypnotique (voir l'extrait ci dessus). Pour un lecteur inattentif, ces répétitions sont identiques, mais en lisant plus attentivement d'infimes changements apparaissent. A partir de là, le lecteur est prit dans le piège de cette lecture ludique, cherchant des variations de temps, de pronoms, etc.
Le texte ne manque pas d'humour. L'entreprise décrite par Georges Perec est particulièrement folklorique, une épidémie de rougeole, des oeufs pas frais à la cantine, la mauvaise humeur de madame y, un chef de service qui joue la fille de l'air et qui court, lui aussi, après une augmentation. Des petites phrases dénonçant le monde aliénant de l'entreprise parsème le récit indiquant clairement les penchants politiques de Perec.
Une postface termine le livre et explique la genèse du texte et donne les clés de lecture indispensable à la bonne compréhension de l'ensemble. Je vous conseillerais de lire la postface avant lecture, tellement celle ci, rend accessible et compréhensible la démarche de l'auteur. Les défauts du texte disparaissant après sa lecture.

"L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation", Georges Perec, Hachette Littératures[2008], 105 pages, 1ère édition [1968], dans la revue "Enseignement Programmé".

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