Soulfood équatoriale

Le livre Soul Food équatoriale fait partie de la collection Exquis d'écrivains dont le but est de proposer aux lecteurs des petits livres sur la nourriture écrient par des auteurs de fictions francophone.
Martin Winckler, Pierre Pelot et Thanh-Van-Tran-Nhut (auteure vietnamienne de la série d'enquêtes du mandarin Tân chez Picquier) ont déjà collaborés à cette collection et on fournit des textes courts mêlant humour, gourmandise, souvenirs d'enfance et poésie.
Si vous cherchez des livres de recettes et de cuisines, la collection Exquis d'écrivains n'est pas pour vous, par contre si vous aimez voyager et découvrir un pays au travers de ses traditions culinaires et parfois ses petites bizarreries alimentaires ou tout simplement si vous êtes gourmand, cette collection d'ouvrages est parfaite.

J'ai acheté ce livre en espérant enfin avoir un livre sur la Soul Food (?) en langue française. Pour ceux qui l'ignore la Soul Food est une cuisine originaire d'Afrique que les esclaves ont importés aux États-Unis et métissé avec les cuisines locales ( des américains d'origines et celle des États négriers). Pour plus de renseignements, je vous conseille de vous rendre sur la page Wikipédia en cliquant sur le point d'interrogation en début de paragraphe.

Sans se soucier de l'arbre donc le tronc craque au loin ni de la foudre qui s'abat quelque part, on entreprend alors la préparation d'une pâte a beignets. Des beignets de mais à la banane. Pour être vraiment d'équerre avec le climat, on décide de leur donner un peu de caractère.
C'est pourquoi on préfère les bananes plantains bien mures aux fruits à la saveur douceâtre.
(Extrait de Collation page 24)

Je n'ai jamais lu de livres de Léonora Miano mais cette jeune auteure Camerounaise francophone à déjà publiée trois romans et un recueil de nouvelles (avec un autre romancier). Deux de ses romans ont été couverts de prix  : L'intérieur de la nuit en 2005 (prix Montalbert du premier roman de femme 2006 ; prix René-Fallet 2006 ; prix Bernard-Pallissy 2006 ; prix de l'excellence Camerounaise 2007 ; prix Grinzane Cavour 2008 catégorie 1er roman étranger), Contours du jour qui vient en 2006 (Lauréat du prix Goncourt des lycéens 2006). Son dernier livre, Tels des astres éteints, est paru en 2008. Je dois reconnaître qu'un de ses livres ait reçu le prix Goncourt des lycéens, qui est je le rappelle le meilleur prix littéraire français, pique ma curiosité.

Tout est dans la forme de la pierre à écraser. Dans son crissement régulier. Dans les parfums qui se sont imprimés en elle au fil des ans. Mon âme se repaît de ces souvenirs, tandis que j'apprête, sur le plan de travail, près de la pierre, les minuscules crevettes séchées et le gingembre frais.
(Extrait de Pierre à écraser page 9)

Du premier chapitre ou elle évoque sa pierre à écraser, ramassée comme la tradition le demande sur une plage camerounaise, au chapitre intitulé Camaroes ou elle évoque son village natale, ce livre fait saliver. La cuisine que décrit Léonora Miano est principalement à base de poisson et de fruits et de légumes typique de son pays. Dans un chapitre, elle évoque cet écrivain français qui avait fait scandale en intitulant son livre sur le racisme quotidien je suis noir et je n'aime pas le manioc qui avait provoqué un taulé chez les africains de métropole. A l'époque (1995), la communauté africaine de France parlait de déni des origines et de trahison  pour parler du titre de ce livre (oui, oui juste du titre) et rappelait à qui voulait l'entendre que le manioc était un aliment africain et que tout africain qui se respecte devait l'aimer. Miano s'en amuse en rappelant que cet aliment typiquement africain à été importé d'Amazonie par les portugais. Dans deux autres chapitres elle évoque la relation ténue  entre séduction et cuisine avec l'histoire de Florence, une jolie albinos, qui hésitant entre deux hommes les départage sur une préparation d'un plat de Solo (de la morue bouillie cuite dans de l'huile accompagnée de tomates et d'oignons) que ses messieurs devront lui concocter. Dans le deuxième chapitre sur ce thème c'est une tradition masculine que Léonora Miano décrit. Celle qui consiste a demander à sa futur femme de lui préparer un plat, le n'dole (n'dolo en camerounais ça veut dire amour) qui permettrait de déterminer si la futur épousée  sera dévouée à son futur mari ou non.
Je ne vais pas vous parler de tous les chapitres (je vous laisse le plaisir de la découverte), mais pour revenir sur la raison de mon achat, la soulfood. Seulement deux chapitres lui sont consacrés (sur 13), c'est peu pour justifié le titre du livre.
Ce livre est pourtant délicieux à lire et jamais je n'ai regretté mon achat.

Soulfood équatoriale, Léonora Miano, Collection Exquis d'écrivains, Editeur Nil Editions (2009), 102 pages

Ne vous fâchez pas Imogène !

Imogène McCarthery est une véritable tornade rousse, ses collègues la surnomment d'ailleurs " The Red Bull ".
Cette Écossaise au sang bouillonnant revendique le chardon comme emblème national et serait prête à mourir pour la couronne ! Secrétaire à l'Intelligence Department de l'Amirauté à Londres, elle y sème la zizanie mais se fait remarquer par ses supérieurs pour son sérieux et son dévouement. C'est ainsi qu'elle se voit confier une mission de la plus haute importance : livrer en Écosse les plans ultra-confidentiels du Campbell 777, un avion à réaction révolutionnaire.
Toutes les puissances étrangères sont sur le qui-vive et le voyage de Londres à Callender, son village natal, sera semé de pièges. Il faudra à Imogène toute sa fougue, son courage, voire sa folie pour affronter les dangers qui l'attendent.
(résumé éditeur)

Charles Exbrayat est un romancier Français, un peu oublié du grand public qu'une adaptation cinématographique vient de replacer récemment dans la lumière. Avec une petite centaine de livres publiés entre 1957 et 1985, sans compter les pièces de théatre et les scénarios de films, Ebrayat est ce que l'on appelle en auteur prolifique (trois ou quatre livres par an !). Après avoir tenté de se faire une place dans le monde littéraire avec deux romans de facture très classique, il trouve enfin sa voie, avec son troisième livre, dans le polar humoristique, un genre qu'il ne quittera plus. Sa série des Imogène est de loin son plus gros succès en librairie (7 volumes) suivit de près par son autre série consacrée au duo de policiers Tarchinini/Leacock (8 volumes). La série des Imogène avait déjà connue une adaptation télévisuelle (produite par TF1) qui transposait avec plus ou moins de bonheur l'Ecosse en Bretagne, la nationaliste Imogène McCarthery devenant la régionaliste Imogène Ledantec, 10 épisodes ont été tournés, avec Dominique Lavanant dans le rôle titre (Imdb).

La lecture d'un roman de Charles Exbrayat a de quoi décontenance un lecteur qui le découvre pour la première fois. L'intrigue est, pour lui, un prétexte pour faire vivre à son héroïne une aventure rocambolesque. Imogène McCarthery est une espionne très approximative, une vieille fille au tempérament violent et une ingénue manipulable à souhait, capable de battre un homme à terre avec une pierre et de tomber amoureuse (très chastement) de plusieurs hommes en moins de deux cents pages. Parfois ridicule, parfois touchante le personnage ne laisse pas de indifférent. Les seconds rôles sont aussi particulièrement bien travaillés et même si ils servent souvent que de punching ball à l'héroïne. Dans ses personnages là, j'ai beaucoup aimé sa relation particulière avec les policiers de son village natale qu'elle persécute (involontairement) et à qui elle profère régulièrement des sentences de mort.
La grande force de Charles Exbrayat réside dans la bonne humeur communicative de ses romans et sa faculté à faire rire son lecteur.
Ce n'est pas tous les jours, non plus, ou l'héroïne d'un roman d'espionnage est une écossaise , une femme capable de mettre un coup de genou dans les parties fragiles de James Bond (Sean Connery par exemple ^^).

Ne vous fâchez pas Imogène, Charles Exbrayat, Editions du masque [2010], Éditions des Champs Elysée [1962], 192 pages.

Le paragraphe du C.L.A.P (Livre + Film ) :
J'ai lu les cinq dernières pages de ce livre en attendant la séance du film (oui je l'ai fais exprès :p ).
L'adaptation filmique par les deux scénaristes de Bienvenue chez lez chti's et de RTT (Deux chefs d'oeuvres de la comédie française), cumulant pour l'occasion les postes d'adaptateurs et de réalisateurs, est plate et sans inventions. J'ai connu Catherine Frot, plus inspirée et Lambert Wilson assure le minimum syndical 'comme dans ses derniers films...). Le film alterne les scènes ridicules (inventées pour l'occasion) comme la scène de danse dans le train et les références au rugby. Le film a le mérite d'être parfois drôle (surtout la partie des dialogues copiés/collés du livre original .... sic !). Le film s'élève néanmoins au dessus de la fange des comédies françaises grâce à la présence de madame Frot et les dialogues de Charles Exbrayat.

Confessions d'une taupe à Pôle Emploi

Et si Pôle emploi empêchait de retrouver du travail ? Alors que la crise économique a fait exploser le compteur du chômage, rien ne va plus. Agents débordés, déprimés, manque d’information et de formation, culte de la rentabilité et privatisation des missions : la fusion ANPE-Assédic est très difficile.
Le leitmotiv ? Faire du chiffre. Temps réduit pour chaque demandeur d’emploi, radiation pour des broutilles… Globalement, Pôle emploi semble considérer tout demandeur comme un fraudeur en puissance, un suspect permanent. Plus grave, les réformes se succèdent à un rythme tel que les agents n’ont pas le temps de les assimiler. Que dire alors des demandeurs !

En 2007, Nicolas Sarkosy, alors candidat aux présidentielles, proclame son envie de faire fusionner deux établissements publiques, L'agence pour l'emploi et les Assédic. L'organisme nouvellement créé fournissant alors aux demandeurs d'emploi, un interlocuteur unique au lieu de deux. L'idée parait bonne et pleine de bon sens. Le 13 février 2008, la loi pour la réforme du service de l'emploi public est publiée, la fusion est donc faite...en théorie.
Sur le terrain, par contre, c'est la panique générale.

<< Je veux embaucher M. X, un jeune homme de moins de 26 ans, pour un CDD d'un an, en bénéficiant d'une aide aux entreprises. Mais vous êtes des gros nuls, vous ne voulez pas l'inscrire. Il a déjà eu des abrutis de chez vous au téléphone qui lui ont dit qu'il allait s'occuper de lui, mais a chaque fois il y a un débile pour refuser de prendre un rendez vous. Maintenant ça suffit, je viens demain et vous me signez ce contrat aidé >>
Renseignements pris, j'apprends que ce jeune homme n'est pas du tout demandeur d'emploi mais qu'il travaille à temps plein pour une autre entreprise, et en l'absence d'une rupture de contrat son inscription est pour l'heure impossible. La femme que j'ai eu en ligne cherchait en fait à débaucher ce jeune chez un concurrent, et lui a intimé l'ordre de démissionner de son poste, puis de s'inscrire à Pôle emploi, afin de toucher l'aide de l'état : 45% du salaire pendant douze mois !
(Extrait d'une conversation téléphonique page 70)


Confessions d'une taupe au Pôle emploi est un recueil d'anecdotes navrantes sur les deux premières années d'existence de Pôle emploi, mieux le livre dévoile au grand jour une politique du chiffre effrayante (une agence qui radie ses chômeurs est un agence bien notée par la hiérarchie). Écrit en binôme par un agent de Pôle Emploi (sous le couvert d'un pseudonyme : Gael Guiselin) et d'une journaliste politique (Aude Rossigneux), ce livre fait un constat alarmant du nouvel organisme, quasi kafkaïen, qui semble avoir oublier sa vocation première. Les auteurs se contentent de faire se succéder les témoignages sans réellement porter d'accusation, au lecteur le soin de juger et de se faire une opinion,
Une lecture obligatoire pour ceux qui recherche un emploi qui y découvriront des astuces pour éviter les radiations abusives et des méthodes pour mieux communiquer avec cette administration.

Confessions d'une taupe à Pôle Emploi, Gael Guiselin et Aude Rossigneux, Calmann Levy [03/2010], 134 pages.