Essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans

Un bon courtisan ne doit jamais avoir d'avis.
(quatrième de couverture)

A l’époque du baron d'Holback, Paul-Henri Thiry d'Holbach de son nom entier, dans ce XVIII siècle des lumières ou l'on pouvait tenir salon et ainsi discourir de philosophie et de science devant une audience érudite, l'ombre du siècle passé transparaissait encore dans les comportements. Essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans est une critique acide autant qu'humoristique sur les flatteurs autant que sur ceux qui les écoutent. Le baron d'Holbach décrit une frange bien particulière de ses concitoyens, les courtisans, les parant de mille et unes vertus pour mieux s'en moquer.

Ne nous parlez plus de l’abnégation des dévots pour la Divinité, l’abnégation véritable est celle d’un courtisan pour son maître ; voyez comme il s’anéantit en sa présence ! il devient une pure machine, ou plutôt il n’est plus rien ; il attend de lui son être, il cherche à démêler dans ses traits ceux qu’il doit avoir lui-même ; il est comme une cire molle prête à recevoir toutes les impressions qu’on voudra lui donner.

D'origine allemande et de "confession" athée (il est des premiers auteurs à afficher son anti-cléricalisme), le baron Paul Heinrich Dietrich Von d'Holbach (de son nom allemand) publie avec l'aide de rédacteurs de ses amis (donc Diderot et Buffon) différents ouvrages abordant une large variété de thématiques (philosophie, médecine, science, etc). Des sujets sérieux que je m'abstiendrai d'aborder sur ce blog.
Bien que datant de plus de deux siècles, ce court texte, reste malgré tout d'une grande modernité et comble de bonheur il est disponible gratuitement sur internet. Contrairement à moi qui me suis offert la jolie édition d'Allia pour une somme modique, ce texte est libre de droit et est disponible sur différent sites d'Ebook (faites une recherche Google et vous trouverez) voir sur Wikisource la bibliothèque libre.

L’édition en ma possession contient en sus du texte original imprimée sur un beau papier, une biographie de l'auteur et une bibliographie complète incluant les travaux de traduction du baron.


Essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans, Baron d'Holback, Edition  Allia [2010], 45 pages, 3€

L'ami du défunt

Un jeune traducteur au chômage, que sa femme vient de quitter, noie son chagrin dans des litres de thé, de café et de vodka.
Le désespoir et l'alcool aidant, il décide de programmer sa propre mort et engage un tueur professionnel. Lorsqu'il reprend goût à la vie, il est trop tard : le tueur à gages est déjà à ses trousses... Mais, à Kiev, les solutions extrêmes peuvent prendre des détours inattendus !

(quatrième de couverture)


Né à Kiev en 1961, Andreï Kourkov, écrivain de langue russe vivant entre Londres et la capitale Ukrainienne. Diplômé en langues étrangères (Il en parle entre huit et onze selon les sources). Kourkov est aujourd'hui scénariste pour le cinéma et le théâtre. Il a publié, à ce jour six romans et un recueil de nouvelles. Son premier succès est aussi son premier livre : Le pingouin [1996] qui raconte la vie commune d'un journaliste et d'un pingouin.
En 2002. Il reprend le personnage (humain) principal du Pingouin dans une suite : Les pingouins n'ont jamais froid. Son dernier roman sortit en France est Le laitier de nuit. Un roman que je possède (et qui devrait donc apparaître incessamment, sous peu, sur ce blog) et qui se déroule juste après la révolution orange ukrainienne et raconte du point de vie de différents personnages, la vie d'après ce fameux mouvement populaire. Le style d'Andreï Kourkov est facilement reconnaissable à ses descriptifs d'un quotidien très ordinaire et de situations cocasses. Dans Le laitier de nuit par exemple, le chat du narrateur, après avoir bu un lait "enrichi" saute par la fenêtre se prenant pour Superman.

Le résumé de l'éditeur pourrait porter à confusion. Il donne à celui qui acheté L'ami du défunt l'illusion qu'il s'agit d'un roman noir. La vodka, le héros loser et dépressif, le tueur à gages autant de clichés du genre, qu'appuient une couverture arborant argent et vodka. En bref, je me suis fait avoir. Il s'agit en réalité d'un roman du quotidien avec des éléments de roman noir. Andreï Kourkov décrit un homme qui aimerait être reconnu dans sa mort de son ex-femme et de ses rares proches. Pourquoi ? Simplement parce qu'il n'a pas l'impression de vraiment exister et qu'il s'imagine qu'une mort violente obligera ses connaissances à se poser des questions sur cet homme moins ordinaire qu'ils n'auraient cru. Enfin c’était l'idée, jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune prostituée qui va lui donner de quoi s'accrocher à la vie. Un sentiment que les optimistes appellent l'espoir.
Il va donc passer une partie du livre à tenter d'échapper à "son tueur" et finir par trouver une solution logique, mais hilarante, à son problème. 
J'ai beaucoup aimé le héros se mettant bien malgré lui dans une succession de situations délicates mais beaucoup moins apprécié qu'Andreï Kourkov lui donne les solutions deux pages plus loin. Malheureusement le problème est là, tout est beaucoup trop simple pour le narrateur, l'intrigue du tueur se termine en milieu de volume et puis plus rien. Enfin si, le narrateur se cherche mollement une autre femme, mais comme il est un rien paresseux, il choisit la facilité.
Il y a les ingrédients dans ce récit pour un très bon roman mais rien ne fonctionne. La première partie de L'ami du défunt, avec le tueur, est inquiétante, mais tourne vite court, pour laisser sa place a du remplissage relativement désintéressant.
L'ami du défunt n'est probablement qu'une nouvelle rallongée pour lui donner la taille de roman. L'écriture de Kourkov est agréable et son humour depressif est amusant. Aaaaaah le régime alimentaire de son sans le sou de héros à base de pommes de terre et de fromage. Probablement donc pas le livre de l'année, mais une bonne entrée en matière au style de l'auteur.

L'ami du defunt, Andreï Kourkov, Traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Éditeur Points [04/2003], Édition et titre original : Milyï drug, tovarichtch pokoïnika [1999], 130 pages.

Enfilez-vous !

Il n’y a que de bonnes raisons de s’enfiler : c’est une forme d’expression qui procure des endorphines bénéfiques pour la santé, ce qui est mieux que d’attraper un cancer ou des brûlures d’estomac en s’indignant des injustices du monde, c’est moins dangereux que de se révolter, souvent plus efficace et moins salissant que la kalachnikov ou la ceinture d’explosifs, et, avec les moyens à notre disposition, on ne risque ni maladies, ni enfants.
Cerise sur le gâteau, grâce à la médecine moderne, cette activité peut maintenant se prolonger jusqu’à 93 ans. Même si aujourd’hui les raisons de s’enfiler sont moins nettes qu’hier, la pire des attitudes, ne l’oubliez jamais, c’est l’abstinence. La plus honorable, c’est la fornication. Alors, n’hésitez pas ! Enfilez-vous !
(Quatrième de couverture)


Il y a de cela quelques mois, Stephane Hessel sortait son pamphlet sur l'indignation en toute discrétion. 
Repéré par la critique toujours prête à encenser ce qui tape sur le pouvoir en place et fort d'un bouche à oreilles positif, les ventes se sont envolées. Certains aigris diront alors que pour un prix de vente de 3€ et en périodes de fêtes, les radins ont trouves leurs cadeaux de Noël. Quoi qu'il en soit le livrede monsieur Hessel est devenu en à peine trois mois, l'une des meilleures ventes de l'année 2010. Le pamphlet apparaissant toujours dans les meilleures ventes actuellement, il a même des chances d'être parmi les meilleures ventes de l'année en cours. C'est dire si c'est un succès.
Le succès fait des envieux et attire les profiteurs. C'est probablement pour profiter des ventes d'Indignez vous que L'éditeur 12 bis propose aujourd'hui un livre satirique. Un livre de commande écrit par un auteur sous pseudonyme et illustré par un dessinateur caricaturiste de Charlie Hebdo et Fluide Glacial.

"IN SEXUM VERITAS"
page 19

Ce que je vais vous dire ici n'est que mon avis, celui d'un type qui paye ses bouquins. Je ne suis pas un des ces critiques littéraires qui reçoivent gratuitement les livres et en font une bonne critique critique pour remercier la maison d'édition. Cette phrase s'appliquant à ce livre et à tous ceux que je vous présente.
Rafaël Borgia a eu une idée, une blague potache à peine digne d'un ado boutonneux attardé. Changer le titre d'Indignez-vous par Enfilez-vous. Enfilez étant à voir comme un synonyme d'un verbe moins correct : Enculer.
Enfilez-vous à donc pour unique but de reprendre chaque sujet aborder par Stéphane Hessel (voir mon article ici) et de leur donner une réponse différente et pourtant toujours la même : l'enfilage. D'ailleurs le sujet est une telle source d'inspiration pour Rafaël Borgia qu'il a fallu lui adjoindre le talent d'un caricaturiste pour que ce pamphlet satirique atteigne le même nombre de pages que l'original. Et encore il reste beaucoup de pages blanches un peu comme dans un moleskine de bobo rêvant de devenir écrivain sans en posséder une once de talent. Je sais j'en connais. Il y en a même qui font des blogs.


"S'enfiler pour réduire les inégalités"
page 12


Faites l'amour pas la guerre, c'est un peu cette maxime hippie que tente de nous faire avaler Monsieur Borgia avec la lourdeur d'un Bigard sous amphétamines durant une soirée lecture du dernier Guillaume Musso. La blague "de l'enfilage" ne fonctionnant que sur la première page et le quatrième de couverture, on passe le reste du livre à le suivre d'un sujet à un autre et toujours nous vanter les bénéfices de ce soit disant enfilage. Le sentier tracé par Stéphane Hessel est simple, il aborde tous les sujets d'importance, de notre politique nationale en passant par la politique internationale (le conflit Israélo/palestinien notamment). C'est donc sur ses même sujets que Rafaël Borgia suit le vieil ambassadeur et imagine les figures politiques (pour une grande majorité étrangers il n'est pas fou) faisant le petit train. La bête à deux dos c'est aussi la solution à nos problèmes de retraites, de chômage et au conflit Israélo/palestinien.
Du côté des dessins, c'est surtout une affaire de goût (ou de dégoût). Si vous aimez les caricatures osées en noir et blanc, les dessins de presse très cul et les bds très classe, de Fluide Glacial, il y a des chances pour que vous trouviez cela amusant. Moi, les orgies d'hommes (beaucoup) et de femmes (très peu) politiques m'a laissé de marbre, presque autant que les anciens combattants forniquant avec des drag queen ou le couple de petits vieux (double caricature d'Hessel) attendant l'heure heureuse de s'enfiler.
Les blagues les meilleures étant les plus courtes, quelqu'un aurait dû le dire au sieur Borgia car le texte n'est ni amusant ni même intéressant tellement son humour tourne en rond (et rond petit pas Papon). Les dessins m'ont rappelés pourquoi je ne lisais plus Fluide Glacial, les dessins sont moches et de mauvais goût. Tout le livre d'ailleurs m'a rappelé pourquoi je ne lisais plus ni Charlie Hebdo, ni Fluide Glacial. Oui je suis une pourriture de snob et je méprise ce genre de presse. Oui madame le juge.
Pourquoi j'ai lu ça moi ? Vite plongeons nous dans du Star Trek pour oublier l'immondice de l'humour français.

Enfilez-vous, Rafaël Borgia (textes), Luz (dessins), Editeur 12 Bis [04/2011], 32 pages.

Life from Mars

Voici un nouveau type article ou je parlerai des films que j'ai vu ce mois. Tous les films visionnés ici l'ont été en version originale sous titrée.
En fin de cet article vous trouverez les dix meilleurs films  du palmarès interblogs de cinéma pour le mois de mars.


Mon avis :
Vendu auprès du public français comme un full monthy social (au secours !), We want sex equality (le responsable de ce titre français mérite une bonne paire de claques) est pourtant tout autre chose. Point de femmes qui se dénudent dans ce film mais plutôt un docu-fiction sur une véritable grève menée par des couturières des usines Ford à la fin des années 60.
Made in Dagenham, de son titre originale, est une petite comédie mélangeant extraits de journaux télévisés d'époque et scénettes humoristiques. Le final, avec ses interviews des vraies grévistes de l'époque m'a surtout fait regretter que ce film ne soit pas un véritable documentaire. Mal rythmé et ayant le fessier entre les deux chaises du documentaire et de la comédie, le film ennuie plus qu'il n'intéresse. Dommage pour Bob Hoskins et Miranda Richardson qui volent une majorité de scènes a l'actrice fadasse censée incarner celle qui  dirige les grévistes.
Ma note : 2/5
Pour aller plus loin sur ce film je vous recommande : L'article de Dasola


Mon avis :
Après True Grit le mois dernier, c'est de nouveau le retour du western dans les salles de cinéma avec Rango. Un film d'animation qui pour une fois risque de laisser les enfants sur le carreau mais d'enchanter leurs parents. Le film et ses dialogues sont de constantes références cinématographiques aux westerns de la grande époque ou l'humour, pourtant présent, reste toujours en retrait devant l'hommage au grand ouest. 
Avec son personnage de lézard mythomane (un rôle en or pour Depp) et le reste d'un casting vocal  toujours juste, Rango est le film d'animation que personne n'attendait et qui nous surprend au tournant en s'adressant aux adultes nostalgiques plutôt qu'aux chiards acnéiques. J'adore.
Ma note : 4/5
Pour aller plus loin sur ce film je vous recommande : L'article d'Alexandre Mathis
 

Mon avis :
Adapté d'une nouvelle de Philipp K Dick (The adjustement team en vo et Rajustement en vf), l'agence fait partie des jolies adaptations ratées de cet auteur. Un jeune politicien (Matt Damon) découvre, après avoir embrassé une mystérieuse jeune fille (Emily Blunt) dans les toilettes des hommes (non il ne s'agit pas d'Ally McBeal !), que le destin des êtres humains est dirigé par une mystérieuse agence. D'abord convaincant dans sa première partie, le film se plante complètement quand il se voit obliger de donner des explications et de résoudre son intrigue. 
Entre le (très léger) récit d'anticipation et la grande et difficile histoire d'amour romantique, le film ne se décide jamais vraiment, préférant prédigéré son scénario et faire des raccourcis faciles pour spectateurs peu exigeants. Dommage pour Matt Damon qui est formidable (comme à son d'habitude) et Emily Blunt qui réussie à rendre convaincant son rôle de danseuse comtemporaine là ou une Portman, visant éhontément l'oscar, avait échouée. La note un peu élévée est là pour soutenir des acteurs venus  se perdre dans un naufrage Dickien (le film mérite 1 point de moins)
Ma note : 3/5 
Pour aller plus loin sur ce film je vous recommande : L'article de Nicolas Gilli



Mon avis :
On peut faire un film de guerre avec des aliens et des marines sans que cela soit une insupportable campagne de promotion pour l'armée américaine ou les divagations d'un scénariste débutant qui tente de faire de la Sf comme Ridley Scott tente de faire des films de gladiateurs (C'est à dire avec des moufles).
Des explosions, des sacrifices héroïques et tous les cliches du genre sont présents dans ce film au scénario simple mais efficace.  Après un Skyline totalement débile, WI : Battle Los Angeles remonte le niveau du film d'invasion avec un classicisme qui fait plaisir à voir. Tous les clichés vu et revu du genre sont présents (le chien et les gamins immortels...), pourtant, grâce à un second degré assumé et maîtrisé qui n'en fait jamais trop, on ne s'ennuie pas. 
La réalisation documentaire à la Cloverfied et le traitement réaliste des personnages et de l'action (pas de munitions illimités, ni de président venant à la rescousse) donne un cachet certain à l'ensemble du film, le rapprochant de La chute du faucon noir (le dernier R.Scott regardable sans drogues).  On le tient notre film du samedi soir qui se regarde avec des amis en dévorant du popcorn.
Ma note : 4/5
Pour aller plus loin sur ce film je vous recommande : L'article d'Alex


Le palmarès Interblogs de cinéma de mars 2011

N°          Titre                                  Note sur 5
1    Black Swan                                  4,22
2    Boxing Gym                                 3,95
3    Slice                                              3,95
4    Arrietty :                                      3,92
      le petit monde des charpardeurs.
5    le Discours d'un roi                     3,88
6    True Grit                                      3,84
7    Avant l'aube                                 3,80
8    Never let me go                            3,73
9    Une pure affaire                          3,70
10   Incendies.                                    3,68


Pour connaître la suite du classement rendez vous sur le blog de Vance.