Trop de mains dans le sac

"Waouh ! Brutal, viscéral, violent... brillantissime"
Harlan Coben
"Un des plus remarquables stylistes dans la tradition du noir"
Stephen King
"J'adore le chat sur la couverture"
Cultiste =)
Commentaires sur la quatrième de couverture

Henry Thompson était un dieu du baseball promit à un grand avenir, une blessure a mis fin a ses rêves de joueur. Grâce au soutient de ses parents, il se trouva une autre passion, les voitures de sport et surtout la vitesse, encore une fois, un accident, cette fois en voiture, son meilleur ami Rich en fait les frais et meurt, Henry, lui en sort miraculeusement indemne. Honteux et ne pouvant supporter la culpabilité, Henry quitte la Californie pour New York.
10 plus tard, toujours poursuivis par ses démons, Henry est devenu barman et alcoolique, un très mauvais mélange, sa vie est au point mort et pour couronner le tout son alcoolisme vient juste de lui coûter un rein.
Un matin après une sévère cuite et s'être fait tabassé par des russes en survêtements, son voisin et ami Russ lui demande de s'occuper de son chat, Henry, gentil et dans le coaltar accepte. L'enfer est pavé de bonnes intentions dit on et "on" n'a pas tort...
La découverte d'une clé dans la boite de transport de Bud va plonger la vie d'Henry en plein milieu d'un panier de crabes. Russ vient de profiter de lui, il n'est pas le gentil voisin qu'il a toujours laissé paraître, c'est aussi est un escroc qui a des problèmes avec ses anciens associés. Russ absent (en réalité en cavale), c'est sur le pauvre Henry qu'ils vont se concentrer, lui qui a justement des problèmes pour ce concentrer...

Trop de mains dans le sac est le premier volume d'une trilogie de romans consacré au personnage de Henry Thompson et le premier livre de Charlie Huston édité en France. La trilogie forme un tout cohérent mais le premier volume peut se lire seul.
Curieusement le premier travail de Charlie Huston publié en France est un comic, en 2006, Marvel demande à Huston de prendre en charge la relance de la série Moon Knight (un mélange de Batman et du Punisher) ce qu'il réussit avec brio, après 12 numéros dans le rôle de scénariste, il laissa la place mais continua de superviser l'intrigue de la série jusqu'au volume 20.
La série Moon Knight est disponible chez Panini Comics (3 volumes actuellement, un quatrième en juillet) pour connaître un avis éclairé sur le comic et les comics en générale vous pouvez vous rendre sur le blog Univers Marvel qui a consacré, ici un article au premier volume traduit.

"C'est un homme. Je lui plante la batte dans le ventre et, lorsqu'il se plie en deux, je lui en file une bonne sur l'arrière du crâne. Il s'étale pour le compte. Je repousse brutalement la porte de l'épaule et la verrouille avant que quelqu'un d'autre puisse rentrer. Personne n'essaie. Je regarde le type allongé par terre, passe la pointe du pied sous lui et le retourne. C'est Russ"
Henry thompson reprend les choses en mains.

Charlie Huston n'épargne rien a son malchanceux personnage principal, alcool, torture, humiliation, le personnage touche le fond pendant toute la première partie du récit. Les ex-associés de Russ sont des pros et ne font pas dans la dentelle même le chat n'est pas épargné. Ils sont aussi très variés, des mafieux Russes, un flic corrompu, un Samoan baraqué, un chinois sadique et deux voyous noirs très old school, l'action se situant dans la très cosmopolite New York, ce mélange à priori trop riche en salopards (ils touchent au chat !) fonctionne très bien.
A partir de la deuxième partie du livre, Huston révèle les secrets de l'intrigue pour mieux se concentrer sur l'action et les efforts de Henry pour s'en sortir et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a du boulot surtout que cela empire avec l'intervention de la police et celle opportuniste des médias.
Violent et vulgaire dans son langage, parfois crade et sanglant dans ses descriptions, ce livre se lit pourtant d'une traite, tellement on s'attache au héros et l'on espère que lui et le chat s'en sortiront vivants.
Un petit problème tout de même l'éditeur Français n'a pas encore annoncé de date pour la traduction du second volet et ça c'est vraiment frustrant =).

Trop de mains dans le sac, Charlie Huston, traduit de l'américain par William Olivier Desmond, Éditions du Seuil [2008], titre original "Caught Stealing", Éditions Ballantine Books [2004], 268 pages.

Love & Pop

"Si je ne l'achète pas aujourd'hui, j'aurais forcément oublié demain l'émotion et la surprise d'aujourd'hui. Comment ai-je pu en avoir envie hier ? penserait elle et puis cela passerait[...].
La topaze impériale coûtait 128 000 yens."
Hiromi dans Love & Pop.
(128 000 yens = 960 €)

Le dernier Ryû Murakami édité en France (mais qui date de 1996) aborde une forme de prostitution propre au Japon. Par le biais de messageries téléphonique, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus.

Ryû Murakami est un écrivain japonais qui obtient depuis quelques années un bon succès en France, le public l'a découvert grâce a son livre "les bébés de la consigne automatique" (qui parlait déjà de prostitution). Ses livres dénoncent la société de consommation et les outrances qu'elle provoque chez les individus qui y sont soumis.
Non seulement Murakami est écrivain mais il est aussi réalisateur et scénariste de cinéma. Il a adapté au cinéma certains de ses livres, comme Kyoko (Imbd). Les fans de Takashi Miike savent aussi qu'il a scénarisé le film tiré de son livre : "Audition" (Imbd). Love & Pop (Imbd) a eu lui, droit a un traitement de faveur car il a été réalisé par Hideaki Anno (père de la série d'animation Evangelion). Ryû Murakami est aussi le père de Hitomi Kanéhara dont j'avais lu le livre : Serpents et Piercings.

Yoshi Hiromi a 16 ans, elle est lycéenne, c'est une jeune fille normale qui parle de fringues, de mode et se demande si elle doit coucher avec son petit ami. Pendant les grandes vacances, lors d'un après midi shopping avec ses amies, Hiromi admire la vitrine d'un bijoutier et tombe sous le charme d'une topaze montée en bague. Ce bijou, il le lui faut, elle décide d'accepter plusieurs rendez-vous dans la journée pour pouvoir se l'offrir. Et si jamais le client veut aller jusqu'au bout, elle acceptera.

Avec un sujet aussi racoleur, il était facile de sombré dans le sordide, de multiplier les scènes sexuels et bien même pas. A peine l'éditeur sur le quatrième de couverture ose t'il cité la postface de l'auteur avec une phrase sortie de son contexte.

"La littérature n'a que faire des questions de moralité"

Une affirmation intéressante mais qui devient ridicule à la lecture de ce livre, dont le contenu sexuel est proche de zéro et qui possède une fin moralisatrice, à titre de comparaison familiale, le livre de sa fille est plus trash et sexy. Il y a bien 2 scènes équivoques mais l'une est plutôt comique, l'autre choquante et humiliante. Les fameux rendez-vous acceptés par les jeunes filles ne sont pas que sexuels, parfois il ne s'agit que d'aller au karaoké ou de faire des courses au supermaché du coin. Ce qui explique que l'héroine de Murakami est encore vierge alors qu'elle fait cela depuis presque un an quand le livre débute.

Il y a pourtant quelque chose de formidable dans ce livre, le style. Murakami entrecoupe, sans transition, l'histoire d'Hiromi par des paragraphes parasites (parfois une page entière), mon préféré est dans le premier chapitre ou Hiromi prend son petit déjeuner en écoutant la radio et l'action s'interrompt pour laisser l'animateur radio nous informer des nouvelles du Japon et de la météo au dessus de Tokyo, désorientation du lecteur garantie (la première fois seulement).
Un bon livre qui vaut plus que son sujet qui colle et racole.

Love & Pop, Ryû Murakami, Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel, Editions Philippe Picquier [2009], Titre original "Robu & Poppu"[1996], 190 pages.

Fuck America

" - Quels problèmes ?
- Les problèmes concrets d'un écrivain inconnu et crève-la-faim, mais surtout les problèmes d'un écrivain allemand d'origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas.
-L'Amérique c'est la terre promise !
- L'Amérique est un cauchemar
-Pour des gens comme Jacob Bronski peut-être ?"


Edgar Hilsenrath est né en 1926 à Berlin, il écrit son premier roman a l'âge de 14 ans, d'origine juive, il est bientôt menacé par le national socialisme, tout la famille fuit pour rejoindre la Roumanie. là bas, ils sont forcés de vivre dans un ghetto (?) en attendant la solution finale (qui n'arrivera heureusement pas). Après la guerre, son expérience du ghetto l'ayant beaucoup marqué, il se réfugie dans le silence, et commence à voyager d'abord la Palestine, puis Israël, ensuite la France (pour rejoindre sa famille) ou il commence a écrire son premier vrai roman "La nuit". En 1952 les Hilsenrath partent pour l'Amérique et s'y installent, Seul, Edgar s'installe à New York, il y restera 25 ans. Pendant tout ce temps il survit en faisant des petits boulots souvent au noir (serveur, gardien d'immeuble...), mais ses difficultés pour se faire publier et son incapacité a s'intégrer à la société Américaine, l'oblige à repartir, toujours seul, pour Berlin ou il demeure aujourd'hui.

"Écoute, voilà, c'est comme ça : d'abord, tu dois claquer un paquet de fric, car toute américaine a une idée précise de ce qu'un homme doit dépenser pour elle. Ça dépend de ce qu'elle croit valoir, de son estime de soi, de ses complexes, de son degré de haine des hommes, mais ça dépend aussi du rôle de la femme dans ce pays, de son éducation qui la prépare à devenir un objet sexuel, si précieux dans une société conformiste..."
Bronski se rappelle de la réputation des femmes Américaines chez les immigrés juifs


1952, Jacob Bronski, écrivain juif Allemand, vient de s'installer à New York. Il fait des petits boulots en attendant que son livre soit publié et le soir dans un café, qui est le point de rendez-vous des immigrés juifs, il écrit son livre. Grâce a un ami, il trouve le titre de son livre : Le Branleur. Difficile de conjuguer travail d'écrivain et travail ordinaire alors pour que son livre avance plus vite, Bronski ne travaille que quant il a besoin d'argent. Le reste du temps, il resquille au restaurant, vol dans le frigo de ses voisins et monte des plans foireux avec des clochards pour gagner plus d'argent. Bien vite, il se rend compte que l'écriture le soulage de son passé mais aussi réveille sa libido qui ne fonctionnait plus depuis la guerre.

Il faut le dire Fuck America n'est pas le même genre de témoignage que celui d'Irène Hajos. Jacob Bronski a beau être un double littéraire de Edgar Hilsenrath , son histoire est en partie inventée (d'après la postface de l'éditeur). L'auteur de Fuck America a pour habitude de réinventer son histoire à chaque livre, son premier "la nuit" (en réédition chez Attila en 2009), est inspiré de son expérience du ghetto roumain (aujourd'hui situé en Ukraine) le livre écrit par Jacob Bronski, "Le branleur" est en fait "la nuit" d'Hilsenrath.
Fuck America est un livre sur l'immigration ratée dont le personnage principal tente de se réinventer à chaque chapitre sans y parvenir réellement, il a beau mentir sur son passé et prétendre qu'il l'a oublié, son besoin d'en parler est le plus fort, son dévouement à l'écriture de son livre en est la meilleure preuve.
Que mon résumé ne vous trompe pas, les mésaventures de Jacob Bronski sont drôles, voir hilarantes. Discuter des honoraires avec une prostituée, faire le difficile quand il s'agit de sortir avec une femme (juive de surcroît), les phantasmes sur le popotin de la secrétaire de son futur éditeur, tout cela rend le personnage de Bronski amusant mais l'humour de l'auteur n'empêche pas de belles réflexions sur la reconstruction d'un homme et la réappropriation de son passé.

Fuck America, Edgar Hilsenrath, Traduction de l'Allemand par Jörg Stickan, Éditions Attila [03/2009], Couverture de Henning Wagenbreth, 292 pages.

L'étrange histoire de Benjamin Button

Le nouveau film de David Fincher vient de sortir au cinéma et c'est une adaptation d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, ce nom ne vous dit peut être rien mais il est l'auteur de Gatsby le magnifique.
Ce minuscule recueil sortit opportunément pour la sortie du film contient la nouvelle éponyme et pour le compléter, l'éditeur a rajouté un diamant gros comme le Ritz, une nouvelle tirée d'un recueil du même nom.
Après la lecture de la nouvelle, je peux vous affirmer que le film prend des libertés bienvenues avec l'originale.

L'étrange histoire de Benjamin Button [1921] : Le 16 septembre 1860, l'hôpital de Baltimore est en émoi, Benjamin Button vient de naître. Benjamin n'est pas un bébé comme les autres, Benjamin a le corps et l'intellect d'un homme de 70 ans (ne me demandez pas comment il est sortit du ventre de sa mère, ni comment la pauvre femme a réussit à survivre à la chose, Fitzgerald n'entre pas dans les détails =) ). La honte envahit les Button, comment ont-ils pu mettre au monde un enfant ridé et sénile, que vont dire leurs amis, comme pour conjurer le sort, ils lui offre des cubes et des soldats de plombs au grand désarroi de benjamin qui préférerait qu'on ne le traite pas comme un enfant. Les années passant, Benjamin rajeunit et tente de vivre une vie normal mais à l'envers.

Cette courte nouvelle parle, avec peu de subtilité, de la vie de son personnage principal. Le personnage de benjamin est tourné en ridicule par l'auteur presque à chaque page, le comble revenant a sa famille qui le rejette et le maltraite. Les évènement s'enchaînent dans l'indifférence et l'ennui n'est pas loin. Fitgerald a écrit de bien meilleures nouvelles et romans que cette histoire somnifère, en conclusion, allez voir le film !

Un diamant gros comme le Ritz [1922] : John Hunger, fils d'un notable de province est étudiant dans l'université la plus sélect des États Unis. il a été invité pour les vacances d'été dans le manoir de son ami Percy Washington, fils de l'homme le plus riche du monde. La richesse des Washington est un secret bien gardé et pour le préserver des convoitises, la famille a pour habitude de faire disparaître définitivement leurs invités. John va se laisser grisé par le mode de vie des Washington et son luxe ostentatoire. Son amour pour la jeune Kismine, soeur cadette de Percy, et sa peur de mourir vont l'obliger à s'enfuir.

Une bonne nouvelle, un brin moral sur la richesse et son impermanence. Le luxe décrit par Fitzgerald est de très mauvais goût dans son exagération, pire la richesse des Washington leur permet de se soustraire à la loi et de maintenir leurs serviteurs noirs en esclavage. Vous l'aurez sans doute compris, cette nouvelle à la limite du fantastique permet de ne pas regretter l'achat de ce recueil.

L'étrange histoire de Benjamin Button, F.Scott Fitzgerald, Traduit de l'américain par Dominique Lescane, Éditions Pocket [2008], 118 pages.