La reine des lectrices

"Que se passerait-il outre-Manche si Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture? Si, d'un coup, rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux?
C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde so British de Buckingham Palace s'inquiète. Du valet de chambre au prince Philip, tous grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor."

(Quatrième de couverture)

Alan Bennett est l'auteur préféré des anglais depuis plus de trente ans. Romans, pièces de théâtre, télévision aucun domaine n'échappe à son talent et à sa plume sarcastique. Son humour so british continue d'émerveiller ses contemporains.. L'élément commun à tous ses écrits : La mise en scène du quotidien anglais et ses petits aléas caustiques. En France, comme c'est souvent le cas, le public ne l'a découvert (votre serviteur inclus) que récemment grâce à deux livres : La Mise à nu des époux Ransome et La Reine des lectrices.

Qui aurait pu croire que la Reine en voulant s'excuser de la conduite de ses chiens auprès du chauffeur d'un bibliobus allait provoquer la panique auprès de son entourage ?. Personne. Par pur politesse, elle accepte de se faire prêter un livre. Dés lors c'est l'engrenage, il lui faut en découvrir plus, lire plus de livres, rattraper le temps perdu ou, occupée par ses royales affaires, elle ne lisait pas.

"Il n'y avait aucun système dans sa manière de lire, un ouvrage en amenait un autre et elle en lisait souvent deux ou trois en même temps" (page 52 )
  
Même durant les cérémonies officielles sa curiosité de lectrice transparaît et elle met mal à l'aise les dignitaires étrangers. Pas de chance, le premier à en faire les frais est notre président Français. Le protocole en prend un sérieux coup.

"Maintenant que nous sommes en tête à tête  dit la reine [...]. Je vais pouvoir vous poser les questions qui me tracassent au sujet de Jean Genet.
_Ah... oui, dit le président [...]
_Il était homosexuel et il a fait de la prison mais était-ce un mauvais garçon ? Ne pensez vous pas qu'il avait un bon fond, au contraire ? [...]
N'ayant pas été brifé au sujet du dramaturge chauve. Le président chercha désespérément des yeux sa ministre de la Culture" (pages 9-10)

Bientôt son peuple est au courant de sa nouvelle et dévorante passion et en vient parfois à lui poser des questions difficiles sur la littérature populaire mais donc elle se sort avec tact et dignité.

De nombreux visiteurs auraient souhaité avoir avec elle cet échange intellectuel et lui avouaient qu'ils étaient justement en train de lire Harry Potter. Mais peu portée sur le fantastique, la reine réagissait toujours de la même manière : << Oui, disait elle un peu sèchement, nous gardons cela en réserve pour un jour de pluie >>, avant de passer à l'invité suivant.   (page 48)

C'est le deuxième livre que je lit d'Alan Bennett et c'est toujours un moment de lecture agréable, l'humour y est toujours fin et le personnage principal parfaitement caractérisé. Contrairement à son autre livre qui n'était que pure fiction, La reine des lectrices impose à son auteur de mélanger fiction et réalité. L'entourage de la reine, ses serviteurs et conseillers sont bien entendu de pures inventions par contre le premier ministre, le président français, sa famille, eux si ils ne sont nommés que par leurs fonctions  ou leur liens avec la reine (les princes, le premier ministre etc...) sont bien censé être réels. Au lecteur de décider de les nommer ou non. La guerre en Irak est aussi évoquée le temps d'un paragraphe plein de dérisions sur le monde politique

"_Sa majesté adore la lecture
 _Personnellement, j'adore me faire sucer la bite. Mais je ne demande pas au premier ministre de me rendre ce service."
(page 90)


La reine des lectrices est un petit roman typiquement british de facture classique. Il ne cherche pas à impressionner son lecteur mais au contraire de lui proposer quelques subtiles réflexions sur la lecture auquel il ne pourra qu'opiner du chef et un agréable vaudeville minutieusement orchestré. Un livre qui se dévore en une soirée, idéal pour s'aérer la tête entre deux livres sérieux.


La reine des lectrices, Alan Bennett, Traduit de l'anglais par Pierre Ménard, Editions Gallimard, collection Folio [04/2010], Titre original : The uncommon reader, Publication original [2007], 123 pages.

1 commentaire:

Crazy Cat a dit…

Je trouve l'idée plutôt cocasse. :)