A sec (Spinoza "honore" Hegel le retour)

Moi,
Julius,
Vingt ans après,
l'éthique recoule dans mes veines,
car mon pire ennemi est de retour.
Et il a fait alliance, le chien,
avec le pire artefact de la dialectique.
LE FOOT.

Voici le deuxième tome des aventures de Julius Puech et de sa croisade contre les Hégéliens de tous poils.
Le livre date 1998 et a connu deux éditions, la première chez baleine l'éditeur du Poulpe (celle que je vous présente aujourd'hui) et l'autre chez Folio en 2000 la dernière en date.

A la fin de Spinoza encule Hegel, Julius Puech victorieux et fatigué finissait sa croisade anti hégélien dans une situation compromettante et pourtant pleine de promesses (non je ne vais rien spoiler, lisez le premier volume !).

Vingt ans que la menace Hégélienne a été exterminée du sol français, Julius Puech dit Spinoza lui aussi a quitté la France pour couler une juste retraite dans une région retirée de l'Inde. Aujourd'hui la menace Hégélienne est de retour et elle est bicéphale, Hégél a eu deux fils, des jumeaux et comme leur père, ils répandent leurs idéologies sur tout le pays. Pire la France s'est découverte de nouvelles lois et règles, exit les bandes de loubards politisées et motorisées, bonjour les bandes de supporters de foot (kops) et leur sport/religion chéri. La radio a été remplacée par le Ouaibe qui est devenu la seule source d'information. Aujourd'hui il n'est plus question de savoir de quels bords politiques est un français, mais de savoir quelle équipe il soutient.
La nouvelle du renouveau Hégélien parvient aux oreilles de Puech et il n'en faut pas plus à ses bottes de lézard mauve pour repartir en guerre. C'est aux commandes d'une nouvelle F.A.S (Front d'action Spinoziste) et d'un véhicule militaire surnommée Germaine qu'il s'en va au carnage.

J'attendais beaucoup de cette suite direct et je suis quelque peu partagé. L'humour du premier et l'ambiance crue et violente est toujours là, les bons mots de Puech aussi et le vocabulaire particulier de l'auteur itou mais l'ambiance foot-balistique, pourtant drôle et bien trouvée, reste un beau décor dans lequel le héros n'évolue jamais. L'intrigue est identique au premier seul le décor a changé. Le décor "Fout" est aussi une bonne excuse pour l'auteur qui lui permet de dire tout le mal qu'il pense de ce sport et de ses supporters, crises de fous rires assurées pour ceux qui, comme moi, n'aiment pas le sport de Monsieur Zizou, mais pour les autres par contre, cela dépendra grandement de leurs niveaux d'auto-dérisions personnelles.
D'ailleurs saviez vous que l'OM et le PSG sont en troisième division dans l'univers de Spinoza encule Hegel ?
A sec reste un bonne suite qui capitalise sur le succès du précédent livre avec une originalité très modérée.
Le livre est publié dans une collection polar bien qu'il ne sagisse pas du même éditeur que le livre précédent, les voies des éditeurs sont décidément impénétrables.

A sec (Spinoza encule Hegel le retour), Jean Bernard Pouy, Collection canaille/revolver, Editions Baleine[1998], 130 pages.

Dirty week-end

Le monde se divise entre meurtriers, victimes et spectateurs. [...]
- Vous devez choisir votre rôle.
- Je veux être une spectatrice.
- Non vous n'avez pas cette possibilité.
[...]- Meurtrière ou victime.
A vous de choisir.

- Vous pouvez vous tromper.
- Je ne me trompe jamais.
[...]- Il n'y a pas d'autre solution ?
- Aucune.

- Le meurtrier ou la victime ?
Il aquiesça lentement
- Le boucher ou l'agneau.


Dirty week-end est le premier livre d'Helen Zahavi et un des derniers livres dont le parlement britannique demanda l'interdiction pour cause d'immoralisme, l'auteure anglaise d'origine israélienne a du même s'exiler, car elle avait reçu des menaces de mort. Le livre est pourtant sortit en 1991 et est très vite devenu un classique du roman noir malgré des critiques mitigées dans les médias de l'époque. Helen Zahavi a depuis écrit deux autres livres True Romance (rien à voir avec le film de Tony Scott) et Donna et le gros dégoûtant, mais ils n'ont pas réussit à égaler la noirceur de ce Dirty week-end.

Brighton (?), une ville vivante et tendance ou les Anglais aiment partir en vacances. C'est ici qu'habite Bella une trentenaire frêle et sans envergure qui mène sa petite vie en toute discrétion. Elle habite un modeste logement dans le sous sol d'un immeuble, sans aération en été et sans chauffage en hiver, c'est à la limite de l'insalubrité mais bella aime, elle s'est surtout habituée et c'est tranquille. Bella n'a pas d'amis et encore moins de vie sentimentale, elle est une solitaire, une femme brisée.
Ses seules activités sont une balade dans le parc ou elle s'assoit parfois sur un banc pour observer la mer et la lecture d'un livre dans sa cuisine à la lumière d'une ampoule électrique ou de son unique fenêtre. Bella n'est pas une bonne vivante, mais elle est heureuse de sa vie simple.
Un jour, un inconnu se plante devant sa fenêtre et l'observe avec insistance, un sourire sur les lèvres. Bella étonnée puis prise de panique, referme les rideaux et se blottie dans l'obscurité de son petit logis. Choquée, elle finit par s'endormir d'épuisement. Le lendemain matin, le harcèlement continu, il l'a suit dans la rue, s'assoit à côté d'elle dans le parc et la traite de tous les noms. Il la menace de la violée puis de la tuer (ou l'inverse, il n'est pas regardant). Elle découvre que cet homme se trouve être son voisin, celui de l'autre côté de la rue et que depuis des mois, il l'observe de sa fenêtre, elle et ses petites habitudes d'allumeuse, il l'a fantasme.
Des jours durant Bella tente de le raisonner, mais en vain. Elle finie par craquer et au bord de la crise de nerfs, elle arpente les rues de Brighton à la recherche d'une solution. La solution, elle finit par la trouver chez un voyant (voir l'extrait plus haut), de cette conversation, il n'en ressort qu'une chose, elle doit réagir.
Armée d'un lourd marteau, elle s'introduit la nuit suivante chez son tourmenteur et à mesure que les coups s'abattent sur le crâne de sa victime, elle réalise quelque chose, elle a le pouvoir, celui de faire payer à tous les hommes le mal qu'ils lui ont fait. Bella meurt ce soir là et c'est une nouvelle femme qui prend sa place, Bella la folle, Bella la prédatrice.

A la lecture de ce résumé, il serait facile de conclure à un énième roman féministe avec cette héroïne qui prend sa revanche sur les hommes, pourtant il n'est pas question de féminisme dans ce roman. Bella n'est pas féministe, elle est même misogyne (je vous épargne les propos qu'elle tient sur les femmes qui sont aussi haineux que les propos qu'elle tient sur les hommes), Bella n'est définitivement pas un porte drapeau d'une cause quelconque.

Dirty week-end est un roman particulièrement manipulateur, le lecteur voulant protéger la pauvre victime qu'est Bella au début du roman. Il se retrouve finalement prit au piège par la suite de l'histoire. Il est obligé de subir les pensées violentes de Bella, voir par ses yeux les hommes qu'elles tuent (tous repoussants et violents). Juge, jury et bourreau, la nouvelle Bella est un ange vengeur parfois maladroit mais toujours sur de sa force et de sa mission mais le lecteur lui ne sait plus si il doit approuver les actions de Bella la folle ou bien les jugés durement. C'est une des grandes forces de ce livre.
J'aurais pu vous parler de la relation de Bella au sexe, de son achat d'une arme au marché noir ou bien de sa rencontre avec des traders de la City mais je préfère, sans trop dévoiler, vous parler des vingt dernières pages qui tranchent par rapport à l'histoire et qui termine le livre sur un moment de pure tension, proprement insoutenable, ou le lecteur obtient enfin la réponse à la question citée plus haut.
Une réponse pas forcement plaisante qui se répercute dans les dernières phrases du livre, tel un avertissement.

Dirty week-end, Helen Zahavi, Traduit de l'anglais par Jean Hesh, Collection Libretto, Edition Phébus [2000], Edition originale [1991], 210 pages.

L'infra - ordinaire

Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient. Ils ne m'apprennent rien. [...] Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, ou est-il ?
Georges Perec
(Extrait du deuxième de couverture)

Après m'avoir donné un peu mal au crane avec son précèdent livre L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation basé sur un scénario labyrinthique et pourtant hypnotique (d'où mon mal de crane). Je retente ma chance avec un autre de ses livres. L'infra - ordinaire n'est pas à proprement parler un roman mais recueil de textes expérimentaux qui tentent de mettre en avant le banal quotidien.
Je prend en exemple, les trains.
Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne, une évidence, connue et approuvée tacitement par tous. Pour que l'on parle des trains, il faut des retards, des grèves (une spécialité française) ou un accident (si possible grave sinon c'est moins intéressant).
Et si vous et moi avions tort, et si Georges Perec avait raison et que le banal quotidien que nous avons prit l'habitude de ne plus voir, était lui aussi, autant fascinant que l'extraordinaire, le sensationnel.

Pour les besoins de cet article j'ai volontairement fait des liens et des rapprochements entre les textes alors que le recueil, lui n'en fait aucun.

Avec le premier texte Approches de quoi ? Georges Perec
se demande pourquoi l'étonnement de Jules Vernes et de ses lecteurs pour un appareil capable de reproduire les sons n'existe plus. Il ne parle pas ici de technologie mais bien de sentiment. il harangue aussi le lecteur à se poser des questions aussi farfelues que : Qui y a t'il sous votre papier peint ? ou Pourquoi ne trouve t'ont pas de cigarettes dans les épiceries ?. En guise de devoirs a faire il demande au lecteur de décrire une rue, n'importe laquelle, puis dans décrire une autre et enfin de comparer dans l'espoir de les redécouvrir. Georges Perec se lance dans ce même exercice avec La rue Vilin ou il arpente la rue du même nom pendant plusieurs jours, un calepin à la main notant numéro après numéro ce qu'il voit, magasins, immeubles d'habitations, chantiers en cours et graffitis et jetant ses impressions sur le papier sous formes de phrases sibyllines. Un exercice qu'il continue avec Autour de Beaubourg, Promenades dans Londres mais cette fois sous forme de textes construient normalement. Plus intime dans Still Leaf/Still Life, il pratique l'exercice chez lui et décrit la pièce dans laquelle il écrit le texte, son bureau. du papier peint, au bureau de tapissier sur lequel il travaille, vous saurez tout, y compris sur ses trombones =).

Dernières nouvelles de Bastia : repos "à la corse", la belle vie. On est tout plein de copains. On vous embrasse tous.

Deux cent quarante-trois carte postales en couleurs véritables
est un exercice littéraire comme L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation (qui était basé sur un organigramme), ici l'exercice est pour Perec de produire 243 textes en suivant un schéma structurel de texte et en multipliant ses variantes. Je reproduit ici deux textes et je vous laisse réfléchir. (un indice : chaque texte contient un lieu/un pays/une ville)
Je ne vais pas vous faire croire que j'ai compris l'intégralité de ce jeu littéraire, on m'a soufflé que c'était, en realité, beaucoup plus complexe que cela et que je n'avais compris que le plus simple. Moi je cherche encore mais vous, rien ne vous empêche de chercher avec l'aide de Google =)

Nous voilà à Ios. Ah, ce qu'on est bien à se bronzer tous en tas. Bises.

Dans un des derniers textes, Le Saint des Saints, Georges Perec s'interroge sur la signification de bureau (la pièce) et le symbole de pouvoir qu'il est devenu dans notre société. Un texte intéressant et humoristique.

Tout bon livre garde le meilleur pour la fin, ce livre aussi avec Tentative d'inventaire des aliments liquides et solides que j'ai ingurgités au cours de l'année mil neuf cent soixante-quatorze, une liste un brin absurde des victuailles ingurgitées par l'auteur ou l'on découvre son penchant pour certains liquides comme le café et l'armagnac et son amour imodéré des abats. Un texte qui donne l'impression d'avoir trop mangé et aussi un peu trop bu, j'adore ^^

L'infra-ordinaire, Georges Perec, Collection La librairie du XXIe Siècle, Editions du Seuil [1989], Editions originales des textes dans divers magazines de 1973 à 1981. 125 pages.