Samantha : bonne à rien faire

L'année dernière, je mettais fait une réputation de macho auprès de la gent féminine pour avoir osé aimer un roman de Chick-lit ou l'héroïne n'était décrite que comme une femme dépensière et matérialiste. Cette année, j'ai décidé de monter un cran au dessus dans l'échelle du machisme avec un roman de la même auteure ou l'héroïne, une femme indépendante, retourne là ou est sa vrai place... dans la servitude et dans la cuisine !

Ni soirées, ni week-ends, ni vacances, ni amoureux : Samantha, la trentaine, ne vit que pour son job d'avocate d'affaires et pour la promotion dont elle devrait bientôt bénéficier.
Hélas, en une journée, elle fait perdre à son meilleur client plus de cinquante millions de livres. Désespérée, elle prend la fuite et se retrouve à la campagne où, sur un malentendu, elle se fait embaucher comme bonne chez un couple de charmants excentriques. Micro-ondes, fer à repasser, aspirateur : Samantha découvre un monde inconnu peuplé d'objets étranges. Et ce n'est pas parce qu'on a 168 de Q.I. qu'on sait faire marcher une machine à laver !
(Résumé éditeur légèrement modifié) 

J'ai récupéré ce livre, un peu par hasard, lorsque sa précédente propriétaire s'apprêtait à s'en séparer. Quand je lui ai demandé pourquoi elle souhaitait s'en débarrasser aussi vite, elle m'a simplement répondu qu'elle ne l'avait tout simplement pas apprécié. Beaucoup trop "fifille" d'après elle.
Comme je suis très galant de nature (je ne fais mon rôt qu'en présence d'une très belle femme !) , je me suis dévoué pour l'en débarrasser définitivement. Mais avant de le donner à mon bouquiniste préféré, j'ai décider de le lire pour informer mes fidèles visiteurs. Oui mon dévouement à votre égard est sans bornes (envoyez vos dons !).  
 
_Vous savez quand même coudre un bouton, non ? s'exclame t'elle effarée. Ça ne prend pas deux minutes. Vous avez bien des boutons dans votre boîte à ouvrage !
Ma quoi ? Ah oui un truc à couture !
_Je n'en ai pas , réponds-je poliment. Je ne suis pas douée pour la couture.
_ Pas même pour coudre un bouton. Votre mère ne vous a donc rien appris ?
Je manque de m'esclaffer à imaginer ma mère en train de coudre un bouton.
_ Non.
_ De mon temps les jeunes filles de bonnes famille apprenait à coudre un bouton, à repriser une chaussette et à retourner un col. [...]
_ Les temps changent. Du mien, on apprenait à réussir des concours et à se préparer à bien gagner sa vie. On apprenait à défendre ses idées.
Je ne peux résister au plaisir d'ajouter :
_ Et à utiliser notre cerveau.
Mme Farley n'est pas impressionnée.
_Quelle honte me plaint-elle en me tapotant l'épaule avec compassion. [...]
Je lui rétorque fièrement
_ Ce n'est pas une honte !
Bien sûr ma chère, fait-elle pour calmer le jeu, et elle rentre chez elle.
Ce qui m'énerve encore plus. Je la poursuis.
En quoi est-ce une honte ? D'accord je ne sais pas recoudre un bouton. Mais je sais restructurer les dettes d'un client et lui faire économiser trente millions de livres. Ça, je sais le faire !
Mme Farley me dévisage depuis sa porte.
_ C'est une honte me répète-t-elle comme si elle ne m'avait pas entendue. Enfin, bonne nuit.
_ Et le féminisme, ça ne vous dit rien ? dis-je en criant derrière sa porte.
Pas de réponse.
(Extrait page 49-50)

Lire de la Chick Lit pour un homme, c'est un peu comme nager avec les requins ou discuter épilation avec des  joueuses de rugby portugaises, une expérience dangereuse. Publié en 2005, soit après le troisième volume des aventures d'une accroc au shopping, Samantha, bonne à rien faire (The undomestic Godess) est un livre unique, sans suite  déjà publiée ou prévue. Confessions d'une accro au shopping était un roman de Chick Lit très drôle qui de la première à la dernière page enchaînait les gags sur la compulsion dépensière de son héroïne et oubliait presque tous les poncifs de la littérature pop-corn féminine.  Ce Samantha lui est beaucoup plus classique et il m'a permit de découvrir mes limites en matière de Chick Lit. Je crois qu'une petite explication s'impose.

Comme dans un roman pour fille classique, on y retrouve des personnages haut en couleurs,  des personnages émouvants et son lot de beaux mecs interchangeables (forcément amoureux de l'héroïne) mais voilà c'est sur dernier point ou j'ai failli lâcher le livre. Après un début pourtant intrigant, l'héroïne, trentenaire célibatante (néologisme idiot donc le masculin est très peu usité...), qui travaille trop et rêve pourtant d'une famille unie pour compenser sa famille dysfonctionnelle (mère tyrannique et frères absents). La découverte de la fameuse erreur qui va la faire virer et atterrir, droguée et complètement soûle, en pleine campagne anglaise. Ses premiers jours de sa vie de bonne à tout faire et ses premières victoires (elle sait faire des toasts wouhou !) sont délirants et m'ont rappelé les gaffes de Becky Bloomwood. Kinsella oublie pourtant bien vite les tentatives ménagères de son héroïne, pour s'intéresser à ses amours contrariés avec... le jardinier. Et comment dire là, j'ai soupiré. Regarder au ciel.  Chanter du Lady Gaga mais rien n'y a fait je me suis ennuyé comme un rat mort. Le personnage de Nathaniel (c'est le nom du jardinier) n'est pas mauvais en lui même mais dés que Kinsella aborde le personnage sur le plan amoureux c'est une catastrophe. Le personnage sarcastique des débuts disparaît, au profit d'un porte manteau quasi muet (avec abdos et pecs saillants, le porte manteau...).
Le jardinier n'est pas le seul à être atteint de schizophrénie. Le livre entier en souffre. dans son intégralité. Sophie Kinsella tente pendant 400 pages de mélanger des thèmes,sérieux à des thèmes plus légers : la comédie ( genre Shopaholic), la réussite professionnelle des femmes, une petite critique du féminisme, une plus importante de la famille et l'amour avec un homme issue d'une classe moins aisée (sic !) C'est bien joli mais pour moi mais cela ne fonctionne jamais vraiment. J'ignore si c'est parce que je suis un homme (couleur salade ok mais un homme quand même) mais les passages amoureux entre l'héroïne et son beau jardinier m'ont donné envie de lâche le livre. On dirait du Barbara Cartland dans le texte (non je ne posterai pas d'extraits !). Pour le style, rien de nouveau c'est du Kinsella, facilité de lecture et humour so british à tout les étages. Si je retire les 150 pages à l'eau de rose (Danielle Steel c'est toi ?), il reste 250 pages d'une comédie amusante, à défaut d'être originale sur la reconversion professionnelle. Du cabinet (d'avocats) au bidet en quelque sorte.
Un roman de chick lit très moyen que je vais oublier très vite.

Samantha bonne à rien faire, Sophie Kinsella, Traduit de l'anglais par Daphné Bernard, Editeur Pocket [05/2010] titre original : The Undomestic Godess, Edition originale [2007], 409 pages.

1 commentaire:

The Bursar a dit…

Je suis impressionnée par ta capacité de lecture... la chick-litt ne fait pas partie des genres que je lirais volontairement et ce livre en particulier, car je ne suis pas sûre de pouvoir sympathiser avec une héroïne encore plus nulle que moi pour les tâches ménagères... Mais tout de même réussir à tenir 400pages, c'est admirable.