Mémoire de mes putains tristes

« L’année de mes quatre-vingt-dix ans, j’ai voulu m’offrir une folle nuit d’amour avec une adolescente vierge. Je me suis souvenu de Rosa Cabarcas, la patronne d’une maison close qui avait l’habitude de prévenir ses bons clients lorsqu’elle avait une nouveauté disponible.
Je n’avais jamais succombé à une telle invitation ni à aucune de ses nombreuses tentations obscènes, mais elle ne croyait pas à la pureté de mes principes. La morale aussi est une affaire de temps, disait-elle avec un sourire malicieux, tu verras. »
Quatrième de couverture


Gabriel Garcia Marquez est un écrivain Colombien. Détenteur du Prix Nobel de littérature 82 pour son livre Cent ans de solitude (écrit pourtant en 1962). Curieusement, il est surtout connu pour avoir produit un polar satyrique : Chronique d'un mort annoncée (1981). il vit actuellement à Mexico ou il a aussi lancé, il y a quelques années déjà, son propre journal. Il y renoue avec son passé de journaliste politique et son combat contre l'impérialisme américain. Sa virulence passée et son amitié pour Fidel Castro lui ayant d'ailleurs interdit de poser le pied sur le sol de l'oncle Sam pendant des années (une interdiction levée par Bill "cigare" Clinton).C'est d'ailleurs à Cuba ou il co-fondra une école de cinéma.
Il a publié en 2002 sa biographie : Vivre pour la raconter et son Mémoire de mes putains tristes (2004) est son dernier livre paru en français. Un détail en passant, il est le père de Rodrigo Garcia, le réalisateur de Nine Lives (Imdb) et Les Passagers (Imdb)

<< Je n'ai jamais couché avec une femme sans la payer, et les quelques-unes qui n'étaient pas du métier, je les ai convaincues de prendre l'argent de gré ou de force, même si c'était pour le jeter à la poubelle. >> 
(page 20)

Un vieux monsieur qui paye pour dormir avec une très jeune fille, ça ne vous rappelle rien ? A moi si et c'est en partie pour cela que j'ai acheté ce livre. Cliquez sur ce lien pour vous rafraichir la mémoire. Comparer le livre de Kawabata (récipiendaire d'un Nobel de littérature) ne rend pas justice au livre de Marquez, et pour cause, c'est en sa défaveur. Pourtant Marquez est le premier à citer Kawabata pour preuve le passage des Belles Endormies en guise d'avant propos au début du livre. 
Mémoire de mes putains tristes tente de prendre le contre pied du récit de Kawabata sur le même sujet en lui ôtant lyrisme et poésie pour le remplacer par des envies charnels plus concrètes et un humour coquin des plus cocasse.
Il y a pourtant de la tendresse et de la tristesse dans le récit de cet homme qui découvre à quatre vingt dix ans passés pour le première fois l'amour et ses tourments dans le partage d'un lit (j'ai bien dit partage, hein) avec une vierge de quatorze ans. 
Ces moments tendres et tristes sont rares et humanise, un peu, un narrateur  franchement antipathique. Comme une des héroïne de Pieds nus sur les limaces, le héros, au début du livre,  dort dans le lit parentale entouré par les vestiges de la grandeur familiale. Un situation malsaine dans laquelle, Marquez complait son personnage, pendant la première partie de son  histoire, et qui alourdit une ambiance qui se voudrait plus légère. Dans la seconde partie, les choses changent, pour le narrateur, mais au fond restent les mêmes pour le lecteur. le narrateur lui infligeant un inventaire (à la pervers) de ses dysfonctionnements sentimentaux auprès du beau sexe. Cela se voudrait amusant. C'est juste horripilant (ou alors je suis trop prude) 
Malgré cela, le récit flirte péniblement entre un humour grivois parfois amusant et un récit amoral provocateur (sans jamais y tomber réellement, heureusement).  
Mémoire de mes putains tristes n'est au final qu'un remake moyen d'un grand livre japonais.


Mémoire de mes putains tristes, Gabriel García Marquez [2004], Traductrice : Annie Morvan, Collection : Littérature & Documents, Edition Le livre de Poche [2007], Titre original : Memoria de mis putas tristes. 158 pages

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