Le bal des débris

<< Frédo aurait voulu être un gangster.
Seulement, au lieu de manier la mitraillette devant un comptoir de banque, il pousse des chariots dans un hôpital pour vieux. Heureusement, il y a Lepointre, un vioque pas comme les autres, expert en combines et truand indécrottable. Quand une riche pensionnaire vient échouer à l'hosto, ils s'imaginent déjà des diamants plein les poches... >>
(Quatrième de couverture)

Fredo, c'est un  peu Thierry Jonquet (1954-2009) quand il était jeune. Un peu voyou peinant dans boulot alimentaire déprimant (un hôpital pour vieux) et militant syndicaliste le reste du temps (la femme de Fredo est une rouge à lutte ouvrière). Après des études de philosophie, il se dirige vers la voie de l'enseignement sans y trouver son bonheur. Heureusement durant cette période, il découvre le polar et se lance dans un carrière d'écrivain avec un premier livre en 1982, Mémoire en cage. Le talent est là, la critique suit et son style fait mouche. Un mélange de faits divers réalistes, de critique sociale et d'humour noir. En 1984 sort Le bal des débris  qui confirme son allégeance au polar noir. En marge de sa production, il débute aussi dans les romans jeunesse, les nouvelles pour les grands journaux français (Libération, Le monde etc) sans oublier ses travaux de scénariste pour la télévision et le cinéma. Vampires son dernier livre (inachevé) et publié à titre posthume,  a été publié aux éditions du Seuil en 2011.

<< Jusqu'à l'hosto, ils sont venu plantés leurs crocs, ceux là. Rhan... Bien fort que je m'accroche aux apprentis cadavres. Leurs canines voraces plantées dans les jugulaires séniles. les psychologues traquent le signifiant et sucent bien fort, à fond. La béance du désir au troisième âge, c'est quelque chose qu'il ne faut pas laisser échapper. A aucun prix. >> 
Page 68-69

Le bal des débris possède le charme des années 80, cette nostalgie d'une époque plus simple ou l'on pouvait s'amuser de tout et de rien sans froisser personne.  Pour se moquer, Jonquet se moque et pas qu'un peu. Des psychologues (voir extrait), des kinés et de tout ce qu'un hôpital gériatrique peut contenir comme professions spécialisées. Chacun en prendra pour son grade sans aucune pitié. La compassion et la tendresse, Jonquet la réserve aux pensionnaires séniles et à son personnage principal. 
Fredo, à l'instar des pensionnaires de son hopital, se sent mourir à petits feux. Etouffé par sa femme une marxiste qui l'oblige à vendre des merguez à la fête de l'Huma et un boulot aussi peu gratifiant, Fredo cherche une porte de sortie. Quand il rencontre Lepointre à l’hôpital et que le vol des diamants est planifié (le soir du bal de l’hôpital) c'est enfin l'espoir d'un avenir meilleur qui se présente.  Rien ne sera simple et des complications d'un genre armées et musclées se mettront en travers de son chemin (et je ne parle pas ici de la police...). Plus que le final de ce livre c'est bien le cheminement de Fredo qui m'a fasciné. Il rêve d'être un gangster comme dans les films et c'est ce que la vie va lui donner sous la forme d'une leçon qu'il n'oubliera pas. 
Roman noir bien ancré dans son époque, Le bal des débris se moque de tout et se faisant provoque le rire de son lecteur. Il propose aussi son lot d'action, de révélations tonitruantes et de sexe sauvage (dans un ascenseur, pas vraiment consenti et pas avec la légitime...). 
Une perle à lire absolument.

Le bal des débris, Thierry Jonquet, Collection Points roman noir, Éditions Point (2010), 185 pages.

Pas de pitié pour Martin

"Il est ingrat, médiocre, désespérément seul, et il a la poisse.
À bientôt quarante ans, il vit toujours chez sa mère, dont il est le souffre-douleur. Bref, toute l'existence de Martin Reed est placée sous le signe de l'humiliation et de l'échec. Par un malencontreux concours de circonstances, on l’accuse, un beau matin, du meurtre d'une de ses collègues. La troublante inspectrice Albada, qui doute de sa culpabilité, met tout en œuvre pour l'arracher à cet engrenage infernal.
Mais quand la déveine vous colle à la peau..."
Quatrième de couverture


Karin Slaughter à 40 ans, elle est auteure de thrillers et a obtenu la renommée internationale grâce à son premier livre Mort Aveugle. Un premier livre qui débutera sa série de Grant County qui raconte la vie d'un commissariat d'une petite ville (imaginaire) des états-unis. Un peu à l'étroit dans le grand ouest, elle débute aussi une série à Atlanta (la ville où elle réside) sur un agent du GBI (Une sorte de FBI) Will Trent. Pas de pitié pour Martin n'a rien à voir avec ses deux séries. Ce livre est à l'origine une pièce radiophonique écrite par Karin Slaughter et plus tard adaptée au format papier. C'est aussi la première incursion et probablement la dernière, de l'auteur dans l'humour noir. 

Mais la cruelle vérité, c'était que Martin ressemblait plutôt à Jodie Foster adolescente. (page 10)
Stop Karen c'est du n'importe quoi là. J'ai vu Taxi Driver, elle était pas grasse et laide Jodie Foster adolescente...

Dans les cours de recrée de toutes les écoles du monde, il y a des enfants violents, des témoins muets (et donc complices) et des souffres douleurs qui serrent les dents.  Karin Slaughter est de la première catégorie, son Martin de la troisième et vous cher lecteur de ce livre de la seconde. 
N'y allons pas par quatre chemins, ce livre est un essai raté. Il accumule les défauts de construction comme j'empile les fautes de grammaire dans un paragraphe de quatre lignes. Miss Slaughter peine à faire vivre ses personnages de minables et irrécupérables. Son Martin est gros, laid, mou et comptable dans une société de sanitaires. Sa mère abusive est une femme laide, aigrie et violente. Ses collègues de travail sont tous des trentenaires attardés (qui comme par hasard sont les mêmes qui torturaient Martin à l'époque du lycée), beaux mais complètement idiots et son unique collègue de travail, une noire obèse, est une repris de justice qui parle comme un rappeur West Coast. Du cliché à la pelle et de l'originalité nulle part.  
Pas de pitié pour Martin contient aussi une composante policière (anecdotique) avec l'arrivée de deux policiers aussi compétents et positifs que le reste du casting. C'est au moment de leur arrivée dans le récit que j'ai décroché du livre. Le récit déjà laborieusement divertissant, avec les pleurnicheries continuelles de Martin, plonge encore dans une noirceur artificielle. Karen Slaughter nous présentant la femme chargée de l’enquête comme une "Martin" au féminin (remplacer mère abusive par mari violent). Évidemment une romance (niaise et placée sous le signe des loosers) naît de la rencontre de Martin et la jolie inspectrice. Oh et au cas ou vous vous demanderiez qui tue des gens en faisant porter le chapeau à ce pauvre martin, Karin à la bonne idée de l'indiquer via un  indice, dans les premières pages, aussi énorme que le l'arrière train de Karin Slaughter adolescente (c'est pour toi Jodie...).
L'histoire de Martin se termine mal comme le titre le promet, mais ne m'a pas décroché un sourire pour autant comme l'aurait voulu l'auteure. À trop vouloir faire dans l'humour noir, avec des personnages de paumés, Miss Slaughter oublie de donner à son récit cette lueur tenue d'espoir qui, une fois éteinte par un sort cruel et facétieux, donne sa saveur à l'humour noir. L'humour dans Pas de pitié pour Martin est donc rare. Plus problématique "l'humour" semble être du premier degré méprisant.  Ce sera sans moi Karin et ton bouquin va aller rejoindre celui de Gregory McDonald dans la poubelle des tentatives d'auteurs pour s'extraire d'un genre qui a fait leurs renommées. Pas de pitié pour Karin ! 

Pas de pitié pour Martin, Karin Slaughter, Traduit de l'américain par Pierre Demarty, Le livre de poche, Grasset (10/2011). Titre original Martin Misunderstood (2008), 140 pages.

Sherlock Heml'os mène l'enquête

<< Une machine à éplucher les bananes, un nouvel acide révolutionnaire : décidément monsieur loufdingue est un inventeur de génie. Hum hum... à voir
Mais qui s'est introduit chez Elmo pour commettre un vol pour le moins insolite ?
On a beau s'appeler Sherlock Heml'Os et Scotson, résoudre d'aussi troublantes énigmes n'est pas simple.
Faites équipe avec eux, tout au long de ces cinq enquêtes, et parions que, bientôt ils ne pourront plus se passer de votre précieuse collaboration >> 
Quatrième de Couverture


Samedi dernier, j'ai aidé des amis à déménager (je suis serviable voyez vous). Lorsqu'il a fallu s'occuper des affaires traînant dans le grenier, j'ai aperçu les livres d'enfants soumis à la poussière. Apercevant que l'un d'entre eux pouvait convenir à mon running gag Holmèsien. Je l'ai emprunté et lu (en 5mn) pour le régurgiter ici. Ne me remerciez surtout pas.
Voilà donc comment je suis rentré en possession (temporairement) du deuxième volume des livres de Sherlock Heml'os le chien détective de Toutouville, toujours accompagné de son fidèle Scotson (jeu de mot entre Watson et Scottish Terrier). L'édition que je vous présente est de 1987 et contient une traduction différente de la dernière parue en 2007(toujours chez le même éditeur). Scotson y est rebaptisé Ouahtson.  Une édition moderne, qui partage le même nom que celle de 1987 et pourtant contient des histoires différentes.
En France, la présence de James "Jim" Razzi se limite à la traduction de la série des Sherlock Heml'os (The Sherluck Bunes Mystery Detective en vo). Dans les pays anglo-saxon, il est pourtant un auteur pour enfants reconnu et a qui l'on doit notamment des histoires originales ayant pour héros des personnages de la culture populaire (Blanche Neige, Alice, Dumbo ou Pinocchio). Il doit aussi sa renommer chez  nos amis américains pour avoir, dans les années 80, conçut des livres d'activités populaires basé sur Star Wars  ainsi que sur Star Trek. A noter que sa femme est parfois créditée avec lui, comme c'est le cas pour cette édition, et parfois non (l'édition récente).

 Les aventures de Sherlock Heml'os sont de petits jeux d'enquêtes suivant un schéma accessible à une jeune lectorat. En début d'histoire, Sherlock et Ouahtson/Scotson arrivent dans un lieu, découvrent un crime, observe la scène à la recherche d'indices et finalement énumèrent les suspects avant que ne soit demandé au jeune lecteur qui est le coupable. L'indice décisif étant révélé par une des illustrations ornant une des pages de la phase de recherches d'indices. 
Dans la première enquête notre chien détective vient en aide à un clown a qui on a volé son costume et sa perruque ce qui en dit long sur le degré de misère frappant Toutouville.
Dans la seconde histoire notre duo va faire un tour à la campagne pour chercher des potirons. James Razzi nous apprend à cette occasion, que ce bon Ouahtson/Scotson a décidé de faire une tarte aux potirons pour le dîner et qu'il s'agit d'une de ses spécialités... ce qui en dit très long sur la dynamique de notre duo (ben quoi je ne suis pas le premier à sous-entendre ça). Comme par hasard, un voleur a décidé de voler les potirons de la région (la terrible pauvreté de Toutouville frappe même la campagne environnante...).
Dans Les inventions de M. Louftingue, Ouahtson demande un conseil financier auprès de Sherlock. Ils rendent visite pour l'occasion au professeur Louftingue, un inventeur farfelu qui cherche des investisseurs. Machine à éplucher les bananes, acide qui ronge tout et autres inventions bizarres émerveillent notre bon docteur. Il est déjà prêt à investir dans ses inventions innovantes et révolutionnaires. Sherlock est plus dubitatif, mais bien décider à sauver les économies de son naïf partenaire.
Sherlock Heml'os invite son bon Ouahtson/Scotson a déjeuner. Durant cette quatrième aventure le docteur (toujours boulet) se rend compte que l'une des aiguilles de sa montre est cassée. Direction donc l'horloger le plus proche et en bicyclette s'il vous plaît (apparemment il n'y a pas de fiacre à Toutouville...). Comme par hasard l'horloger vient d’être cambriolé.
Dans Un marin rancunier, notre duo vient en aide à un marin à qui on a mouillé sa chemise... vous avez bien lu. Pas volé, déchiré, peinturluré ou même salie, non juste mouillée. D'accord, c'est avec de l'eau de mer, mais quand même. Bref la criminalité aux abords de Toutouville est terriblement violente et sadique (une chemise mouillée avec de l'eau salée brrr...)

 Pour le jeune public visé (les sept et +), les aventures de Sherlock Heml'os sont assurément un gentil divertissement, pour les adultes comme moi c'est juste une curiosité qui m'a fait esquissé quelques sourires. Si vous avez un enfant dans votre entourage et qu'il n'a pas encore l'âge de lire les aventures de la sœur de Sherlock, voilà un moyen pour le pousser gentiment vers l'univers de Conan Doyle.

Sherlock Heml'os mène l'enquete, Jim et Mary Razzi, Traduit de l'américain par Josette Gontier, Collection Copain, Le Livre de Poche [1987], The Sherluck Bones Mystery Detective Book 2 [1982] , 60 pages.

No Impact Man

Les super héros sont comme nous, plein de bonnes intentions envers la planète, mais agissent peu pour réduire les effets néfastes de l'humanité sur la terre. Si nous agissons si peu pour changer nos modes de vies polluants c'est parce que c'est difficile.
Heureusement aujourd'hui, il y a No Impact Man. Il ne porte pas de slip rouge sur son pantalon, mais tente de vivre sans polluer pour nous montrer le bon exemple.

Comme nous tous, Colin Beavan en a marre d'assister, impuissant, au réchauffement climatique, à la déforestation et aux gaspillages en tous genres...
Il refuse d'être partie prenante dans la fonte des glaces et de la disparition des ours polaires. Son défi : vivre un an en réduisant au maximum son empreinte environnementale. Jusque-là, pas de quoi parader, d'autres l'ont fait avant lui. La grande différence c'est que ledit Colin Beavan vit en plein coeur de Manhattan, au 9e étage d'un building. Et qui dit réduction des émissions de carbone dit pas d'ascenseur, de climatiseur, de réfrigérateur, de transport motorisé, entre autres, et quand on est un jeune père de famille, l'aventure tourne vite au casse-tête.
Son premier challenge : convaincre sa femme, quelque peu accro au shopping, de jouer le jeu. Le deuxième : renoncer aux couches et aux plats à emporter. Passées ces étapes... eh bien, tout reste encore à faire. L'expérience dure un an, le compte à rebours est enclenché ! 
 [Résumé éditeur] 

L'image d’Épinal de l'écologie responsable, en France, reste celui du retour à la ferme (dans le Larzac de préférence). Abandonner la ville et ses tentations consuméristes pour retourner aux champs. Un retour à l'auto suffisance au sein d'une petite communauté vivant en symbiose avec l’environnement. Sans OGM, sans pesticides avec de beaux panneaux photo-voltaïque sur le toit et une éolienne dans le jardin. Une vie rêvée proche de notre mère la terre, des animaux qui gambadent dans les champs, avec l'air pur et l'eau claire enfin retrouvés.
Cela reste un rêve utopiste, car sur une planète qui compte presque sept milliards d'individus. Une majorité d'entre nous vivent dans de grandes villes et un abandon pur et simple de celles-ci est impossible. Colin Beavan pense la même chose quand il entame son projet. Peut-on vivre en plein coeur d'une grande ville sans polluer ?
À l'origine No Impact Man est une expérience que Beavan conçoit (il est écrivain) lors d'un dîner avec son éditeur en 2006. Le projet doit durer un an durant lequel, en plus de l'écriture de son livre,  il tiendra un blog journalier (pour le voir cliqué ici). Le livre était pensé au départ pour être un résumé de son expérience et sa conclusion finale. Ce que Colin n'avait pas prévu avant le début de son aventure, c'est que son blog et ses articles obtiendraient une médiatisation importante auprès du public et des médias. L'écrivain devenant bien malgré lui un gourou de l'écologie (et c'est toujours le cas aujourd'hui). Il donna une suite à son projet via un autre site internet le No Impact Project où il continue de prôner un mode de vie différent et plus responsable. Il existe aussi, depuis 2009, un film documentaire sur les Beavan réalisé avec des images tournées durant l'experience.

Colin Beavan raconte dans No Impact Man, les modifications qu'il opère de manière progressive dans sa vie de tous les jours. Les chapitres de changements alternant avec ceux où il constate les resultats concrets (positifs ou négatifs) sur son confort de vie. Le point final du livre étant de couper l’électricité et de vivre sans jusqu’à la fin de l'aventure.
Son épouse accepte plus ou moins facilement les changements. Plus de transports en commun, mais un vélo pour tout le monde ? Ça c'est facile et bon pour la santé. S’empêcher d'acheter de vêtements neufs et ne plus boire de café (parce qu'il faut consommer local et réduire les dépenses inutiles) alors que l'on est accroc au shopping et au café ? Beaucoup moins.
Madame va devoir passer au thé à la menthe (en le faisant pousser sur le balcon...) et ne renouveler sa garde-robe que quand cela sera utile. Le couple connaîtra aussi une crise grave durant laquelle Colin avouera qu'il a passé un marché avec madame pour gagner sa patience. Qu'importe aussi que les grands parents maternelle n'aient pas le droit de voir leur petite fille pour Noël, parce qu'utiliser l'avion ce n'est pas très écolo-responsable. Sa famille n'est pas la seule à (un peu) ralentir l’enthousiasme de Colin, les médias et les amis de madame ont aussi un avis différent sur sa petite expérience écologique. 

 Colin Beavan prend le pari de raconter son année écologique en espérant qu'elle provoquera une prise conscience chez ses lecteurs. On peut sourire de l'innocence de cet auteur qui s'enthousiasme d'un panneau solaire pour alimenter son PC. Dans le premier chapitre, par exemple, il est ravi de troquer ses poches jetables par un sac réutilisable. Il avoue pourtant qu'il aurait préféré un filet à provision comme les élégantes parisiennes (vues lors de vacances familiale en France). Tout ne sera pourtant pas rose. Le remplacement de la machine à laver et du réfrigérateur lui feront découvrir les limites de ses bonnes intentions.
Globalement le lecteur un temps soit peu informé sur l'écologie n'apprendra rien dans ce livre. Beavan n'est pas un scientifique, ce n'est pas non plus un écologiste convaincu (ou politisé) et se défend d'ailleurs d’être l'un ou l'autre. Il est l'exemple même de l'américain moyen  soucieux de l'avenir qu'il laisse à sa fille de deux ans (on devine malgré son joli discours qu'il gagne plus que l’américain moyen...). Ses connaissances de départ se limitent à ce que tout le monde sait (prendre une douche au lieu d'un bain, ampoules à économies d’énergie, etc). Ce manque de connaissances pratiques et son enthousiasme font qu'il ne tient aucun discours culpabilisant. On l'accompagne, à chaque étape de son aventure et on découvre avec lui les joies et les déceptions de l’expérience.
Le livre se conclut par un chapitre sur ce qui, après une année de "No Impact", a changé dans la vie des Beavan. Les petites entorses au contrat de départ (il y en a !) et les changements durables que le projet a permis (elles sont plus nombreuses).

No Impact Man est un livre agréable à lire, porteur d'espoir et pleins de bonnes intentions. Il n'a pourtant pas changé fondamentalement mes habitudes de consommation. Colin Bell s'adressant avant tout au lecteur américain. Les habitudes polluantes qu'il décrit au jour le jour ne sont pas les nôtres, nous les Européens et pour certaines d'entre elles ne l'ont jamais étés. En revanche, j'ai remarqué que je fréquentais un peu plus le magasin bio en bas de chez moi. Un effet secondaire de la lecture de son livre ou ai-je décidé soudainement de manger plus équilibré ?

No Impact Man, Colin Beavan, traduit de l'américain par Joëlle Taouti, Fleuve Noir (11/03/2010), 268 pages.

La vie sur Mars

"Un voisin homme-grenouille.
Des cow-boys qui font leurs courses au supermarché. Un candidat aux élections et son jumeau. Un ninja et des piments. Une femme frigide sous la neige. Une journaliste qui parle à son chat. Un chasseur de japonaises. Un écrivain et la Coupe du monde de football. David Vincent et les Bee Gees. La vie est étrange, parfois."

Quatrième de couverture.


Laurent Graff est un jeune écrivain Français (né en 1968) et parce qu'il faut bien se nourrir : archiviste de profession. D'après la bio de l'éditeur présente en début d'ouvrage, il aurait effectué plusieurs tours du monde et vécu un temps des produits de la mer (marin ou poissonnier on ne saura pas). Sa bibliographie est plus parlante. 
On lui doit Le Cri (En 2006 aux éditions de La Dilettante) ou le célèbre tableau de Edvard Munch fait irruption dans la vie du narrateur. Un roman qui l'a fait remarquer par la critique. Son dernier livre toujours chez le même éditeur : Selon toute vraisemblance (2010) est un recueil de nouvelles. Dans là, aujourd'hui défunte, collection Motifs, Laurent Graff publie consécutivement en 2006 et 2007 deux livres. Une réédition de 2003 en format poche du roman Caravane et un recueil de nouvelles La vie sur Mars.  
Graff en fin observateur du quotidien le retranscrit dans son œuvre y mêlant la  tragédie et la comédie. La vie sur Mars est un mauvais exemple de ce que je viens de vous dire. Les nouvelles de ce recueil tire plus vers le drame que vers la comédie. Laurent Graff enfonçant le clou en indiquant qu'il s'est inspiré de gens qu'il connait ou a connu. 


Voici un petit aperçu des nouvelles de ce livre : 


_La vie de Voisin : Michel Gervis est un bon voisin toujours serviable et muet comme un carpe quand il s'agit de commenter la vie des autres. Sa surprise est totale quand son voisin Pascal, vêtu d'une tenu de plongée l'invite pour la soirée dans son appartement. Il faut dire que tous les soirs Pascal et sa femme Claire se disputent et ils savent que Michel les entend et fait semblant de ne rien savoir.

_La vie de candidat : Gregory Georges n'a pas le moral. Candidat aux élections que l'on donne pour perdant, il se voit vieillir et regarde ses espoirs de grandeur s'amenuiser. Son frère jumeau Chris, l'artiste raté et alcoolique notoire, va lui remonter le moral  d'une manière inattendu. 

_ La vie de salon : Marco Daggada se rend dans les salons d'expositions chasser l’âme sœur. Qu'importe qu'elle ne soit pas française, il entretiendra une relation aphone et téléphonique lointaine. 
Une asiatique ou une africaine de préférence.

<< Ils tombaient d'accord pour dire que les occidentales étaient des emmerdeuses qui vieillissaient mal...>> 
 page 42

_La vie de cow-boy : Bertrand et Christiane Corradini, un couple d'âge mur, se rendent à l’Intermarché le plus proche en tenue Far West. Qu'importe les quolibets, leur passion pour le western est plus forte que la réalité des gens comme il faut. 

_La vie de Ninja et La vie de Frelon
 Alain Gentil est pratiquant d'art martiaux et gardien de musée. Il s'est préparé une soupe aux piments mais il ignore s'il va la consommer. Trop de piments peut être ?
Son voisin est allé à la cueillette au champignon et lui en a offert. Les accommoder sera simple, mais la digestion plus difficile.  

_La vie d'artistes : Trois artistes à différents stades de la renommée se retrouve dans la villa de celui qui a réussi pour passer l'après-midi. Entre les tendances suicidaires de l'un et la dépression galopante de l'autre, les heures s'écoulent. Ensemble ils vont faire la nique à la malchance et préserver leur amitié. 

_La vie de Christine Bonhomme de neige : Christine est frigide plus par choix qu'autre chose. Ce soir elle se rend chez homme pour diner. Elle ignore ce qu'il veut (il est beau et elle y va a contrecœur) sauf une chose elle va y passer. 

_La vie d'écrivain : le Monde souhaite publier des textes d'écrivains professionnels sur le foot. Contacté en dernier recours pour arrondir le chiffre des auteurs, un médiocre écrivain cherche l'inspiration dans son obsession : le sexe.

_La vie de journaliste : Une journaliste accepte les avances d'un écrivain réputé. Aussitôt l'affaire faite, il la largue la renvoyant à ses maigres espoirs de célibataire. 

_La vie de Bee Gees 1, 2 et 3 : David Vincent part à la recherche de quelque chose avec dans la tête des citations des Bee Gees.
         
<< Un Bee Gees, ça ne porte pas de slip. Ça porte un jean très moulant, taille basse, la couture dans la raie... >>  
page 45

 _La vie, mon amour : un homme dans une gendarmerie attend des nouvelles de sa femme accidentée de la route. Pour tenter de calmer ses angoisses, il tente de nouer le dialogue avec le gendarme de garde.


Si je mets de côté les nouvelles La vie de Bee Gees, le constat de ce recueil est des plus dépriment. Les nouvelles ont des conclusions tristes et donnent un coup au moral. L'auteur traite principalement de la solitude et manie l'humour noir pour mieux enfoncer ses personnages dans leurs isolements. Son style d'écriture est bon, seul le sujet de ses nouvelles porte à caution. Apparemment La vie sur Mars est sous antidépresseur. J'ai vraiment hâte de vous parler d'un autre des livres de Laurent Graff parce que celui-ci me fiche le bourdon 

La vie sur Mars, Laurent Graff, Collection Motifs (2007), 108 pages

À bord

Un jour, en début de soirée, alors que j'étais au large des côtes de Patagonie, écoutant une dramatique histoire de fantômes que racontait un des membres de l'équipage, nous entendîmes un affreux mugissement, quelque chose entre le grognement d'un Léviathan et l'éructation d'un Vésuve, et nous vîmes une brillante traînée de lumière à la surface de l'eau.
Le vieux maître d'équipage grisonnant, qui se tenait tout près, s'exclama : " Là, c'est un Poisson du Diable ! ". 

(Quatrième de couverture)



Herman Melville fait partie de ses écrivains que tout le monde a lu (merci à l'éducation nationale). De ces auteurs intemporels fourrés de force dans le crâne de nos jeunes années, deux des œuvres d'Herman Melville se dégagent : Bartleby le scribe et Moby-Dick.
Né en 1819 et troisième fils d'une fratrie de huit, Herman Melville commence à travailler très tôt et multiplie les emplois. D'employé de banque, aux travaux des champs (dans la ferme d'un de ses oncles), à comptable des études dans le commerce de son frère aîné. L'affaire de son frère tournant court, il devient instituteur dans une école de campagne.
En 1839, il s'engage dans la marine pour voir le monde, une année passe et de retour sur la terre ferme, il s'installe à Nantucket dans l'espoir de s'embarquer sur un baleinier. Melville espère visiter le pacifique.
Trois années passées dans les eaux Polynésiennes et quelques désillusions plus tard (une mutinerie et une prise d'otage rien de grave) lui donne envie de revenir en Amérique. Il parvient à se faire engager sur un navire de guerre qui fait direction vers Boston. Enfin dans son pays natal, Melville se concentre sur sa carrière littéraire, en alternance toutefois avec des emplois alimentaires, car il n'obtiendra jamais de son vivant de quoi vivre de ses écrits. Dans le milieu littéraire, il se fait vite une réputation d'explorateur avec ses premiers romans (Taïpi et Omoo basés sur son expérience polynésienne) mais c'est en 1850 avec son roman The Whale (rebaptisé pour la publication américaine Moby-Dick) qu'il obtient la reconnaissance. Cinq années plus tard, il publie dans un recueil de nouvelles : Bartleby le scribe.
Ce que l'on ignore le plus souvent (et que j'ai appris en lisant ce livre) c'est que Melville n'a pas seulement écrit des romans de marins, des nouvelles et des poèmes, il a aussi donné des conférences. Elles traitaient de sujets qu'il maîtrisait. Elles furent un échec cuisant et certaines n'ont pas été lues en public plus de trois fois.
À bord les regroupe en son sein.

<< Certains marins affirment qu'il y a des cornes et d'immenses nageoires, et d'aucun disent qu'il plonge jusqu'aux abysses les plus profonds et remonte en hurlant, avec des bouches nombreuses et largement ouvertes comme le Mississippi. >> (page 21)

Dans les deux premiers textes Les mers du sud (1858) et Le voyage (sous-titré : ses plaisirs, ses misères et ses bienfaits, 1960) narre ses expériences de marins comparant les conditions de vie lors des voyages d'antan à ceux de son époque, ponctuant le tout avec de belles descriptions des poissons rencontrés (voir l'extrait). Dans Tableaux d'une chasse à la baleine (1847) le conférencier devient critique littéraire pour dénoncer le livre d'un de ses contemporains qui racontent une chasse à la baleine (qu'il juge fictive).
Le livre contient une note du traducteur en préambule qui remet dans le contexte ces trois textes. Ce même traducteur à annoter les trois conférences de nombreuses explications que l'on retrouve à la fin du livre. À noter que le livre est illustré de magnifiques représentations de trois mats sur la couverture et entre chaque récit. Un très beau petit livre (malheureusement un peu cher).
Que ce soit pour les fans "complétistes" ou les amateurs des premières œuvre de Melville, À bord est une curiosité recommandable, mais donc le contenu est de l'ordre de l’anecdotique pour le commun des lecteurs.
Un livre à ranger à coté de Taïpi et Oomo qu'il complète fort bien.

A bord, Herman Melville, Traduit de l’américain par Guy Chain, Finitude (05/2011), 80 pages.

84, Charing Cross Road

Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres.
Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. 
(Quatrième de couverture)





A lire ce livre biographique, on ne pourra pas dire que la consécration vient facilement. Helene Hanff (1916-1997) n'a connue la gloire qu'à un âge déjà avancé et uniquement au travers de son unique livre 84, Charing Cross Road. C'est un hasard qui lui a donné l'idée de publier la correspondance, qu'elle a tenue avec son libraire pendant 20 ans, sous la forme d'un livre. Scénariste pour la TV américaine et auteure de pièce de théâtre n'ayant jamais sortie de l'anonymat, Helene Hanff a connu le pain noir des gens de lettres toute sa vie. Son livre en offre un aperçu. Publié en 1970, il est encore aujourd'hui un succès de librairie.
84, Charing Cross Road a connu une adaptation au théâtre et une autre au cinéma avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins (Imdb).

Le livre de Hanff est tout sauf une recueil de jolies correspondances fictives ou tout est ordonné. Elle est chaotique, parfois difficile à suivre sans pourtant perdre son sujet initial de vue : les livres. Elle parle de beaux livres, les siens et de ceux qu'elle voudrait. Comme la vie, cette correspondance laisse des interrogations en suspend et se révèle cruelle. Hélène commande des livres (le plus souvent des classiques anglais), badine et plaisante avec son flegmatique libraire anglais, puis la correspondance devient plus personnel et les interlocuteurs d’Hélène changent. Chacun y va de sa petite histoire personnelle, venant se confier auprès d'elle et la remercier pour sa bonté (Hanff envoie des colis alimentaires au personnel de la librairie qui sont encore soumis aux restrictions alimentaires d'après guerre).

Le plus incroyable dans cette correspondance reste son incroyable modernité. Helene Hanff l’américaine préfère commander en Angleterre les livres qui lui faut plutôt que de sortir de chez elle (et ainsi quitter sa machine à écrire). Elle ne veut pas se contenter des éditions américaines, si le livre existe, qu'elle juge médiocres et mal traduites.
Ce comportement, toujours d'actualité, rappelle celui de n'importe quel acheteur de produit culturel sur internet. Enfin vous je ne sais pas, mais le mien indubitablement.

Hanff est aussi une femme d'opinion au comportement singulier. Elle trie ses livres chaque printemps et jette (ou donne) ceux qu'elle ne désire plus. Les ouvrages qu'elle décide de garder sont relus régulièrement.  Ce tri choque ses amis sur qui elle porte un regard dur :
<< Mes amis sont soigneux avec les livres. Il lisent tous les best-sellers, ils les parcourent le plus vite possible, en en sautant beaucoup de passages, je crois. Et comme ils ne les relisent JAMAIS, un an après ils ne se rappellent plus un traitre mot. >>
 (page 83)

A noter que les livres qu’Hélène commande à son libraire font l'objet de très pratiques notes du traducteur en bas de pages.
J'ai aimé ce livre, son ambiance d'après guerre et sa correspondance passionnée. L'humour de Hanff omniprésent dans ses lettres est toujours surprenant. Par exemple : elle HURLE sur son libraire à l'aide de phrases en majuscules pour lui réclamer ses livres. 
84, charing cross road touche l'amoureux des livres et de la littérature par son approche humble et réaliste du sujet. Rien que pour ça, il mérite de figurer dans votre pile de livres à lire.

Vous pouvez trouver un autre avis sur le blog de Cachou

84, Charing Cross Road, Helene Hanff, Traduit de l'américain par Marie-Anne de Kisch, Le livre de Poche (2003), Édition originale (1970), 156 pages.

Kissing Sherlock Holmes

“My dear Watson, how does one go about kissing a woman?”...
Sherlock Holmes’ question leads to a lesson Watson never expected to teach. And feelings he never thought to explore. A single kiss alters Watson’s world while the announcement of Holmes’ upcoming marriage sets an odd fear in his heart.
Amidst the beauty of an English country party, the greatest detective the world has ever known searches for a traitor. Somewhere among the glittering nobility a sadist lurks, using blackmail to destroy lives and endanger a nation.
Only Sherlock Holmes can save an innocent man and bring the traitor to justice. It’s a search that could cement the greatest friendship of all time into something far deeper and stronger...if the hunt doesn’t end Watson’s life first. 



Grâce à Amazon (et sa célèbre fonction One Click), je peux acheter des livres sans regarder le nom de l'auteur, le résumé de l’éditeur ou même le prix. Il faut être complètement inconscient ou sous l'influence de l'opium pour dépenser 10€ (5 dans mon cas) à l'aveuglette. Pourtant, c’est ce que j'ai fait dans l'euphorie de la réception de mon Kindle. La bête avait faim et me réclamait de la nourriture. Ne pouvant supporter ses suppliques désespérées, j'ai usé ma carte bleue. Il fut nourri d'une demi-douzaine de livres (en anglais). Une partie de ces achats sont des livres sur lesquels j'avais déjà des vues ( comme UR) et d'autres sont des achats impulsifs (et un peu compulsifs aussi).
Kissing Sherlock Holmes est l'un de ces achats impulsifs. Dans ma folie Holmesienne du mois d'août (voir Enola Holmes et Sherlock Holmes et les vampires de Londres), j'ai craqué pour ce que je pensais être une parodie sentimentale avec les héros de Conan Doyle. Disponible à la vente en format papier et en numérique (dans tous les formats possibles sur le site de l'éditeur). Contrairement ce même éditeur qui qualifie ce livre de "gay erotica" et les blogs des deux auteures qui le qualifie de "parody", je le qualifierai plutôt de chick-lit érotique. Non ne fuyez pas ! Ce n'est pas aussi terrible que vos imaginations viennent de le supposer. Enfin si, mais pas l'aspect érotique seulement l'aspect paro-dick-... (j'ai honte de ce jeu de mots bilingue).

<< I shall simply pretend I’m kissing you when I’m with her. >>

Les responsables de cette parodie sont deux américaines.
L'une, T.D. McKinney, oeuvre dans le genre Twilighteries/historique. Les amours d'une femme en pleine guerre de sécession (My secret Yankee en collaboration avec Aimée Masion), L’enquête d'un profiler lancer à la poursuite d'un serial killer et qui est par hasard devient esclave sexuel d'une vampire (Dancing in the Dark et sa suite Walking after midnight), etc. Du sentiment, du sexe et une pincée de surnaturel c'est bien une copine de Meyers.
L'autre, Terry Wylis est dans la même mouvance, mais s'est spécialisée dans la romance entre hommes. A Bid for love (romance entre deux agents du FBI...), Wolf Proxy (une romance entre un patron et son jeune loup d'employé...) et autre Solitude et Sea glasses (romance entre un homme défiguré et son assistant...), etc. Du Brokeback Mountain sans les moutons et le mutisme viril...
Quand je vous disais que je n'avais pas fait de recherches sur ce livre avant de l'acheter. Je remercie donc la fonction One click d'Amazon qui simplifie un peu trop les achats et à ma fièvre acheteuse pour m'avoir fait lire un livre au contenu particulier.

Dans Kissing Sherlock Holmes, Le célèbre détective est mandaté par la reine Victoria pour mettre un terme aux agissements d'un espion. Il parvient à remonter la piste jusqu’à la famille de Lord Stepney. Un proche de la reine. Tous les indices semblent converger vers le beau-fils du Lord, Robert Chilton. En tentant de mieux connaitre son suspect, Sherlock fait la connaissance de la demi-soeur de Chilton : Winnifred Farnham.
Winnie, de son petit nom, voit en Holmes un challenge. Un homme à conquérir. Le détective accepte sa chaste affection pour mieux se rapprocher de son suspect. Il n'avait pas prévu que la jolie blonde le demanderait en mariage et l'annoncerait immédiatement à sa famille. Tenu de continuer son enquête pour la reine et poussé par les intrigues de sa future femme, Holmes se voit contraint d'accepter le mariage. Totalement novice dans le rôle de petit ami  et ne sachant pas a qui demander conseil sans perdre la face, il se tourne vers son fidèle Watson.
Encore sous le coup de la nouvelle du mariage et de la découverte de la virginité de son vieil ami (je ne plaisante pas c'est dans le livre...), Watson débute "l'apprentissage" de Sherlock par un baiser, sans se rendre compte que cela va révéler au grand jour un non-dit que même Conan Doyle ignorait.

Comme beaucoup d'auteurs de pastiches Holmesiens, McKinney et Wylis avouent être des admiratrices de longue date de Conan Doyle. Si c'est le cas et j'en doute fortement. Le duo de Baker Street devrait être reconnaissable. Ne serait-ce qu'un peu mais c'est beaucoup demandé à nos deux américaines adepte des love stories. Elle débutent fort avec un formatage de la personnalité de Holmes et Watson pour leurs besoins romanesques.
Sherlock Holmes est pourtant celui qui s'en tire le mieux. Il roucoule des mots doux (pour Watson) et se comporte comme un gros phallocrate vis-à-vis de sa future femme (vraiment très drôle ça). Un machisme à deux vitesses, car quand Holmes ne fustige pas la gent féminine de tous les maux, il s'excuse de son attitude chaque fois qu'on l'interroge à ce sujet ou qu'il s'adresse à une femme. Moi qui croyait que les machos ne s'excusaient jamais et ne prévenaient pas leurs futures victimes. Autre curiosité de ce nouveau Holmes : La disparition de sa dépendance à la drogue. Il déclare à un Watson soulagé que dorénavant ce brave docteur sera le substitut à cette triste habitude. 
Le traitement rose bonbon pratiqué sur Holmes n'est rien comparé à la violente chirurgie comportementale subit par Watson. Chez Doyle, le Dr Watson est un homme qui plaît aux femmes, un homme stable, marié et vétéran de guerre qui chronique les enquêtes de son meilleur ami. Chez Wylis et McKinney, il est un narrateur émotif qui se découvre amoureux de son meilleur ami. Il est en outre celui qui est expérimenté dans les relations entre hommes. Son expérience proviendrait de son passé dans l'armée coloniale de sa majesté (très beau cliché ça). Watson dans Kissing Sherlock Holmes romantise le moindre des faits et gestes de Holmes et parfois se rappelle qu'il fut un drogué neurasthénique des plus invivables. Il décrit Sherlock avec les yeux d'une femme amoureuse passant le plus clair de son temps à observer les faits et gestes des autres personnages. Il écrit ce qu'il ressent passant par tous les sentiments de la palette amoureuse (jalousie, possessivité, etc).
 Lors du récit, en observant Holmes interroger un jeune palefrenier, Watson compare cette situation à la manière dont Sherlock s’occupe de ses irréguliers de Baker Street. Il ferait un père formidable conclut-il. Si Holmes est bien écrit comme un homme, Watson obtient le rôle féminin du couple. Pour amplifier encore ce fait, McKinney et Wylis font de lui une demoiselle en détresse en le faisant par deux fois victime de tentatives de meurtre.
Il est triste de voir quand 2011 l'on échappe encore pas à la norme conservatrice hétérosexuelle qui voudrait que dans un couple il faut une femme et un homme.  Pour vous éviter des questionnements obscènes (attention je modère les commentaires !), il me faut mentionner l'aspect érotique de ce livre. Loin de la pornographie qui se déroule dans votre tête, Kissing Sherlock Holmes reste sage. Deux scènes d'échanges de salive (l'une légère et l'autre écœurante de romantisme) et deux scènes plus explicites mais sans vulgarités.
 Il y a deux auteures dans ce livre et cela se ressent à la lecture. La première partie du récit se concentre sur les sentiments et l’érotisme et l'autre tente de faire vivre mollement une intrigue prétexte. La première partie est brouillonne et aligne les grandes phrases sentimentales les plus communes (Wylis ?). La seconde moitié de Kissing Sherlock Holmes avec ses efforts désespérés pour nous faire croire à un semblant de suspense tente de nous accrocher à l'intrigue oubliée pendant les 80 premières pages. Mieux écrite et avec plus d'humour, cette partie fait montre d'un talent certain d'écriture (McKinney ?).
Ayant acheté le livre à l'aveuglette, je n'avais pas fait attention à la couverture, ni à la date d’édition de ce livre. Puis j'ai vu les torses d'éphèbes sur la couverture  et j'ai compris que le véritable fantasme de nos deux américaines n’était pas l’œuvre de Doyle mais plutôt le film de Guy Ritchie. Les beaux acteurs hollywoodiens, Jude Law et Robert Downey Jr torses nus dans un lit (désolé encore une fois pour l'image dans vos têtes), plutôt que l'émacié au grand nez  et le petit ventripotent à moustache originaux.
Pour finir sur ce livre et parce que je ne suis pas la cible de mes nouvelles copines américaines , je serais tolérant. Destiné à un public spécifique (adolescentes et adultes sentimentaux), Kissing Sherlock Holmes fait partie de ces livres vite lu (vite écrit ?) qui ne laissent aucun souvenirs mémorables et c'est probablement pour le mieux. Je vous donne rendez-vous pour une prochaine "Holmèserie" dans un autre genre.  

Ps : Mckinney et Wylis ont annoncés qu'une suite était en chantier. Si vous souhaitez que je la lise, demandez le moi dans les commentaires. 

Kissing Sherlock Holmes, T.D. McKinney et Terry Willis, AmberQuill Press (08/2011), 188 pages

Bloguer dure trois ans

C'est l'histoire de Cédric Cerisier, célèbre blogueur littéraire, qui est déçu de son blog, de ses lectures et de ses lecteurs. Il décide de changer de vie en lisant un livre de Frederic Beigbeder à propos d'un certain Marc Maronnier qui découvre que l'amour ne dure que trois ans, que c'est biologique et qu'il doit larguer sa femme, ses amis et plus généralement sa vie. Personnellement si j'étais un personnage de Beigbeder je me suiciderai dés la troisième page pour éviter une souffrance psychologique a mon lecteur. Enfin ce n'est que mon avis. Écrire six lignes inutiles pour justifier le titre d'un l'article, ça c'est fait. Rajouter une pique mesquine à un écrivain français, que je ne lirais que sous la torture aussi.



Absolument Capitaine ! Ce blog est la honte des blogs littéraires (enfin dans mon cas "littéraire" c'est relatif). Je suis, non seulement incapable de tenir mes délais de parution d'articles (un/semaine à l'origine), mais en plus mes brouillons s'accumulent à une vitesse folle. Je lis, je note, je brouillonne mais je suis pas fichu de corriger et de me relire mes articles bref c'est le bordel dans la cave de mon blog.
Contrairement aux deux années précédentes ou je faisais promesse et excuse (voir le premier article anniversaire et le second), je n'en ferais absolument aucune cette année. 
Parlons maintenant chiffres, de chiffres douloureux. Ce blog possède actuellement 229 brouillons qu'il faut ramener au 70 de la première année et aux 179 de l'année précédente. Si le nombre de mes brouillons à explosé entre la première année (+109 !), il n'a augmenté que de 50 entre l'année dernière et aujourd'hui. Chose amusante le rythme de mes lectures dans la vie n'a pas diminué (1/2 livres par semaines). Alors pourquoi n'a t'il pas augmenté ? c'est un mystère facilement résolu. Motivation j'écris ton nom mais j'ignore ce que tu es.
Je pourrais vous dire que la fréquentation de mon blog à augmenté doucement à mesure que le nombre de mes parutions diminuaient. Je ne plaisante pas. Vous êtes de plus en plus nombreux à venir sur ce blog sans que je sache pourquoi. Une chose demeure certaine, j'ai plus de lecteurs mais moins temps pour bloguer.


Un jour prochain, je serais un vrai blogueur. je lirais de grands auteurs et de grands classiques. Je recevrais des livres gratuits par les éditeurs contre des articles sponsorisés. Je publierai mes articles toujours à temps. je serais invité au salon du livre. Amazon.fr m'offrira des réductions sur des eBooks. Mon blog sera couvert de pub (en flash) pour le dernier Philip Roth et je gagnerai de l'argent avec vos clics. Un jour...


 
Google Analytics ou j'ai les lecteurs que je mérite...


Un petit florilège des requêtes taper dans Google par mes adorables visiteurs.


-Mcdonald Innsmouth
Frites et coca dans le menu maxi best of ?
-Bibliothèque de connerie
C'est bien ici.
-Brokeback arrosé
Avec ton meilleur ami, dans un tente, pendant que vous gardiez des moutons ?
-Cigarette paresse 
On ne fume pas dans un bibliothèque !
-Denzel Washington/Illuminati
Ah bon ?
- echo des savanes chèvre monsieur seguin
Toi tu es perdu mais alors perdu...
-flanger "bibliothèque pascal"
Flanger ?
-La bigamie dans la mythologie grecque
J'ai parlé de ça moi ?
La paralysie et le viol de Barbara Gordon 
Toujours un succès : Autopsie d'un viol
-Mon patron decide de prendre la stagiaire pour les séminaires
Elle est jolie la stagiaire ?
-Photo Christophe lanbert
Moi vivant jamais !
-Demande mi temps patron con
Tu es stagiaire ?
-Jeune stagiaire veux travailler dans une médiathèque
Je suis un con et je t’emmène en séminaire !
-Patronnes baisées
J'en suis aux stagiaires moi...
-Position brouette togolaise
Avec les stagiaires ou les patronnes ?
-Résister à la connerie ambiante
Feindre d'être sourd ?
-Friponneries entre niponnes
Stagiaires ou patronnes ?
-La bibliothèque de Dora
C'est le nouveau nom de mon blog
-Je filme mon premier trio bi
Un patron con, un patronne et une stagiaire ?
-Mariage Cultiste
tu as des chandelles, un nécronomicon et un grand ancien sous la main ?
-"n'ai jamais autant baisé"
Tu es patron ?
-Je pense que toute tentative artistique est une manière d'exterioriser un sentiment amoureux. Bon d'accord, sauf chez Michael Youn.
La drogue et le critique de cinéma. Un fléau.
-très bien, j'aime. nous en avons tous rencontré un jour ou l'autre... et ce n'est pas un privilège ! ils nous perturbent, bousillent notre vie et celle de millions de salariés. oui, il était temps de vous donner les astuces permettant de survivre à ces individus : comment les reconnaître ? les comprendre ? comment gérer efficacement votre con de bureau "préféré" et transformer l'enfer d'hier en de réjouissants et multiples pièges à cons ? devenez un très redoutable et très redouté bourreau des cons au travail.
Rechercher l'auteur d'une citation dans Google c'est mal 
-comment s appelait un acteur gay americain des années 1980 toujours dans des pantalons hyper moulant
Je ne sais pas. tu es le même que l'année dernière ?  
-Dieu des chats dans le mythe de Cthulhu
Bast !
-L'art c'est mon drogue
Ok
-Qu'est ce qu'un cthulhu
Quand tu le sauras il sera trop tard...
-Tina Turner est bisexuel 
C'est un homme Tina ?


Relation patron/stagiaire dans STO
Remerciements :
A tous mes lecteurs qui m'ont laissés un gentil commentaire et suivent mes parutions erratiques. 
_Cachou et Traqueur Stellaire (Guillaume44) venus Lire aux cabinets avec moi
_Olivier Loëb qui a plus de blogs que votre serviteur
_Phil Siné a qui je vais faire acheter un livre.
_Geoffrey qui a un nouveau blog sur Batman avec un titre au double sens hilarant.
_Vance, Gromovar et Dasola venu essuyer les plâtres de ma modeste rubrique cinéma (qui va connaitre une refonte incessamment sous peu)
_Lilith une lectrice de Phil Siné venue me conseiller un film (que je vais visionner)
_Dr. Strangelove pour m'encourager dans mon Trekkisme.


En route pour une quatrième année.

UR

Pour débuter les articles sur les livres lus sur mon Kindle adoré, je vous propose une exclusivité. Un livre de Stephen King qui oscille entre anticipation et publicité pour le gadget d'Amazon.  

Wesley Smith vient de se faire larguer. Pour se prouver qu'il n'est pas de la vieille école, comme le prétendait son ex, Wesley achète un Kindle. Il dit donc au revoir à ses vieux livres poussiéreux et bonjour aux livres numériques. 
Quand il reçoit enfin sa précieuse liseuse, il s'aperçoit qu'elle est loin d'être ordinaire.  Son Kindle rose possède, en sus de son coloris original,  une fonctionnalité expérimentale unique. La fonction nommée UR. Elle permet d’accéder à des livres inédits écrits par de grands auteurs. Hemingway, Poe etc. Le Kindle de Wesley, lui donne accès à des livres écrits dans des dimensions parallèles à la nôtre. D'abord, stupéfait puis réjouit, l'enthousiasme de Wesley s’éteint pourtant rapidement quand il se rend compte que la fonction UR lui donne également accès à des articles de journaux en provenance du futur et que dans l'un d'entre eux, Helen, la femme qu'il aime toujours, va mourir dans un accident de la route.

Je ne vais pas m'amuser à vous faire une présentation de King et vous citer une vingtaine de ses livres que vous avez, ou devriez forcément avoir lu. 
UR est une nouvelle promotionnelle pour le Kindle. Stephen King ne s'en cache pas et l'on y retrouve bien tous ses tiques littéraire : héros de la classe moyenne, description du quotidien américain dans toute sa banalité et introduction du fantastique par le biais d'un évènement anodin. Wesley commande sur Amazon, décrit son Kindle et ses fonctionnalités de base. Le début de UR ressemble donc à un guide pratique du Kindle d'Amazon, c'est voulu et parfois drôle. On y retrouve aussi tous les arguments de vente du Kindle, la lecture en plein soleil, les prix réduits des livres et l’accessibilité du produit. 
Autant que je vous l'avoue, si je n'en possédais pas déjà un, j'aurai passé commande d'un Kindle au bout de dix pages.
Il faut donc attendre le milieu du récit pour comprendre ou Stephen King souhaite mener son héros avec son histoire de mondes parallèles et futur à empêcher.
Les amateurs de King les plus pointus mettront en avant le lien qui existe entre UR et la Tour sombre pour lire UR.
Les autres, les simples lecteurs comme moi, apprécieront son héros sympathique et maudiront sa lecture trop courte. C'est le véritable problème de UR, elle a beau être vendue au prix réduit de 3,40€ cela reste cher pour une nouvelle qui se lit en une petite heure. 
Blâmer Stephen King pour avoir écrit une nouvelle captivante, mais bien trop courte ou blâmer Amazon pour lui avoir demandé de faire la promotion payante de son Kindle. Mon coeur balance et j'ignore qui insulter. Je crois bien que le coupable c'est moi seul. Je suis trop faible pour résister à un piège aussi grossier. 

UR, Stephen King, Storyville (éditeur), 183 KB, 3,40€

Le Kindle et l'Amazon

Kindle Keyboard (Kindle 3)




































































































Cela fait deux mois que je fais joujou avec Ebook reader. Deux mois que j'ai vendu mon pourtant fort joli IPad 2 pour un objet plus petit avec un écran en noir et blanc. Deux mois et pour tout vous dire je n'en reviens toujours pas de cet échange.
Le 25 mars dernier, j'ai cassé ma tirelire. Je me suis offert un sublime IPad 2. Il était blanc et avec son si bel écran, je me voyais déjà lire des livres, regarder des podcasts, jouer à des jeux et surfer sur le web en ne bougeant que d'un doigt.
Le rêve pommé n'a pourtant duré qu'un bon mois. 


 La première application installée sur mon IPad fut celle du Kindle. Disponible sur tout les supports (ordinateurs ou smartphones), je possédais depuis longtemps cette application sur mon ordinateur. Pourtant je ne l'utilise que rarement car après plusieurs tentatives de lecture infructueuse ainsi que quelques mouchoirs et comprimés de Doliprane plus tard, j'ai abandonné. Les maux de tête ont eu raison de mon envie de lire et je suis retourné à mes livres papier.
Je pensais l'IPad différent mais en réalité il n'en était rien. Le livre avait beau me plaire, impossible de lire plus de 20 minutes sans avoir les yeux qui pleurent et un début de migraine. Insupportable frustration.
Autre défaut très vite repéré son poids, soi disant léger (610 g ), l'IPad se révèle lourd quand il est tenu d'une seule main pendant une longue période. Je place sous silence sa capacité de divertissement plutôt moyenne.
Conclusion après un mois, mon IPad2 ne sert à rien. Je le revend donc deux mois plus tard perdant au passage 100€. Voilà qui m'apprendra à acheter le dernier des gadgets à la mode


Fin juillet, toujours avec mes 400€ de budget je finis par envisager l'achat d'un Ebook reader. Bien entendu j'ai hésité entre plusieurs, il y avait celui de la Fnac (plastoc), celui de Sony (très cher), celui de France Loisir (encore un laideron) et d'autres encore (moches et chers). Heureusement j'ai rapidement eu une révélation : Je lis en anglais régulièrement et pas trop mal en plus (sans me vanter hein). J'ai donc importé un Kindle troisième génération (ou 3 pour les intimes). 
Le Kindle avec son coût de 100 de nos euros est un bonheur pour moi. Il est petit, léger et  simple d'utilisation. Actuellement il ne contient que des livres en anglais acheté sur le Kindle Store américain. En attendant que le Kindle Store français ouvre (normalement en fin d'année), il me sert de réserve de livres en anglais. La première semaine d'utilisation m'a permis d'acheter une quinzaine de livres (mon banquier à dû se poser des questions...), télécharger des extraits gratuits (trop beaucoup trop) et retomber en enfance avec la fonction Text-to-speech (Kindle lit moi un livre avant de dormir).



Je n'ai pas fait cet article pour vous parler de mon dernier achat technologique (ou pour dire du mal de l'IPad) mais pour vous annoncer l'arrivée d'un nouveau marque-pages pour mon blog. 
Kindle Edition sera son nom. Il me servira a différencier mes lectures de papier, de mes lectures numériques. Le premier article est pour le mois d'octobre et je parlerai à cette occasion de Sherlock Holmes (oui encore !) comme vous ne l'avez encore jamais lu.
Voilà maintenant vous êtes au courant.

Ps : La vidéo illustrant cet article date de 2010. le prix du Kindle indiqué à la fin n'est plus d'actualité.  Cette pub reste bien jolie quand même =)

La honte de la famille


 
 << Bonne mère, qu'a-t-il fait pour mériter une telle infamie ? Est-il possible que son fils à lui, Maspie le Grand , ait pu tourner aussi mal ? Dire que dans la famille on appartient à la pègre marseillaise depuis des générations.
Ah le traite ! Mordre ainsi la main qui l'a nourri ! Quelle misère ! Quelle ingratitude ! Entrer dans la police ! Maspie le Grand en mourra de honte. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, voilà que le gang des Corses lui cherche des noises. Accusé d'être un délateur, un sale indic. Lui, Maspie le Grand ! Vaï avec un fils dans la police, rien d'étonnant.  >>


Exbrayat aime les bandits caricaturaux, les histoires de couples et tant pis si l'intrigue policière passe au second plan voir carrément à la poubelle.
Encore une fois ce livre en est un bon exemple.
Après Les menteuses et ses mémés Corses en guerre contre la mafia Niçoise, La honte de la Famille met en avant une rivalité, entre des pontes du milieu marseillais, englués dans une histoire de meurtre et des dealers de drogues corses. En supplément de l'intrigue mafieuse Charles Ebrayat rajoute une histoire d'amour contrariée entre une voleuse fille de mafieux (Pimprenette) et le fils renégat du Parrain Maspie le grand (Bruno). Une histoire sentimentale d'autant plus compliquée que la police en enquêtant sur la mort louche d'un voleur italien de bijoux  va mettre le feu aux poudres. Il faut dire que pour ne rien arranger, les flics vont mettre en avant une nouvelle recrue tout juste sortie de l'école de Police (grâce à une ellipse de temps de trois années) : Bruno. 

<< _Policier ou pas, dépêche toi de foutre le camp sinon je te colle un pastisson qui te marquera pour le reste de tes jours!
Bruno vint se planter près de son père et, approcha son visage du sien : 
_ Si tu me colles un pastisson, en temps que fils respectueux, je te le rends ; mais en tant que policier, je t'empoigne par la peau du cou et je te traine en prison, à coups de pieds dans le cul! >> 
(page 141)

La honte de la famille cumule le pire et le meilleur du style Ebrayat.
Ses voyous Marseillais se conduisent selon un code moral d'un autre âge et pour cause ils ont celui de la retraite. Ils se révèlent plus bêtes que méchants. Cela amuse d'ailleurs beaucoup la police locale qui les considère plus comme une attraction, un mal nécessaire, que comme des antagonistes.
De l'autre côté de la mer méditerranée, par contre c'est une autre histoire. Les voyous Corses sont de jeunes ambitieux considérés comme imprévisibles et potentiellement dangereux. Ils tentent par tous les moyens à étendre leur influence sur Marseille et rendre donc en concurrence avec le vieux milieu local.
 Le conflit de génération, bien présent dans Les menteuses, revient ici avec une importance moindre. La relation trouble entre le flic et le milieu est aussi encore présent et encore amplifié avec le personnage de Bruno qui choisit un policier (Picherande) comme père spirituel (en remplacement de son géniteur qui l'a renié).

<< _Plus un mot Celestine! Après vingt-sept années de mariage, tu m'as bafoué! Tu as craché sur mon honneur!
_Parce que j'ai embrassé M. Picherande?
_Parce que tu as embrassé cet individu, en effet.
A travers ses larmes, Celestine ébaucha un sourire ressemblant à un rayon de soleil après l'ondée.
_Tu serais pas jaloux, des fois? >>
(page 57)


Autre récurrence, la relation de couple et la place de la femme au sein de celui-ci, ici ce n'est pas le policier et sa femme qui incarne le couple modèle, mais Eloi Maspie et sa femme Célestine.
Célestine est femme au foyer et le ciment de la famille Maspie. Très perturbée par le départ de son fils Bruno et les états d'âmes de son mari. Elle va au fil des pages s'émanciper mentalement de son mari pour se révolté à sa manière. Toujours sur le thème du couple mais à l'inverse des Maspies, il y a les parents de Pimprenette ou monsieur a délégué les affaires et son autorité à sa femme dominatrice. Soumise ou en maitresse femme que voilà deux beaux exemples de femmes mariées.
Troisième couple, celui des jeunes, Pimprenette et Bruno. Comment décrire l'absurdité de ces deux personnages. Pimprenette est irrationnelle, limite idiote et je me suis demandé comment Bruno pouvait aimer une pareille cagole.  Bruno, lui, est l’archétype du gentil garçon insipide (car amoureux) qui déclame son envie de se marier dans presque tous ses dialogues. Ils sont insupportables, rajoutent des pages souvent ennuyeuses à un livre qui aurait été beaucoup plus agréable. Néanmoins, la raison de la révolte de Bruno, envers son père, est formidablement bien trouvé, mais hélas noyé dans une intrigue sentimentale à rallonge. Pour preuve lors de l'adaptation du livre en 1969 au cinéma  (Imdb), le personnage de Pimprenette a disparu et avec lui l'intrigue amoureuse. Comme quoi, il n'y a pas que moi qui trouvait ces passages irritants.

La honte de la famille n'est pas le meilleur Exbrayat que j'ai lu. Il est même symptomatique d'un auteur qui écrivait beaucoup et réutilisait ses recettes à succès. Le sentiment de déjà lu est présent, bien camouflé derrière le folklore marseillais. Malgré tous les défauts sus cités, La honte de la famille est un livre amusant, une variation sur le thème de Roméo et Juliette sur le vieux port minus la fin dramatique.           
à lire comme un exercice parodique bien franchouillard.

La honte de la famille, Charles Exbrayat, Éditions du Masque (1985), Collection du Masque, Première parution (1964), 191 pages.

Les chiots

<< Les chiots, ce sont ces jeunes garçons turbulents de la banlieue de Lima qui tentent de s'affirmer, de devenir adultes. Parmi eux, Cuéllar, cruellement surnommé Petit-Zizi dans un monde où règne le mythe de la virilité. En grandissant, les différences se font plus sensibles, les jeux plus violents et Cuéllar se retrouve en marge. Son innocence est broyée par les rouages implacables de la société péruvienne. >>
Résumé Editeur

L'année dernière Mario Vargas Llosa recevait le prix Nobel de littérature. Cet auteur Bolivien né en 1936 et ayant passé une partie de son enfance en Bolivie. C'est lors de ses études universitaires, ou il collabore avec plusieurs revues littéraires, qu'il se dirige vers le journalisme. Il devient critique de cinéma et obtient une bourse pour continuer ses études à Madrid. En 1959 il écrit son premier recueil de nouvelles : Les caids.  La nouvelle Les chiots provient de ce livre. Il s'installe finalement à Paris ou il commence à écrire plus régulièrement (un livre tous les deux/trois ans) tout en continuant de travailler pour divers journaux (et l'AFP). Parmi ses livres l'un d'entre eux fut plus marquant que les autres. La Tante Julia et le scribouillard (1977) roman en partie autobiographique, qui raconte la relation amoureuse du narrateur avec sa tante de quinze ans son ainée. 
Romancier, essayiste, critique, auteur pour le théâtre et détenteur de notre légion d'honneur française est encore a 75 ans le chef de file de la littérature latino-américaine. 
Vous trouverez en début de ce Folio une biographie plus détaillé de l'auteur.  

<< Il a pris la mouche, disait Marlou, tandis qu'on filait du côté de la Diagonale, tu as dit j'ai levé Chabuca et mon pote a changé de visage et d'humeur, et Fufu c’était de l'envie, c'est pour ça qu'il s'est saoulé et Ouistiti ses vieux allaient le tuer. >>

Page 38


Les folios 2€ sont de petits livres très accessibles pour accéder à l'univers littéraire de nouveaux auteurs. A ce titre, il serait logique de croire que les nouvelles apparaissant dans cette collection soit sélectionnées pour représenter au mieux la production des écrivains présents. Les chiots de Mario Vargas Llosa est une nouvelle ancienne, pire elle est expérimentale et très loin du véritable style de l'auteur (j'ai deux autres livres de lui sur ma pile).   
Les chiots raconte une histoire loin d'être banale. 
Un jeune homme, castré par accident durant son enfance, rate les étapes de l'adolescence qui font de lui un homme. La frustration et son entourage aidant, il s'engage dans une spirale autodestructrice. 
Ce n'est pas tant le sujet qui pose problème que le style utilisé ici par Mario Vargas Lllosa.
Les chiots est une nouvelle difficilement lisible. Les phrases sont longues et entrecoupés de dialogues imbriqués dans le texte principal sans espace. Les pronoms singuliers se mélangent régulièrement à ceux du pluriel dans une même phrase. Difficile, la lecture devient très vite pénible et il n'est pas rare de perdre le fil de la narration. << Qui parle ? >> est la question je me suis le plus posé lors de cette lecture. Ce style brouillon, chaotique est certes une parfaite illustration de la période adolescente dans laquelle sont Cuéllar et ses amis, mais pourtant à lire c'est une épreuve. Le choix de publier cette nouvelle de jeunesse, comme première lecture,  de Mario Vargas Llosa est une erreur donnant une impression fausse sur un auteur pourtant fort talentueux.
Vous voilà prévenu, Les chiots est une nouvelle expérimentale difficile à lire. 


Les chiots, Mario Vargas Llosa, Traduit de l'espagnol par Albert Benssoussan, Editeur Gallimard, Collection Folio 2€ (11/2010), Titre original : Los cachorros, 85 pages

Sherlock Holmes et les Vampires de Londres

<< Mai 1891. Sherlock Holmes a péri dans les chutes de Reichenbach en affrontant son plus grand adversaire, le Professeur Moriarty. C’est du moins ce qu’affirme la presse. Une version hasardeuse, car Holmes est bien vivant et compte tirer profit de sa mort présumée pour parcourir le monde. Mais, s’il est aisé de tromper le commun des mortels, d’autres ne se laissent pas si facilement convaincre. Holmes voit ses projets contrariés quand des vampires londoniens retrouvent sa trace à Paris. Commence alors la plus sombre enquête du détective contraint de pourchasser Owen Chanes, un vampire défiant l’autorité de son maître. Une enquête qu’il devra résoudre au plus vite, sous peine de voir la vie de ses proches menacée... Sans parler de la sienne. >>
 

La collection 1800 chez soleil (alias l'éditeur spécialisé en  bd fantasy avec des nymphettes à gros lolos et en bikini) est une relecture steam punk/fantastique des héros de la littérature du XIX siècle. La collection se présente en plusieurs diptyques chacun consacré à un héros différent. Premier personnage à mettre un pied dans cet univers partagé : Le célèbre détective de Conan Doyle. 
Je ne vais pas vous parler sur mon blog de toute la collection 1800, d'abord parce que certains personnages sont à mes yeux moins intéressants (Mister Hyde contre Frankenstein  bof bof ) et ensuite parce que mon budget bd n'est pas extensible. Je ne vous parlerai ici que des séries terminées. Il est tellement facile après un premier volume prometteur de tout gâcher dans le suivant que je préfère vous donner mon avis que sur l'histoire terminé. Je commence donc avec les deux volumes consacré à Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes et les vampires de Londres prend donc place durant la période ou celui ci se fait passer pour mort. Une zone de la vie de Sherlock laissée vierge par Doyle ou Sylvain Cordurié (Salem la noire, One) peut élaboré son récit et laisser libre court à son imagination. 
L'une des grandes forces de l'histoire de Cordurié est qu'elle respecte l'univers du détective avec soin et y imbrique par dessus son histoire vampirique (à la manière d'une Nancy Springer le côté enfantin en moins). Résultat, la présence de nos amis à longues canines semble totalement naturelle et plausible. 

<< Piégé par Owen Chanes, le vampire qui terrorise Londres et la royauté, Sherlock Holmes a bien failli périr lors de leur premier affrontement. Il ne doit son salut qu’à l’intervention de Joyce Middles. Repartant de zéro, le détective doit rapidement trouver une nouvelle piste s’il veut préserver les Watson. Car la reine Victoria, excédée par les meurtres qui endeuillent son entourage, est passée de la menace aux actes et exerce une terrible pression sur Selymes. Pour assurer sa survie, le Maître des vampires met Holmes au pied du mur… Quel passé Sherlock Holmes partage-t-il avec Chanes ? Et quelle chance lui reste-t-il d’en sortir vivant, quand tout semble le conduire à une mort inexorable ? >>


J'ai apprécié que les vampires se servent d'un sosie d'Irène Adler (sur la couverture du volume 2) pour tenter de manipuler Sherlock Holmes, une excellente idée qui est suivie par d'autres. La présence de Mycroft Holmes dans le premier volume (c'est lui sur la couverture au coté de Sherlock et pas le Dr Watson) pour un premier contact musclé avec les vampires.
La description de la vie vampirique par Sylvain Cordurié est aussi un point fort de ce récit. Pas de romantisme ou de glamour, les vampires de Londres sont des monstres à l'apparence humaine et considèrent les vivants comme de la nourriture. Ils sont aussi plus proche du mythe vampirique classique, un simple pieu en bois plongé dans le coeur ou de l'eau bénite sont ici des armes efficaces. L'utilisation que fait Sherlock Holmes de l'eau bénite est d'ailleurs très astucieuse. 
La présence de la reine Victoria est aussi un ajout agréable à l'histoire, elle donne une plus grande ampleur aux exactions de Chanes et Selymes. 

Juste un petit mot sur les dessins et la colorisation de ces deux premiers volumes qui vont de bon (les personnages) à magnifique (les décors). Un petit "bon" principalement pour les personnages et leurs visages parfois trop semblables. Selymes le grand méchant de l'histoire à plusieurs fois un visage à la Sherlock Holmes ou le visage de "Irène Adler" qui change d'une case à l'autre. Je pinaille un peu car les dessins sont de qualité... pour une Bd européenne.  La colorisation est aussi de qualité malgré présence importante de scènes de nuit et donc de noir (présence des vampires oblige).

Pour finir avec ce premier dyptique, je dirais que cette première incursion dans l'univers de 1800 est une franche réussite et un achat indispensable pour les Holmesien en quête de matériel original. 

Sherlock Holmes & Les Vampires de Londres, Tome 1 : L'Appel du sang (01/2010) et Sherlock Holmes & Les Vampires de Londres, Tome 2 : Morts et vifs (04/2010), Sylvain Cordurié (Scénario), Vladimir Ksrtic-Laci- (Dessin), Axel Gonzalbo (Coloration), Editeur Soleil, Collection 1800, 46 pages (chacun)