Dirty week-end

Le monde se divise entre meurtriers, victimes et spectateurs. [...]
- Vous devez choisir votre rôle.
- Je veux être une spectatrice.
- Non vous n'avez pas cette possibilité.
[...]- Meurtrière ou victime.
A vous de choisir.

- Vous pouvez vous tromper.
- Je ne me trompe jamais.
[...]- Il n'y a pas d'autre solution ?
- Aucune.

- Le meurtrier ou la victime ?
Il aquiesça lentement
- Le boucher ou l'agneau.


Dirty week-end est le premier livre d'Helen Zahavi et un des derniers livres dont le parlement britannique demanda l'interdiction pour cause d'immoralisme, l'auteure anglaise d'origine israélienne a du même s'exiler, car elle avait reçu des menaces de mort. Le livre est pourtant sortit en 1991 et est très vite devenu un classique du roman noir malgré des critiques mitigées dans les médias de l'époque. Helen Zahavi a depuis écrit deux autres livres True Romance (rien à voir avec le film de Tony Scott) et Donna et le gros dégoûtant, mais ils n'ont pas réussit à égaler la noirceur de ce Dirty week-end.

Brighton (?), une ville vivante et tendance ou les Anglais aiment partir en vacances. C'est ici qu'habite Bella une trentenaire frêle et sans envergure qui mène sa petite vie en toute discrétion. Elle habite un modeste logement dans le sous sol d'un immeuble, sans aération en été et sans chauffage en hiver, c'est à la limite de l'insalubrité mais bella aime, elle s'est surtout habituée et c'est tranquille. Bella n'a pas d'amis et encore moins de vie sentimentale, elle est une solitaire, une femme brisée.
Ses seules activités sont une balade dans le parc ou elle s'assoit parfois sur un banc pour observer la mer et la lecture d'un livre dans sa cuisine à la lumière d'une ampoule électrique ou de son unique fenêtre. Bella n'est pas une bonne vivante, mais elle est heureuse de sa vie simple.
Un jour, un inconnu se plante devant sa fenêtre et l'observe avec insistance, un sourire sur les lèvres. Bella étonnée puis prise de panique, referme les rideaux et se blottie dans l'obscurité de son petit logis. Choquée, elle finit par s'endormir d'épuisement. Le lendemain matin, le harcèlement continu, il l'a suit dans la rue, s'assoit à côté d'elle dans le parc et la traite de tous les noms. Il la menace de la violée puis de la tuer (ou l'inverse, il n'est pas regardant). Elle découvre que cet homme se trouve être son voisin, celui de l'autre côté de la rue et que depuis des mois, il l'observe de sa fenêtre, elle et ses petites habitudes d'allumeuse, il l'a fantasme.
Des jours durant Bella tente de le raisonner, mais en vain. Elle finie par craquer et au bord de la crise de nerfs, elle arpente les rues de Brighton à la recherche d'une solution. La solution, elle finit par la trouver chez un voyant (voir l'extrait plus haut), de cette conversation, il n'en ressort qu'une chose, elle doit réagir.
Armée d'un lourd marteau, elle s'introduit la nuit suivante chez son tourmenteur et à mesure que les coups s'abattent sur le crâne de sa victime, elle réalise quelque chose, elle a le pouvoir, celui de faire payer à tous les hommes le mal qu'ils lui ont fait. Bella meurt ce soir là et c'est une nouvelle femme qui prend sa place, Bella la folle, Bella la prédatrice.

A la lecture de ce résumé, il serait facile de conclure à un énième roman féministe avec cette héroïne qui prend sa revanche sur les hommes, pourtant il n'est pas question de féminisme dans ce roman. Bella n'est pas féministe, elle est même misogyne (je vous épargne les propos qu'elle tient sur les femmes qui sont aussi haineux que les propos qu'elle tient sur les hommes), Bella n'est définitivement pas un porte drapeau d'une cause quelconque.

Dirty week-end est un roman particulièrement manipulateur, le lecteur voulant protéger la pauvre victime qu'est Bella au début du roman. Il se retrouve finalement prit au piège par la suite de l'histoire. Il est obligé de subir les pensées violentes de Bella, voir par ses yeux les hommes qu'elles tuent (tous repoussants et violents). Juge, jury et bourreau, la nouvelle Bella est un ange vengeur parfois maladroit mais toujours sur de sa force et de sa mission mais le lecteur lui ne sait plus si il doit approuver les actions de Bella la folle ou bien les jugés durement. C'est une des grandes forces de ce livre.
J'aurais pu vous parler de la relation de Bella au sexe, de son achat d'une arme au marché noir ou bien de sa rencontre avec des traders de la City mais je préfère, sans trop dévoiler, vous parler des vingt dernières pages qui tranchent par rapport à l'histoire et qui termine le livre sur un moment de pure tension, proprement insoutenable, ou le lecteur obtient enfin la réponse à la question citée plus haut.
Une réponse pas forcement plaisante qui se répercute dans les dernières phrases du livre, tel un avertissement.

Dirty week-end, Helen Zahavi, Traduit de l'anglais par Jean Hesh, Collection Libretto, Edition Phébus [2000], Edition originale [1991], 210 pages.

2 commentaires:

Wade Wilson a dit…

On dirait L'Ange de la Vengeance de Ferrara!

Cultiste a dit…

Il y a une ressemblance sauf que Dirty week-end n'est pas un roman de rape/revenge (si je me rappelle bien du film de Ferrara).
Le traumatisme de Bella est plus ordinaire, plus banal aussi et elle y a déjà réagit plusieurs fois par le passé (mais toujours de façons extrèmes). Bella est un personnage qui ne sait pas faire les choses à moitié.