L'infra - ordinaire

Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient. Ils ne m'apprennent rien. [...] Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, ou est-il ?
Georges Perec
(Extrait du deuxième de couverture)

Après m'avoir donné un peu mal au crane avec son précèdent livre L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation basé sur un scénario labyrinthique et pourtant hypnotique (d'où mon mal de crane). Je retente ma chance avec un autre de ses livres. L'infra - ordinaire n'est pas à proprement parler un roman mais recueil de textes expérimentaux qui tentent de mettre en avant le banal quotidien.
Je prend en exemple, les trains.
Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne, une évidence, connue et approuvée tacitement par tous. Pour que l'on parle des trains, il faut des retards, des grèves (une spécialité française) ou un accident (si possible grave sinon c'est moins intéressant).
Et si vous et moi avions tort, et si Georges Perec avait raison et que le banal quotidien que nous avons prit l'habitude de ne plus voir, était lui aussi, autant fascinant que l'extraordinaire, le sensationnel.

Pour les besoins de cet article j'ai volontairement fait des liens et des rapprochements entre les textes alors que le recueil, lui n'en fait aucun.

Avec le premier texte Approches de quoi ? Georges Perec
se demande pourquoi l'étonnement de Jules Vernes et de ses lecteurs pour un appareil capable de reproduire les sons n'existe plus. Il ne parle pas ici de technologie mais bien de sentiment. il harangue aussi le lecteur à se poser des questions aussi farfelues que : Qui y a t'il sous votre papier peint ? ou Pourquoi ne trouve t'ont pas de cigarettes dans les épiceries ?. En guise de devoirs a faire il demande au lecteur de décrire une rue, n'importe laquelle, puis dans décrire une autre et enfin de comparer dans l'espoir de les redécouvrir. Georges Perec se lance dans ce même exercice avec La rue Vilin ou il arpente la rue du même nom pendant plusieurs jours, un calepin à la main notant numéro après numéro ce qu'il voit, magasins, immeubles d'habitations, chantiers en cours et graffitis et jetant ses impressions sur le papier sous formes de phrases sibyllines. Un exercice qu'il continue avec Autour de Beaubourg, Promenades dans Londres mais cette fois sous forme de textes construient normalement. Plus intime dans Still Leaf/Still Life, il pratique l'exercice chez lui et décrit la pièce dans laquelle il écrit le texte, son bureau. du papier peint, au bureau de tapissier sur lequel il travaille, vous saurez tout, y compris sur ses trombones =).

Dernières nouvelles de Bastia : repos "à la corse", la belle vie. On est tout plein de copains. On vous embrasse tous.

Deux cent quarante-trois carte postales en couleurs véritables
est un exercice littéraire comme L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation (qui était basé sur un organigramme), ici l'exercice est pour Perec de produire 243 textes en suivant un schéma structurel de texte et en multipliant ses variantes. Je reproduit ici deux textes et je vous laisse réfléchir. (un indice : chaque texte contient un lieu/un pays/une ville)
Je ne vais pas vous faire croire que j'ai compris l'intégralité de ce jeu littéraire, on m'a soufflé que c'était, en realité, beaucoup plus complexe que cela et que je n'avais compris que le plus simple. Moi je cherche encore mais vous, rien ne vous empêche de chercher avec l'aide de Google =)

Nous voilà à Ios. Ah, ce qu'on est bien à se bronzer tous en tas. Bises.

Dans un des derniers textes, Le Saint des Saints, Georges Perec s'interroge sur la signification de bureau (la pièce) et le symbole de pouvoir qu'il est devenu dans notre société. Un texte intéressant et humoristique.

Tout bon livre garde le meilleur pour la fin, ce livre aussi avec Tentative d'inventaire des aliments liquides et solides que j'ai ingurgités au cours de l'année mil neuf cent soixante-quatorze, une liste un brin absurde des victuailles ingurgitées par l'auteur ou l'on découvre son penchant pour certains liquides comme le café et l'armagnac et son amour imodéré des abats. Un texte qui donne l'impression d'avoir trop mangé et aussi un peu trop bu, j'adore ^^

L'infra-ordinaire, Georges Perec, Collection La librairie du XXIe Siècle, Editions du Seuil [1989], Editions originales des textes dans divers magazines de 1973 à 1981. 125 pages.

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