Precious (Push)

Il y a des livres qu'il ne faudrait jamais ouvrir et encore moins lire les dix premières pages sous peine d'être accrocher par le récit et les personnages.
C'est le cas de Precious ou Push, de son titre original.
Je ne lis jamais ce genre de livre plein de pathos social et pour cause je les déteste (normalement). Vous vous demandez  de quel genre de livre je parle ? Voici un indice en forme de résumé :

Precious, seize ans est une ado agressive du haut de son mètre quatre vingt et de sa forte corpulence. elle fait peur aux élèves comme aux professeurs. Depuis son plus jeune âge, elle subit la maltraitance de sa mère et les viols de son père. Aujourd'hui enceinte pour la deuxième fois de son père, la directrice du collège décide de la virer . Néanmoins on la redirige vers une école alternative. Illettrée et manquant de confiance en elle, c'est un nouveau monde plein de perspectives d'avenir qui s'ouvre devant elle le jour ou elle franchit les portes de sa nouvelle école. Des amies qui la comprennent, une professeur qui l'encourage et enfin une lueur de d'espoir qui apparait dans son regard. Elle apprend à lire et se découvre un talent pour la poésie.

Sapphire de son vrai nom Ramona Lofton est une poétesse américaine, très active dans les mouvements pro-noirs et LGBT (elle est bisexuelle). Après deux recueils de poèmes auto publiés en 1987 et 1992, elle écrit son premier roman Push en 1993 et malgré quelques difficultés pour le faire publier (le sujet est extrême et en apparence peu vendeur), il obtient un succès retentissant en librairie. C'est le seul livre de Sapphire publié en France et son seul roman à ce jour (en 2000, elle a publiée un nouveau recueil de poèmes).
En 2008, Hollywood adapte Push au cinéma avec quelques têtes connues dans le casting : Lenny Kravitz, Mariah "Glitter" Carey et Mo'Nique (Lateesha Rodriguez dans le film Domino). Le film à remporté $46 million au box office U.S. et un nombre important de prix : 6 nominations aux Oscars, trois Golden Globe et des prix de la critique en pagaille.
Le film sort le 3 mars dans les salles françaises.

"La réalité je sais ce que c'est et c'est une belle salope."

Precious est un roman dur, très dur. Le résumé de l'éditeur n'en donnant qu'un piètre aperçu.
Je n'aurais jamais pu lire ce livre, au vu du sujet et de l'horreur social et familiale dans laquelle baigne l'héroïne. Si seulement il n'y avait justement pas eu cette héroïne là. Avec son langage coloré et son mental de guerrière, le personnage de Claireece Precious Jones est le gros point fort du livre. Ses doutes, ses larmes et ses questionnements existentiels sont autant de moments poignants de sincérité adolescente .
L'année dernière, je lisais un livre (une arnaque) qui prétendait redonner sa dignité aux petits gens (Raphael, les derniers jours) sans y parvenir de manière convaincante. Sapphire, elle y réussit parfaitement et sans jamais ridiculiser son héroïne ou tomber dans un pathos malsain. Elle lui donne même de solides principes (ne pas voler, ne pas se droguer) ainsi qu'un franc parler très cru.
Precious, le livre, est écrit à la manière d'un journal intime mais le journal intime d'une illettrée et c'est une sacré différence.
Dans la postface du traducteur, celui ci s'excuse de ne pas avoir pu traduire toutes les subtilités des fautes grammaticales du texte original mais reconnaît que c'était mission impossible. Entre le langage châtié de Precious, son écriture parfois phonétique des mots, moi j'ai trouvé qu'il ne s'en était pas trop mal sortit.
A mesure que le roman avance et que son héroïne apprend à lire et écrire, l'écriture évolue et certaines fautes disparaissent (mais pas complétement).
Sapphire met dans la tête de son héroïne des dizaines de références afro-américaine : Bobby Brown l'ex mari de Withney houston, Langston Hugues le poète et écrivain noir homosexuel du début du siècle (dernier), Alice Walker l'auteure de La couleur pourpre, Tina Turner, Aretha Franklin, etc. Le roman possède en outre une bibliographie des livres que Précious utilise pour apprendre à lire.
Vous le voyez, j'ai été convaincu par ce livre. Je n'irais pas prétendre que j'ai passé un bon moment de lecture, les retournements de mon estomac ayant été trop fréquents. Sapphire prend un malin plaisir à faire dire à son héroïne, la réalité telle qu'elle est (ou qu'elle la voit). Son racisme envers les blancs, sa haine de soi (elle se rêve blanche, blonde et mince), ses maigres espoirs en l'avenir et sur les événements de son passé autant de choses qui pousse Precious à une révolte libératrice.  Ce roman se nomme Push dans sa langue d'origine car c'est le premier mot gentil que l'on ai dit à Precious.
Curieux n'est ce pas ? En fait non car il s'agit d'un mot prononcé par un infirmier lors de son premier accouchement. La pauvreté intellectuel et matériel concentré dans ce petit roman est une gifle pour le lecteur. Une gifle intolérable mais qui hante encore des heures après avoir fermé le livre. J'ai aimé ce livre, sa fin sans concession et sa lecture difficile émotionnellement.

Precious (Push), Sapphire, Traduit de l'anglais par Jean Pierre Carasso, Édition de l'Olivier, Collection Points [02/2010], Première édition française Éditions de l'Olivier [1997], Edition Original Push {1997], 200 pages

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