Fuck America

" - Quels problèmes ?
- Les problèmes concrets d'un écrivain inconnu et crève-la-faim, mais surtout les problèmes d'un écrivain allemand d'origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas.
-L'Amérique c'est la terre promise !
- L'Amérique est un cauchemar
-Pour des gens comme Jacob Bronski peut-être ?"


Edgar Hilsenrath est né en 1926 à Berlin, il écrit son premier roman a l'âge de 14 ans, d'origine juive, il est bientôt menacé par le national socialisme, tout la famille fuit pour rejoindre la Roumanie. là bas, ils sont forcés de vivre dans un ghetto (?) en attendant la solution finale (qui n'arrivera heureusement pas). Après la guerre, son expérience du ghetto l'ayant beaucoup marqué, il se réfugie dans le silence, et commence à voyager d'abord la Palestine, puis Israël, ensuite la France (pour rejoindre sa famille) ou il commence a écrire son premier vrai roman "La nuit". En 1952 les Hilsenrath partent pour l'Amérique et s'y installent, Seul, Edgar s'installe à New York, il y restera 25 ans. Pendant tout ce temps il survit en faisant des petits boulots souvent au noir (serveur, gardien d'immeuble...), mais ses difficultés pour se faire publier et son incapacité a s'intégrer à la société Américaine, l'oblige à repartir, toujours seul, pour Berlin ou il demeure aujourd'hui.

"Écoute, voilà, c'est comme ça : d'abord, tu dois claquer un paquet de fric, car toute américaine a une idée précise de ce qu'un homme doit dépenser pour elle. Ça dépend de ce qu'elle croit valoir, de son estime de soi, de ses complexes, de son degré de haine des hommes, mais ça dépend aussi du rôle de la femme dans ce pays, de son éducation qui la prépare à devenir un objet sexuel, si précieux dans une société conformiste..."
Bronski se rappelle de la réputation des femmes Américaines chez les immigrés juifs


1952, Jacob Bronski, écrivain juif Allemand, vient de s'installer à New York. Il fait des petits boulots en attendant que son livre soit publié et le soir dans un café, qui est le point de rendez-vous des immigrés juifs, il écrit son livre. Grâce a un ami, il trouve le titre de son livre : Le Branleur. Difficile de conjuguer travail d'écrivain et travail ordinaire alors pour que son livre avance plus vite, Bronski ne travaille que quant il a besoin d'argent. Le reste du temps, il resquille au restaurant, vol dans le frigo de ses voisins et monte des plans foireux avec des clochards pour gagner plus d'argent. Bien vite, il se rend compte que l'écriture le soulage de son passé mais aussi réveille sa libido qui ne fonctionnait plus depuis la guerre.

Il faut le dire Fuck America n'est pas le même genre de témoignage que celui d'Irène Hajos. Jacob Bronski a beau être un double littéraire de Edgar Hilsenrath , son histoire est en partie inventée (d'après la postface de l'éditeur). L'auteur de Fuck America a pour habitude de réinventer son histoire à chaque livre, son premier "la nuit" (en réédition chez Attila en 2009), est inspiré de son expérience du ghetto roumain (aujourd'hui situé en Ukraine) le livre écrit par Jacob Bronski, "Le branleur" est en fait "la nuit" d'Hilsenrath.
Fuck America est un livre sur l'immigration ratée dont le personnage principal tente de se réinventer à chaque chapitre sans y parvenir réellement, il a beau mentir sur son passé et prétendre qu'il l'a oublié, son besoin d'en parler est le plus fort, son dévouement à l'écriture de son livre en est la meilleure preuve.
Que mon résumé ne vous trompe pas, les mésaventures de Jacob Bronski sont drôles, voir hilarantes. Discuter des honoraires avec une prostituée, faire le difficile quand il s'agit de sortir avec une femme (juive de surcroît), les phantasmes sur le popotin de la secrétaire de son futur éditeur, tout cela rend le personnage de Bronski amusant mais l'humour de l'auteur n'empêche pas de belles réflexions sur la reconstruction d'un homme et la réappropriation de son passé.

Fuck America, Edgar Hilsenrath, Traduction de l'Allemand par Jörg Stickan, Éditions Attila [03/2009], Couverture de Henning Wagenbreth, 292 pages.

2 commentaires:

Wade Wilson a dit…

Atypique et décalé, ça devrait me plaire...

Cultiste a dit…

Je vais finir par te faire acheter un livre =)
Le coup de grâce est pour la semaine prochaine ^^