Cthulhu


Mon récent tag cinéphilique me donne une bonne excuse pour exhumer de mes brouillons cet article, vieux de six mois, consacré à une adaptation, un peu particulière d'une nouvelle de Lovecraft.


Cthulhu adapte librement, comme le Dagon de Stuart Gordon (Imdb) avant lui, Le cauchemar d'Innsmouth de Lovecraft. Contrairement au film de Stuart Gordon qui prenait des libertés avec le matériel original mais parvenait à en conserver l'esprit, Cthulhu, lui, parle de réinvention (dixit la jaquette du dvd) pour justifier les déviances de son scénario .
Il me faut faire tout d'abord une mise au point sur la production du film. Accrochez vous ça risque de ne pas être triste.

Cthulhu a été produit en 2007 par la société Régent (spécialisé dans les films pour la communauté gay) pour le compte de la filiale cinématographique de la chaîne Here (une chaîne américaine équivalente à notre Pink tv nationale). Maintenant un petit résumé :


Russel "Russ" Marsh un professeur d'université gay revient dans sa ville natale de Rivermouth (Orégon), pour accomplir les dernières volontés de sa mère. Pendant le repas qui suit la veillé funèbre,  une querelle, sur les moeurs sexuels et l'absence de descendance, éclate avec son père. Russel claque la porte de la demeure familiale et tente de se calmer au bar localavec une bière. Il est rejoint par son ami d'enfance. Entre les verres qui se succèdent, il entend parler des disparitions inexpliquées qui frappent les habitants de la petite ville. Tous les soupçons se tournent vers le culte de l'Ordre ésotérique de Dagon (ndC : sic !!), que dirige le père de Russel...

Même mon résumé, des 15 premières minutes du film, présente le film sous un jour trop intéressant alors je vais le dire clairement : Le film Cthulhu est un nanar. Voilà c'est dit.  Maintenant j'explique.


Grant Coswell réalise ici son premier film et ne s'en sort pas trop mal. Ses plans aériens sont de toute beauté et sa réalisation bénéficie de splendides décors naturels (photo 4). Le film a été réalisé avec un caméra numérique et cela se voit, la colorimétrie est particulièrement agressive et le montage du film fait se suivre des scènes à dominance rouge (très rouge), bleu (marine ou ciel fait ton choix lecteur), du orange (vraiment très orange). Une réalisation très moyenne mais acceptable (pour une petite production).

Le jeu des acteurs est un naufrage et varie du moyen à plat (une bonne majorité). Plat est un terme encore élogieux pour qualifié la performance de Jason "constipé" Cottle (Russel Marsh).
Dans les quinze premières minutes du film, Il est pourtant comique avec sa perruque en peau de ragondin (voir la photo 1 avant/après), mais hélas il finit par passer la tondeuse. Autre point comique son fond de teint "californien" visiblement appliqué à la truelle (là c'est dommage, je n'ai pas de photos, mais c'est affreux à voir).
La seule "actrice" à véritablement bien s'en sortir est Tori Spelling (photo 2 : Susan et Russel) Elle joue son rôle habituel de blonde qui veut mettre le héros dans son lit quitte à le droguer et le violer (pour la reproduction de l'espèce). Tori Spelling est d'ailleurs l'argument de vente du film en dvd. On ne parle que d'elle sur le dos de la jaquette.

De Lovecraft, on ne retrouve rien dans ce film à part les noms et le personnage de Zadok Allen (le vieux fou qui tente de prévenir le héros du danger). Le reste est du grand n'importe quoi, probablement écrit sous l'influence de poppers dans une backroom bruyante d'un bar miteux (ndC : oui c'est totalement gratuit mais je vous ferais remarquer que vous, vous ne l'avez pas vu le film !).

Le film est très soft sur le sang et le gore et préfère donner dans le mystérieux et le symbolique de supermarché (cadavres en pose christique et boule disco posé devant un miroir). Un bébé monstre apparaît pourtant lors d'une scène ou le héros est dans l'obscurité d'un souterrain mais comme il s'éclaire au flash de son appareil photo la présence du monstre "mignon" ne dure qu'un quart de seconde.
Probablement plus grave que le manque de respect au matériel original, au vue de l'orientation communautaire du film, les éléments de l'intrique "gay" sentent bon le remplissage d'un cahier des charges très visible : Russel est un fils à maman et il est proche de sa soeur (cliché !), il a du mal à parler avec son père (encore un cliché !), il a le béguin pour son ami d'enfance hétéro (comme c'est original !) et je vous épargne le pire.

Lors de sa sortie au cinéma en août 2008 (aux États-Unis uniquement, les français ont eu de la chance, ce film américain n'a pas débarqué...), le film à tenté de se vendre comme un film d'horreur, le public yankee ne s'est pas fait avoir et le film a été un four au box office.
Ce qui explique probablement que j'ai trouvé le dvd (Zone 1) en mai dernier à un prix bradé défiant toute concurrence (1 €). Le film ne sortira probablement jamais en France et pour une fois j'en suis content.

Pour les curieux souhaitant voir la bande annonce* : site officiel du film et son lien Imdb
(* Attention cette bande annonce contient des éléments susceptibles de choquer les plus sensibles d'entre vous)

1 commentaire:

Vance a dit…

Un crime de lèse Cthulhu ! Que les producteurs se noient et passent une éternité à mourir sur les rivages de R'lyeh !