Love & Pop

"Si je ne l'achète pas aujourd'hui, j'aurais forcément oublié demain l'émotion et la surprise d'aujourd'hui. Comment ai-je pu en avoir envie hier ? penserait elle et puis cela passerait[...].
La topaze impériale coûtait 128 000 yens."
Hiromi dans Love & Pop.
(128 000 yens = 960 €)

Le dernier Ryû Murakami édité en France (mais qui date de 1996) aborde une forme de prostitution propre au Japon. Par le biais de messageries téléphonique, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus.

Ryû Murakami est un écrivain japonais qui obtient depuis quelques années un bon succès en France, le public l'a découvert grâce a son livre "les bébés de la consigne automatique" (qui parlait déjà de prostitution). Ses livres dénoncent la société de consommation et les outrances qu'elle provoque chez les individus qui y sont soumis.
Non seulement Murakami est écrivain mais il est aussi réalisateur et scénariste de cinéma. Il a adapté au cinéma certains de ses livres, comme Kyoko (Imbd). Les fans de Takashi Miike savent aussi qu'il a scénarisé le film tiré de son livre : "Audition" (Imbd). Love & Pop (Imbd) a eu lui, droit a un traitement de faveur car il a été réalisé par Hideaki Anno (père de la série d'animation Evangelion). Ryû Murakami est aussi le père de Hitomi Kanéhara dont j'avais lu le livre : Serpents et Piercings.

Yoshi Hiromi a 16 ans, elle est lycéenne, c'est une jeune fille normale qui parle de fringues, de mode et se demande si elle doit coucher avec son petit ami. Pendant les grandes vacances, lors d'un après midi shopping avec ses amies, Hiromi admire la vitrine d'un bijoutier et tombe sous le charme d'une topaze montée en bague. Ce bijou, il le lui faut, elle décide d'accepter plusieurs rendez-vous dans la journée pour pouvoir se l'offrir. Et si jamais le client veut aller jusqu'au bout, elle acceptera.

Avec un sujet aussi racoleur, il était facile de sombré dans le sordide, de multiplier les scènes sexuels et bien même pas. A peine l'éditeur sur le quatrième de couverture ose t'il cité la postface de l'auteur avec une phrase sortie de son contexte.

"La littérature n'a que faire des questions de moralité"

Une affirmation intéressante mais qui devient ridicule à la lecture de ce livre, dont le contenu sexuel est proche de zéro et qui possède une fin moralisatrice, à titre de comparaison familiale, le livre de sa fille est plus trash et sexy. Il y a bien 2 scènes équivoques mais l'une est plutôt comique, l'autre choquante et humiliante. Les fameux rendez-vous acceptés par les jeunes filles ne sont pas que sexuels, parfois il ne s'agit que d'aller au karaoké ou de faire des courses au supermaché du coin. Ce qui explique que l'héroine de Murakami est encore vierge alors qu'elle fait cela depuis presque un an quand le livre débute.

Il y a pourtant quelque chose de formidable dans ce livre, le style. Murakami entrecoupe, sans transition, l'histoire d'Hiromi par des paragraphes parasites (parfois une page entière), mon préféré est dans le premier chapitre ou Hiromi prend son petit déjeuner en écoutant la radio et l'action s'interrompt pour laisser l'animateur radio nous informer des nouvelles du Japon et de la météo au dessus de Tokyo, désorientation du lecteur garantie (la première fois seulement).
Un bon livre qui vaut plus que son sujet qui colle et racole.

Love & Pop, Ryû Murakami, Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel, Editions Philippe Picquier [2009], Titre original "Robu & Poppu"[1996], 190 pages.

1 commentaire:

Wade Wilson a dit…

M'a l'air bien acidulé tout ça. Ca me tente bien...