L'annulaire

"Dans un foyer de jeunes filles transformé en laboratoire, M. Deshimaru, taxidermiste du souvenir, prépare et surveille des "spécimens", tandis que la narratrice du récit, assistante et réceptionniste, accueille les clients venus confier au mystérieux spécialiste d'insolites bribes de leur histoire : des ossements d'oiseau, quelques champignons microscopiques, une mélodie, une cicatrice...
Amputée d'une infime partie d'elle-même depuis un accident du travail, la jeune assistante tombe peu à peu sous le charme du maître de ce lieu de mémoire étrange et fascinant".
Extrait du quatrième de couverture.


L'annulaire est un livre sur le deuil, celui d'une relation amoureuse, d'une amitié ou plus subtilement d'une beauté enfuie et bien sur, de la perte d'un être cher. Les "spécimens" que les clients apportent au laboratoire, ne sont rien d'autre que des objets qui représentent aux yeux de leurs propriétaires cette perte, ce deuil. Les objets sont conservés par le professeur Deshimaru pour que leurs propriétaires puisse plus facilement les oubliés et avec eux le souvenir qui leur est liés. Mis sous vide, conservé dans un liquide tel un insecte emprisonné dans de l'ambre, ils sont soigneusement rangés et classés par l'héroïne.
L'annulaire est aussi un huis clôt, troublant entre une héroïne fragile et un homme inquiétant, un rapport de domination/soumission va peu a peu s'installer entre les deux protagonistes. Le professeur cherchant à posséder la narratrice, voir la dominer complètement, la narratrice elle ressent de l'amour et se soumet bien volontiers. La scène de la machine à écrire est d'ailleurs très significative et dérangeante (pour moi). L'héroïne est tel un insecte se débattant dans de l'ambre (oui, je me répète !).

Un film européen a été réalisé en 2004 à partir du roman de Yoko Ogawa, la couverture du livre est d'ailleurs une reproduction de l'affiche du film. Comme je ne l'ai pas vu, je ne vous dirais donc pas si il y a des différences autres que les noms des personnages et le lieu de l'action (Tokyo pour le roman et Hambourg pour le film). Lien IMDb ici.

Un roman très court à l'ambiance impressionnante (presque un thriller), donc le malaise diffus contamine le lecteur et laisse sans voix une fois la dernière page tournée.
Une remarque tout de même sur la traductrice Rose-Marie Makino-Fayolle qui a aussi traduit "le lézard noir" de Ranpo Edogawa.


"L'annulaire", Yoko Ogawa, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Editions Actes Sud [1999], Collection Babel [2000],Titre original "Kusuriyubi no hyohon", Edition Shincho-Cha CO [1994], 96 pages.

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