Speed

"J'ai conclu une trêve fragile avec l'ombre, et me tiens toujours devant à l'écart de ses lieux de repos"

William Burroughs Jr est le fils de William Burroughs (Le festin nu et Junky). Né au Texas entre un père accroc à l'héroïne et une mère shootée aux amphétamines, la vie de Billy ne s'annonçait pas très bien. Un soir, sous l'effet de la drogue, William Burroughs père tue involontairement sa femme.
Un traumatisme que le jeune William jr portera toute sa vie. A 16 ans, après avoir blessé grièvement son meilleur ami (il a tenté de reproduire le geste paternel), il séjourne un temps en hôpital psychiatrique. Il est envoyé ensuite en convalescence chez ses grands parents à Palm Beach ou il finira sa scolarité. Originaire d'une petite ville du Texas, le déménagement dans la banlieue riche de Miami fait malheureusement découvrir à Billy la drogue et l'alcool, deux poisons qui ne le quitteront que le jour de sa mort.

Je vais m'arrêter là pour la biographie du fils Burroughs car ce petit paragraphe est important pour comprendre le livre que je vous présente.
Juste à titre d'information, William Burroughs Jr n'a écrit que deux livres à mi chemin entre l'autobiographie et le roman (Speed et La dernière ballade de Billy). Il est mort à l'âge de 33 ans des conséquences de son alcoolisme.

"En tout cas j'ai du speed, et ça fait quinze jours que je ne mange ni ne dors, ce qui est tout de même appréciable. J'ai mal des deux côtés, là ou on voit mes cotes ; et bizarre, bizarre, je commence à voir des visages partout. Ou que je regarde, il y a toujours quelqu'un... "

1968, Billy vient d'avoir 18 ans et vit chez sa grand mère à Palm Beach. Il est déscolarisé (ou presque) et traîne dans les rues. Il vend et consomme de la drogue, boit parfois un peu trop mais s'ennuie la plupart du temps. Un soir l'envie de changer d'horizon est trop forte et il dit adieu à son quotidien monotone. Billy entraîne avec lui son meilleur ami Chad. Objectif du voyage la ville de New York et les opportunités qu'elle propose. Chad et Billy vont peu à peu se perdent dans le New York de la drogue. En chemin il croiseront d'anciens amis de Floride, un dealer paranoïaque et des policiers désabusés.

"Des Lilliputiens dorment dans mon cendrier, un géant à l'expression boudeuse est avachi contre le Chrysler Building. Les arbres de Washington Square grouillent de figures de mon passé qui s'agitent dans la brise - moi qui suis encore si jeune."
Extraits reproduit du quatrième de couverture.

Je ne vais pas vous le cacher la lecture de Speed est un plaisir trop court et une petite torture émotionnelle. Le roman autobiographique de Burroughs Jr raconte une fuite en avant par le biais de la drogue. Chaque page (ou presque) Billy prend une dose et parle de tout ce qui l'entoure, des autres, des lieus qu'il fréquente, de ses sensations mais jamais de lui même. C'est pourtant durant ses monologues que Billy, par bribes, se dévoile au lecteur. Parfois intelligent parfois maladroit (les femmes) ou totalement stupide (la drogue n'aide pas), Billy est un personnage attachant et il est difficile de ne pas espérer qu'il s'en sorte. Burroughs Jr joue justement avec l'espoir du lecteur pour mieux l'enfoncer. Je vous révélerait, bien sur pas, comment Speed finit.

La préface du roman est écrite par Barry Gifford (Sailor et Lula, Lost Highway) qui fut un de ses amis.
L'éditeur de Speed à eu la très bonne idée de publier avant le récit principal un petit lexique des drogues pour que le lecteur puisse avoir une idée du sujet (pour connaître les effets secondaires par contre il faudra lire le livre). Comme pour le John Fante (voir ici), le livre contient également un paragraphe du traducteur sur la vie de William Burroughs Jr.

Speed, William Burroughs Jr [1970], Traduit par Patrice Carrer, Éditions 13ème Note [2009]. Edition originale Overlook Press [1993], 175 pages.

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