La petite écuyère a cafté

Quand deux adolescents de la bonne société de Dieppe se suicident, menottés aux rails, en se laissant écraser par un train, tout le monde est horrifié. Il n'y a que Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, pour ne pas trouver ça "normal". Alors comme d'habitude, en dillettante, il va y voir de plus près. Et ce qu'il va trouver, le long des blanches falaises bordant la manche, ce n'est pas vraiment la paix des familles...

Je vous en parlais dans mon article sur Spinoza "honore" Hegel, voici le premier volume de la série du poulpe.

Le poulpe est une série de polars mettant en scène Gabriel Lecouvreur, un sdf paranoïaque aux idées libertaires qui résout des enquêtes avec des méthodes peu orthodoxe. Il lui suffit de lire un fait divers curieux dans son journal du matin, au comptoir de son café parisien préféré, Au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse (?), pour qu'il parte mettre son nez dans une affaire. Gabriel Lecouvreur dit le poulpe en raison de ses bras prétendument trop longs, est plus proche d'un chasseur de prime que d'un banal détective amateur. Il résout des crimes par pure curiosité ou pour faire enragé son ami Gérard (le patron du Au Pied de Porc...) et une fois le mystère résolut, il en profite pour se faire payer de manière pas toujours honnête (vol, chantage...). Bien qu'il ne possède aucune légitimité pour mener ses enquêtes et aucun ami dans la police qui pourrait lui servir d'alibi. Il possède un réseau d'amis conséquent, tous des personnages haut en couleurs, qui comme lui filoutent avec la loi, lui fournissant informations, cachettes, armes en tout genre et fausses cartes d'identités. Ses méthodes directes surprennent toujours, rien de plus facile pour lui que d'obtenir un rapport d'autopsie, par exemple, en tabassant le médecin légiste. Avec ce genre de méthodes, le poulpe préfère logiquement éviter la police.

Les amateurs de polars minutieux et subtils ou chaque élément est décortiqué seront forcement déçus par la série du poulpe, les autres, ceux qui recherchent des polars légers qui ne se prennent pas trop au sérieux seront aux anges. La petite écuyère a cafté est le premier volume de la longue série du poulpe (plus de 250 livres/bandes dessinées/et un film (imdb), il pose donc les bases de la série et présente les personnages récurrents qui gravitent en permanence autour du personnage du poulpe, Cheryl la coiffeuse/petite amie du poulpe avec qui il entretient une union libre, Pédro l'imprimeur anarchiste et meilleur ami du père du Poulpe, Gérard et Maria les propriétaires du "Pied de Porc...". Autre tradition dans cette série de polars, le titre sous forme de jeu de mots et l'auteur différent d'un volume à l'autre. A l'époque ou Pouy dirigeait la collection du poulpe, il avait la réputation de ne jamais lire les manuscrits et de les publier tel quel, ce qui donna une énergie inventive à la série mais aussi une qualité inégale. Pour ce premier volume, Gabriel Lecouvreur se voit confronter à un commando anti-IVG catholique, à la bourgeoisie de province et à la l'extrême droite en général, des cibles que Jean-Bernar Pouy en bon soixante-huitard de gauche ne pouvait pas rater, non ce n'est pas une critique ! La série a beau avoir moins de quinze ans, le premier volume est parut en 1995, elle a sérieusement vieillie et semble marquée par une époque qu'elle n'a pas connue, les années quatre-vingts voir soixante dix, oui moi aussi, je trouve ça curieux et je n'ai pas d'explication.
Si l'ambiance typiquement française avec ses références ses clichés et son argot ne vous dérange pas la série du Poulpe est clairement faite pour vous et si en plus, vous aimez les ambiances un peu désuètes c'est parfait.

La petite écuyère a cafté, Jean Bernard Pouy, Éditions Baleine [1998], 160 pages.

5 commentaires:

Wade Wilson a dit…

Je connaissais cette série de réputation, mais je n'en ai pas encore lu... En tout cas j'adore les titres qui sont souvent tordants: Nazis dans le Métro, Arrêtez le Carrelage, D'Amour et Dope fraîche... C'est toujours très poétique!
A mon avis, le côté 70's et 80's est hérité de Frédéric Dard...

Dr. Strangelove a dit…

De Pouy, j'avais bien aimé aussi 1280 Âmes, enquête littéraire sur la "disparition" d'habitants lors de la traduction de 1275 âmes de Jim Thompson (dont le titre original est 1280 âmes en Anglais). Le livre de Pouy se trouvait aux éditions La Baleine, le livre de Thompson est le n° 1000 de la Série Noire.

Cultiste a dit…

@ Wade
J'ai pensé aussi à Frederic Dard mais sans preuves concrètes, j'ai préfèré ne pas spéculer sur les influences de Pouy.

@Dr.Strangelove
J'avais déjà entendu parler de cette histoire de "traduction" mais je n'ai jamais lu les deux livres, je vais y penser quand mon stock de Pouy sera épuisé =)

Dr. Strangelove a dit…

Je conseille vraiment le Thompson, histoire noire terrible d'une ville de plouc US, racisme ordinaire, bigoterie, machisme, alcoolisme, ennui, un portrait au vitriol d'une certaine Amérique.

Wade Wilson a dit…

Le Thompson est excellent, et pour ceux qui apprécient les univers rednecks er totalement barrés, je conseille vivement la lecture des oeuvres de Joe R. Lansdale!