Le dégoût

<< San Salvador est horrible, et les gens qui y habitent sont pires encore, c'est une race pourrie. >>
L'ombre du patio cache mal le visage de Moya étourdi par la hargne de son ami, Vega. Exilé au Canada sous le nom de Thomas Bernhard, Vega est de retour au Salvador pour enterrer sa mère.
le Dégoût est son cri. Un monologue à la violence lénifiante où l'hommage à l'écrivain autrichien, père spirituel de Vega et misanthrope affirmé, est le prétexte d'un virulent pamphlet contre un pays ravagé par la gangrène de la cupidité et de la corruption.
(Quatrième de couverture)

Oui, Le dégoût est un cri, un monologue déprimant exprimant un rejet  épidermique et absolu, celui d'un homme pour son pays natal. Le narrateur Edgardo Vega, naturalisé Canadien depuis dix-huit ans sous le nom de Thomas Bernhard (un nom emprunté à l'écrivain autrichien du même nom, connu pour sa haine de son pays). Comme Déraison, l'autre livre d'Horacio Castellanos Moya sur ce blog (voir ici), on retrouve dans Le dégoût, toutes les thématiques de l'auteur : la paranoïa du personnage principal, la corruption des autorités et le sexe.
Toujours comme Déraison, Castellanos Moya utilise pour Le dégoût la même structure de récit. Le monologue commence comme une plaisanterie macabre. Le narrateur, Vega, enterre sa mère et parle de dispute dans le partage de l'héritage avec son frère. Puis sans que le lecteur ne se rende compte, c'est l'escalade. Le barrage du politiquement correct cède devant les eaux haineuses.  Le discours change de ton et la critique familiale devient celle de toute la société Salvadorienne. Un portrait fort peu flatteur, ou les hommes d'états populaires sont d'anciens assassins mis au pouvoir par un peuple d'arriérés intoxiqués par la télévision et la société de consommation. Ce discours pessimiste se terminera, fort logiquement, dans la fange des bas fonds de San Salvador, entre les murs d'un lupanar sordide jonché de sécrétions et d'excréments humains. L'hystérie non dénué d'humour noir de ce final se révélera libérateur pour le narrateur comme pour son lecteur.  

<< Et le monument suivant est encore pire, Moya, la chose la plus épouvantable que j'ai jamais vue, cette chose appelée "Monument au frère lointain" ressemble en fait à une gigantesque pissotière, ce monument avec son énorme mur couvert d'azujelos ne suggère rien d'autre qu'une pissotière, je te jure, Moya, que lorsque j'ai vu pour la première fois je n'ai rien ressenti d'autre qu'une envie de pisser et chaque fois que je suis passé devant ce lieu cette chose appelée "Monument au frère lointain" n'a rien fait d'autre que qu'exciter ma vessie >> (page 84)


Horacio Castellanos Moya, premier auditeur de ce monologue se garde bien de juger son interlocuteur en le retranscrivant dans ce livre. En restant muet tout au long, y compris quand son interlocuteur s'attaque à ses livres (des petites histoires souffreteuses d'après celui ci), il laisse le soin à son lecteur de se faire son propre avis.  Edgardo Vega est-il un fou furieux paranoïaque ou bien un homme sain d'esprit qui est révolté parce que son  pays  natal est devenu ? 
En préambule, de ce livre,  Castellanos Moya prévient néanmoins son lecteur qu'il a dû édulcorer le discours de son ami Vega. Si l'auteur n'indique pas clairement ce qu'il a modifié, il est peu probable qu'il s'agisse du discours politique de son ami, mais plutôt de ses descriptions quasi racistes des mœurs Salvadoriennes
Le dégoût est une lecture fascinante qui ne laissera personne de marbre.  Horacio Castellanos Moya est en train de devenir, sans grande peine, un de mes auteurs fétiches. J'ai apparemment un faible pour les histoires souffreteuses. 

Le dégout, Horacio Castellanos Moya, titre original : El Asco, Thomas Bernhardt en Sen Salvador [1997] traduit de l'espagnol par Robert Amutio, Collection : Domaine étranger, Editeur : 10/18, [2005], 104 pages. 

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