Sniper

L’histoire d’un groupe de fuyards après l’attaque de leur village. Les interrogatoires de plusieurs femmes par des militaires, puis le récit de leur évasion. La quête d’un homme qui retourne dans son village pour y déterrer les morts de sa famille pris dans la terre gelée. En surplomb de ces différentes actions : le monologue mi-prophétique mi-halluciné d’un tireur embusqué.
Sniper est un livre de guerre. Une guerre qui n’est pas située, mais que l’on sent proche de nous. Le texte va à l’essentiel : les horreurs, les visions que ces horreurs suscitent, ce que l’humain immergé dans ces horreurs et ces visions devient. En poussant la représentation de la guerre aussi loin, Pavel Hak permet une réflexion sur la guerre dont on connaît peu d’équivalents. 
(quatrième de couverture)

Pavel Hak est un écrivain et dramaturge d'origine Tchèque qui après un bref passage en Italie est installé en France depuis une quinzaine d'année. Diplômé de philosophie à la Sorbonne, il publie son premier livre, Safari, en 2001. Sniper est publié l'année suivante. C'est ce livre qui le fera remarquer par les médias et le grand public. Après l'écriture d'une pièce de théâtre, Lutte à mort, en 2004, il publie de nouveau un roman en 2006, Trans. La même année Sniper devient une pièce de théâtre et est jouée dans quelques villes de province.


Étant la violence à l'état pur, je suis l'époque. Alors taisez vous! Gardez vos gueules suintantes d'impératifs moraux fermés jusqu'à ce qu'une de mes balles vous fasse éclater la boite crânienne !
(page 31)

Sniper est un livre intense, violent et dérangeant. Le récit de Pavel Hak mêle le destin de plusieurs personnages pris dans les méandres mortels d'une guerre. Une guerre que Hak se garde bien détaillé. Une guerre fictive ressemblant pourtant à d'autres bien réelles ayant pour protagonistes les pays de l'ancien bloc de l'est.
Quatre histoires, à la fois séparés dans la forme,  par des chapitres, mais unis par le récit d'une même guerre ou se joue le destin de personnages victimes. 
Les personnages sont anonymes, Pavel Hak ne les nommant que par leurs particularités (métiers, handicape, grade ou parfois juste leur genre sexuel), l'homme, la femme blonde, le commandant, la muette etc...

Parmi ces histoires, il y a celle du Sniper, elle dénote avec les autres. Lui, il est du côté des oppresseurs, des bourreaux et des violeurs. Sorte de figure divine dans le récit. Il philosophe sur son rôle de briseur d'espoir et se moque ouvertement de ses cibles. Il se vante de tuer les porteurs d'histoire (les témoins) de cette guerre.  Ce que sont les autres protagonistes de Pavel Hak. Son histoire s'apparente plus à un monologue (voir à un dialogue avec le lecteur) ou en figure omnipotente, il est le seul personnage qui compte. Malgré l'horreur de ses discours, c'est pourtant lui qui fascine, lui qui donne envie de tourner les pages de ce livre. 

<< Deux soldats apparaissent en bas de l'escalier menant au sous-sol. L'uniforme débraillé, la mitraillette sur l'épaule, ils montent les marches en bavardant.
Putain, je n'ai jamais autant baisé ! Ça valait la peine de s'engager ! - Une dizaine de gonzesses par jour... Jamais je n'aurais imaginé ça ! -
T'as raison, en voilà trois autres ! - Nous ne sommes que deux... - Tant pis on en bute une d'entrée ! >>

(page 74)
Les autres protagonistes ne sont pas mis autant en valeur. 
L'autre récit de Pavel Hak qui m'a touché est celui de cet homme cherchant les corps de sa famille. Il parvient au travers de son histoire à faire passer un message sur la vengeance et le sentiment de culpabilité du survivant.
Agréable mais en deçà des deux premiers, le récit des fuyards flirte élégamment avec une certaine théâtralité. La muette, survivante traumatisée, qui malgré son nouveau handicap, guide un petit groupe de villageois vers la frontière est le personnage surréaliste de ce livre. Devenue muette et quasi bestial, elle se dévoue à sa survie à tout prix (et très accessoirement à celle de ses compagnons de voyage). 
Le dernier récit, celui du groupe de femmes est celui qui fera souffrir le lecteur. Pavel Hak se sert de ce récit pour évoquer la déshumanisation et le torture. Sans rentrer dans les détails. Chaque chapitre de ce récit contient en son sein, Viols (de femmes) et tortures (d'hommes et femmes) que Hak décrit avec beaucoup de minutie et de dialogues orduriers (voir l'extrait très classe juste au dessus). Je ne rentrerai pas dans les détails mais certains passages crus risquent de choquer les plus sensibles. Vous voilà prévenu.  
Malgré ce dernier point, j'ai aimé ce livre et l'écriture de son auteur.

Sniper, Pavel Hak, Edition Tristam (2002), 92 pages

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