Indignez vous !

Pour Stéphane Hessel, le «motif de base de la Résistance, c’était l’indignation». Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais «cherchez et vous trouverez» : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au “toujours plus”, à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu’aux acquis bradés de la Résistance – retraites, Sécurité sociale…
Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une «insurrection pacifique».
(quatrième de couverture)


Allemand naturalisé français et juif par son père. Ancien résistant, membres des forces libres du général de Gaule et survivant de l'holocauste. A la sortie de la guerre, il entame une carrière dans la diplomatie française, qu'il ne quittera qu'en 1985 traversant en quarante ans, les gouvernements successifs de droite comme de gauche.  Stéphane Hessel est donc un témoin essentiel de l'histoire politique de notre beau pays. Il a côtoyé en quarante ans plus d'illustres écrivains, philosophes et bien sur d'hommes politiques de premier plan, durant sa carrière, que n'oserait en rêver les membres actuels de notre gouvernement. Aujourd'hui à 90 ans passés et bien que retraité, il continue son activisme politique en prenant fait et cause pour la Palestine (durant un voyage dans les territoires occupés en 2009). Il s'est aussi opposé aux coupes budgétaire dans l'éducation nationale (En 2008 ou il a soutenu le corps professoral en grève) et bien d'autres choses encore qu'il serait trop long à raconter ici. Tout cela pour vous dire que Monsieur Hessel est un homme estimable en tout points. En 1997, il publie une autobiographie : Danse avec le siècle, Un recueil de poèmes commentés en 2006 : Ô ma memoire : ma poésie, ma nécessité et un livre de conversation avec Jean-Michel Helvig : Citoyen sans frontières (2008). Son dernier livre, au moment au j'écris ses lignes, c'est déjà vendu à plus de 950 000 mille exemplaires en moins de trois mois. Indignez vous ! est sortit en octobre 2010 et en est déjà à sa douzième réimpression. 


Indignez vous ! est le livre donc tous le monde parle dans les dîners et le livre qu'il fallait offrir (et accessoirement lire) pour les fêtes. Même notre premier ministre en a parlé, en aparté de l'une de ses allocutions. Enfin en parlé est un terme trop gentil, notre Fillon national l'a critiqué, le traitant de livre constat et déplorant son absence de propositions pour l'avenir. Loin de moi, l'idée de critiquer notre classe dirigeante, visiblement en manque d'inspiration, qui à besoin qu'un vieil homme en retraite et qui par le biais d'un livre, doit lui apporte des solutions sur un plateau d'argent. Non vraiment ce n'est pas mon genre de critiquer.
Force est de constater que notre très estimé premier ministre n'a pas totalement tort. Indignez vous ! est bien un livre constat.
Un livre qui évoque les problèmes actuels (La Palestine, l'éducation nationale, la mondialisation, etc) en baignant le tout d'une nostalgie romantique pour l'après-guerre. Car oui, Monsieur Hessel est un nostalgique de l'après-guerre, des Trente Glorieuses, de nos grandes entreprises nationales (aujourd'hui privatisées ou en voie de l'être). Une époque plus simple qui ne parlera pas au moins de quarante ans, qui eux ont connu toute leurs vies, chômage et déficit national.
Globalement, Indignez vous ! donne l'impression d'assister au radotage d'un vieux monsieur que l'on aime beaucoup et que l'on écoute avec politesse raconter ses histoires de vieux combattant. Le message  du livre néanmoins reste un bel appel à une révolte pacifiste contre ce qui ne fonctionne pas dans notre société . Je doute simplement que la jeune génération d'actifs, celle à qui s'adresse en réalité ce livre (la mienne donc), le lise ou l'achète. Je finis donc cet article sur une triste prophétie (en espérant avoir tort).

Indignez Vous !, Stéphane Hessel, Collection : Ceux qui marchent contre le vent, Éditions Indigènes [2010], 30 pages, 3€

5 commentaires:

OLë a dit…

Pas d'accord !
Indignez-vous ! délivre un unique et essentiel message contenu dans son titre. Certes, Hessel radote, des souvenirs d'ancien combattant et tout ce truc qui fait qu'à un repas, on regarde pépère d'un oeil condescendant, le début d'un sourire narquois au coin de la lippe.
Mais ce ne sont là que le cheminement qui fait dire à pépère que les jeunes d'aujourd'hui sont prêts à tout gober et qu'ils en pâtiront plus vite qu'ils ne le pensent.
Moi qui en ai marre du panurgisme, qui ai tendance à faire d'une phrase de Gaulle (les Français, des veaux, blabla) mon étendard, qui ai vécu mes dix dernières années de labeur avec des (jeunes) collègues élevés à l'individualisme et disposés à tout encaisser tant que ça ne les touche pas trop ou parce qu'ils ont une méconnaissance de la loi, de la justice sociale et qu'ils ont peur de l'épée de Damoclès que constitue l'avanie d'une perte d'emploi... (bon, je coupe ma phrase parce que trop long, pas lu). Eh bien, s'ils s'étaient un peu insurgés, leur boulot, ils ne le perdraient pas dans les mois à venir - car c'est ce qui leur pend au nez.
Mais pour s'insurger, il faut encore avoir la capacité de s'indigner. Oh, de pas grand chose. Du prix de la baguette de pain, de l'inutile qui conserve son statut social parce qu'il est l'oreille du patron, de ces centimes que nous pique la pompe à essence quand tu raccroches le pistolet.
D'abord, tu t'indignes de peu, ensuite, tu t'édifies et après... tu gardes patience parce que ça ne va pas venir de suite, tout cuit dans ton bec.
Toute une éducation à refaire. Merci pépère d'en avoir réveillé quelques uns !

Cultiste a dit…

Je n'ai pas l'impression que l'on soit totalement en désaccord, je suis juste plus pessimiste. Oui, il a bien raison de demander à ses lecteurs de s'indigner mais sa nostalgie atténue son message. Ses souvenirs d'après guerre sont, certes intéressant et auraient probablement plus la place dans une biographie (c'est peut être déjà le cas, je n'ai pas lu son Danse avec le siècle)
L'individualisme est devenu une norme et ce n'est pas le livre d'Hessel qui y changera quelque chose malheureusement. Quand à l'éducation à refaire, j'ignore qui blamer (l'éducation nationale qui n'aurait pas fait son boulot ou la génération précédente). Il ne faut pas vraiment s'étonner qu'un jeune ferme sa gueule pour conserver un travail quand l'on sait que quitter volontairement un emploi sur un CV fait tache pour une grande majorité des employeurs (c'est mon cas). Le fait d'être aussi devenu facilement remplaçable, par de la main d'œuvre moins cher (merci la mondialisation et le chômage élevé) y est aussi pour quelque chose. Indignez vous ! a au moins la vertu de lancer un débat mais comme tous les débats dans notre pays, je doute qu'il aboutisse sur un résultat concret (n'étant pas devin, je peux évidemment me tromper).
Pour revenir sur ses lecteurs, n'en déplaise à Stéphane Hessel, ceux qui ont acheté en masse son livre, ce ne sont pas ceux de ma génération mais celle de mes parents. Le message tombe donc sur un public qui n'est quasiment plus concernés par son appel à l'indignation.

OLë a dit…

J'ai peut-être l'âge de tes parents, alors... ;)

Cultiste a dit…

Peut être ^^

Phil Siné a dit…

tu es bien sévère... bon, en même temps je n'ai pas lu le bouquin, mais en effet tout le monde m'en parle, d'ailleurs avec enthousiasme... à vrai dire, je ne savais pas qu'il était si court, du coup je vais peut-etre tenter le coup, si par le plus grand hasard le destin me guidait dans une librairie dans les prochains temps...