Confessions d'une taupe à Pôle Emploi

Et si Pôle emploi empêchait de retrouver du travail ? Alors que la crise économique a fait exploser le compteur du chômage, rien ne va plus. Agents débordés, déprimés, manque d’information et de formation, culte de la rentabilité et privatisation des missions : la fusion ANPE-Assédic est très difficile.
Le leitmotiv ? Faire du chiffre. Temps réduit pour chaque demandeur d’emploi, radiation pour des broutilles… Globalement, Pôle emploi semble considérer tout demandeur comme un fraudeur en puissance, un suspect permanent. Plus grave, les réformes se succèdent à un rythme tel que les agents n’ont pas le temps de les assimiler. Que dire alors des demandeurs !

En 2007, Nicolas Sarkosy, alors candidat aux présidentielles, proclame son envie de faire fusionner deux établissements publiques, L'agence pour l'emploi et les Assédic. L'organisme nouvellement créé fournissant alors aux demandeurs d'emploi, un interlocuteur unique au lieu de deux. L'idée parait bonne et pleine de bon sens. Le 13 février 2008, la loi pour la réforme du service de l'emploi public est publiée, la fusion est donc faite...en théorie.
Sur le terrain, par contre, c'est la panique générale.

<< Je veux embaucher M. X, un jeune homme de moins de 26 ans, pour un CDD d'un an, en bénéficiant d'une aide aux entreprises. Mais vous êtes des gros nuls, vous ne voulez pas l'inscrire. Il a déjà eu des abrutis de chez vous au téléphone qui lui ont dit qu'il allait s'occuper de lui, mais a chaque fois il y a un débile pour refuser de prendre un rendez vous. Maintenant ça suffit, je viens demain et vous me signez ce contrat aidé >>
Renseignements pris, j'apprends que ce jeune homme n'est pas du tout demandeur d'emploi mais qu'il travaille à temps plein pour une autre entreprise, et en l'absence d'une rupture de contrat son inscription est pour l'heure impossible. La femme que j'ai eu en ligne cherchait en fait à débaucher ce jeune chez un concurrent, et lui a intimé l'ordre de démissionner de son poste, puis de s'inscrire à Pôle emploi, afin de toucher l'aide de l'état : 45% du salaire pendant douze mois !
(Extrait d'une conversation téléphonique page 70)


Confessions d'une taupe au Pôle emploi est un recueil d'anecdotes navrantes sur les deux premières années d'existence de Pôle emploi, mieux le livre dévoile au grand jour une politique du chiffre effrayante (une agence qui radie ses chômeurs est un agence bien notée par la hiérarchie). Écrit en binôme par un agent de Pôle Emploi (sous le couvert d'un pseudonyme : Gael Guiselin) et d'une journaliste politique (Aude Rossigneux), ce livre fait un constat alarmant du nouvel organisme, quasi kafkaïen, qui semble avoir oublier sa vocation première. Les auteurs se contentent de faire se succéder les témoignages sans réellement porter d'accusation, au lecteur le soin de juger et de se faire une opinion,
Une lecture obligatoire pour ceux qui recherche un emploi qui y découvriront des astuces pour éviter les radiations abusives et des méthodes pour mieux communiquer avec cette administration.

Confessions d'une taupe à Pôle Emploi, Gael Guiselin et Aude Rossigneux, Calmann Levy [03/2010], 134 pages.

2 commentaires:

Geoffrey a dit…

Je vais le lire je pense. Etant belge on pourrait penser que ça ne me concerne pas vraiment (surtout que chez c'est l'inverse qu'il s'est produit : un organisme a été scindé en deux,la mitose appliquée à l'administration pourrais-je dire). Cependant à ce que je lis ici les problèmes restent majoritairement les mêmes,comme celui de voir le demandeur d'emploi comme un fraudeur.On ouvre des enquêtes uniquement sur base de dires de délateurs (le coup de sonde a disparu)...et j'en passe. Je parie que je risque de ne pas voir la différence entre ce qui se passe chez vous et ce qui se passe chez moi en lisant ça...et mine de rien ça me fait un peu déprimer,mais la lecture ne doit pas servir qu'à la distraction !

Cultiste a dit…

D'après ce que tu décrit, oui la situation semble similaire (comme dans la plupart des pays Européens d'ailleurs).
Notre Pôle Emploi est encore, malheureusement pour les chômeurs français, encore en période de rodage.