J'y crois pas !

Il n'est pas facile de contredire Stéphane Hessel.
Son passé de résistant, sa carrière, sa notoriété, son âge et maintenant son succès ne laissent en face de lui que des portes ouvertes, y compris celles qu'il défonce doucement. Orimont Bolacre ne parle pas de si haut : son âge à lui est le tiers de celui du grand homme, il n'est pas ambassadeur de France mais entre deux emplois. C'est un sympathisant du parti de l'In-nocence, qui nous a proposé sa réaction au fameux opuscule.
Indignez-vous !, lui ne demande pas mieux. Mais il trouve que les indignations suggérées sous ce titre sont un peu prévisibles, et surtout nettement sélectives. Puisqu'on l'invite à donner cours aux siennes il en propose quelques autres, qui lui paraissent mieux fondées. Indignez-vous ! n'y échappe pas, pour ses silences et parti-pris. 
(Quatrième de couverture)

Le livre de Stéphane Hessel a déclenché un débat sur la place publique. Un débat, qui s'il s'est éteint chez les grands médias (télés, radios...), continu pourtant toujours par le biais de livres. J'y crois pas est l'une de ses réponses et pour l'instant l'une des mieux construites. Loin de la farce des gauchistes anars et soixante-huitard d'Enfilez-vous
J'y crois pas est la réponse d'un mouvement de droite. Le parti de l'in-nocence (!) et relaye en partie les valeurs prôné par son fondateur Renaud Camus (?). je ne vais pas m'enliser dans une présentation du personnage que je connais mal. Renaud Camus ne m'est familier que pour son dérapage antisemite  d'il y a une dizaine d'année à France culture et sa réputation d'écrivain talentueux. Je vous laisse des liens vers le site du parti de l'in-nocence -le (!)- et sa page Wikipédia -le (?)- pour que vous puissiez vous faire une idée par vous même.Oui je ne me mouille pas.

Orimont Bolacre, donc c'est le premier livre, est un inconnu, un type au chômage qui lit l'opuscule de Stéphane Hessel dans le bus. Pour ainsi dire, il pourrait très bien ne pas exister et n'être qu'un nom de plume. Donc Orimont lit Indignez-vous dans le bus entre ses rendez-vous à la CAF et à Pôle emploi (il vient de terminer un CDD) et il ne croit pas (d’où le titre...) aux propos d'Hessel.
 Il décide donc de démonter dans son ouvrage les propos d'Indignez-vous, un par un. Comme moi, il regrette la nostalgie, d'une époque révolue, du vieil ambassadeur et regrette qu'il ne fasse aucune proposition concrète autre que celle de s'indigner. Il remarque aussi que les indignations du vieil ambassadeur sont des plus communes et qu'elles tiennent plus d'une accumulation de clichés gauchisant
 La société injuste ou il y a des sans-papiers et des expulsions chez Hessel, devient chez Bolacre une société "injuste" qui s’occupe pourtant de ses concitoyens avec des dispositifs sociaux coûteux pour la république et ce faisant respectant les valeurs hérités de l'après guerre chère à Hessel. Un passage sur le patriotisme dans le livre d'Hessel et Bolacre lui répond en lui mettant sous le nez ses français de papier, plutôt que de cœur, qui brandissent les drapeaux nationaux de leurs parents immigrés. 
C'est un peu vers cette page 11 que je me suis rendu compte de ce que j'avais entre les mains et que mes boucliers de neutralité se sont dressés. Je pourrait continuer ainsi sur tous les sujets qu'abordent Hessel et Bolacre, mais je crois que vous avez saisie l'ambiance générale de ce livre. Bolacre accuse à mots couverts, Hessel de malhonnête intellectuelle et de ne pas tenir compte, dans son livre, des évolutions de la société Française depuis la fin de la guerre (l'immigration et la révolution industrielle en tête). Certains des points soulevés par l'auteur sont pourtant justes, mais le discours latent, étouffant et omniprésent à mesure que les pages se tournent, ne leurs permet pas de briller réellement. Bien écrit et développant ses idées, J'y crois pas est une lecture sous condition de savoir ou vous mettez les pieds. Tracte de propagande politique ou véritable démarche intellectuelle, je ne saurais vraiment dire. 

"J'y crois pas", Orimont Bolacre, Editeur : David Reinharc & Parti de l'In-nocence [03/2011], 36 pages

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