Comment j'ai fumé tous mes livres

Il y a dans les polars un luxe de détails sur le vêtement, les voitures, les caractéristiques morales et physiques des personnages. Autant de détails qui rendent presque réelle l'immersion dans un milieu, celui des malfrats, des détectives, des policiers ou des laissés pour compte.

Septembre c'est le mois de la rentrée littéraire, la rentrée littéraire avec sa brouette de livres publiés, ses écrivains stars et ses fameux livres qu'il faut avoir lus pour être dans le coup., moi je m'en fiche comme de l'an quarante de la rentrée littéraire et d'être in encore plus, je vous propose donc un marché. Plutôt que d'acheter le dernier Nothomb (qui ne plaira à personne à part à ses fans), je vous propose de lire un livre plus léger et original que celui de la japonisante belge et pour le même nombre de pages, l'humour en plus (et la photo d'Amélie en pyjama sur la couverture en moins). En échange de votre sacrifice, je me propose de ne pas le lire non plus ;o) .

Fatma Zorha Zamoun est une romancière d'origine algérienne venu pour la première fois en France pour suivre ses études une Licence d'études Cinématographiques et Audiovisuelles à la Sorbonne obtenue avec brio. depuis la fin de ses études, elle jongle entre son travail "sérieux", elle est enseignante en histoire de l'art à l'université de Marne-la-Vallée (la ville de Mickey et de Spiderman) et des incursions dans le monde du cinéma. De la réalisation à la scénarisation de quelques courts métrages, Fatma Zorha Zamoun est une touche à tout. Comment j'ai fumé tous mes livres est son dernier roman en date (2006).

Parce qu'elle vient de se faire renvoyée de son travail d'attachée-de-presse-en-édition, un poste qu'elle occupait depuis 5 années, une jeune femme décide de mettre sa vie en pause.
Elle trouve un petit appartement en sous location et un job à mis temps de vendeuse en assurance par téléphone. La paye est médiocre et les temps sont dures. Un nouveau départ pour faire le point.
Son ancienne vie est pourtant toujours là au travers de sa bibliothèque, des livres de son enfance qu'elle a aimés, aux livres accumulés pendant ses études de journalisme, tout est toujours là et dans un autre registre son addiction au tabac est, elle aussi toujours présente.
Alors comme l'argent vient à manquer pour s'acheter ses cigarettes. elle décide de vendre ses livres, de les transformer en argent pour s'acheter du tabac.
La narratrice est une femme qui ne fait rien simplement, pour vendre ses livres, elle décide de les classer dans un ordre précis de vente, ses livres devront lui fournir cinq années de tabac, rien de plus rien de moins.

Ce livre conte les cinq années durant lesquelles une jeune femme se cherche. Le récit est rythmé par l'écoulement de ses livres et ses voyages bimensuel entre le libraire, pour transformer ses livres en argent et le buraliste pour acheter son tabac. Entre ses évènements récurrents, l'héroïne parle des hommes qui partagent sa vie et des mensonges qu'elle leurs raconte (une vrai mythomane =) ), du monde littéraire qu'elle connaît bien. Sa haine des journalistes-écrivains et de leurs pseudo-livres sonne très juste.
La narratrice est un personnage touchant pour qui chacune de ses livre est une émotion, un souvenir, une impression ou un voyage.
Chaque vente lui fournit un tabac au goût de livres, pour elle la vente de quelques Conan Doyle donne au tabac une saveur Londonienne qui la transporte dans un Londres élisabéthain (l'extrait plus haut provient du chapitre ou elle se débarrasse de ses polars).

J'aime beaucoup cette héroïne très imaginative probablement parce qu'elle me ressemble un peu (mais moi je ne fume pas et je ne vendrais jamais mes livres, jamais !).
Je conseillerais volontiers ce livre aux grands lecteurs qui ce reconnaîtront forcement dans l'héroïne et aux fumeurs pour les même raisons (ou ceux qui ont récemment arrêtés).

Fumer peut provoquer des maladies graves (mais ça je m'en fiche c'est votre vie !) mais aussi vous obligez à vendre vos livres et là je ne suis pas d'accord donc ne fumez pas ! =o)

Comment j'ai fumé tous mes livres, Fatima Zohra Zamoun, La chambre d'échos [2006], 124 pages

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