Ma paresse

Non cet article n'est pas un aveu de mon incapacité à tenir ce blog à flots. C'est un livre acheté sur un coup de tête pour son petit prix de 3€ et son format mini.


"Les choses les plus simples sont trop compliquées."
(quatrième de couverture)


Italo Svevo est le pseudonyme d' Ettore Schmitz, un écrivain italien juif (son père est allemand et sa mère italienne tous deux de confessions juive) à la carrière chaotique. Il publie un premier livre (à compte d'auteur) à l'âge de 31 ans intitulé : Une vie. Ce sera un échec cuisant. Quelques temps plus tard il publie, toujours à compte d'auteur, un autre livre : Sénilité et obtient malheureusement le même résultat.  Il arrêtera d'écrire pendant vingt ans et c'est son professeur d'anglais, un certain James Joyce, qui en lui faisant découvrir la littérature anglaise et l'irlandaise lui redonnera le goût de l'écriture. C'est d'ailleurs Svevo qui donnera à Joyce tous les renseignements  sur la culture juive qu'il utilisera par la suite pour son Ulysse. A la même époque il est fasciné par les travaux de Freud et traduit dans la foulée son essai sur le rêve. En 1919, Joyce intercède en sa faveur pour que son dernier livre La conscience de Zeno obtienne un peu d'attention auprès de la critique (notamment française). En Italie pourtant la jeune génération commence déjà à le découvrir grâce aux efforts d'un critique passionné par son oeuvre. Il meurt en 1928 des suites d'un accident de voiture non sans avoir réclamé, d'après sa légende, une dernière cigarette. Ma paresse contient une notice biographique plus complète que mon modeste résumé. 

Ma paresse raconte les mille et un compromis que pratique un homme d'âge mur pour tromper Dame nature et retarder l'inévitable. Quand on a 70 ans, la santé est importante et, quand on à la chance de la posséder, la conserver l'est encore plus. Le narrateur peut compter sur son neveu Carlos pour lui donner d'assommants  conseils diététiques. Sa santé, le narrateur l'a gère à l'instinct sans écouter son entourage. mais en écoutant son corps. Pilules et cachets en tout genre pour aider tel ou tel organe à fonctionner et sus d'un petit régime pour perdre du poids (et faire plaisir à Carlos). Un régime à base de cigarettes en guise de coupe faim. Un compromis. Il y a un instinct qui mérite, lui aussi, un traitement préventif contre l'âge c'est celui de la virilité. En bon Italien, le narrateur prend un maîtresse. Une maîtresse qui vend des cigarettes (pratique pour le régime !). Une jeune maitresse de 24 ans. Une maîtresse que l'on paye. Sa femme ? Elle ignore tout. Pourquoi lui dire c'est de l'hygiène pas de l'amour. Compromis encore une (mauvaise) fois. Si la santé est facile à gérer à coup de pilules, une jeune maîtresse, elle, est moins docile.

Je pourrais rapprocher ce livre d'un autre, Les belles endormies de Yasunari Kawabata (mon article par ici) qui voyait aussi un senior fréquenter les milieux de la prostitution pour se rappeler sa jeunesse. Contrairement au Japonais qui privilégiait la prose romantique et la chaste nostalgie, Italo Svevo est plus physique et préfère faire de son personnage un vieillard indigne qui s'assume (là aussi contrairement à Kawabata).
Détail important, ce livre fait partie de la collection 3€ chez l'éditeur Allia qui à pour spécificités d'être en exemplaires limités (1000ex environ). Pour plus de renseignements sur cette collection et sa raison d'être c'est par ici
 J'ai aimé ce livre et je relirais probablement un autre ouvrage de cet auteur.
ps : Vous avez remarqué que je commence ce paragraphe en disant âge mur et que je finis en parlant de vieillard ;)  

Ma paresse, Italo Svevo, traduit par Thierry Gillyboeuf, Edition Allia, collection 3€ [09/2010], titre original : Il mio ozio, première publication  [1968], 64 pages

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