L'Affaire Lady Alistair

Je m'appelle Enola, qui à l'envers se lit : alone, " seule " en anglais.
Et c'est bien seule que je me suis retrouvée à quatorze ans, lorsque ma mère a disparu de façon inexpliquée. Partie à sa recherche, j'ai échappé à la vigilance de mes frères aînés, Mycroft et Sherlock Holmes, qui souhaitaient m'expédier en pension. A l'image de mon détective de frère, j'ai alors ouvert à Londres un cabinet de " Spécialiste en recherches - Toutes disparitions ". Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris l'identité de mon premier client : le docteur John Watson. 

Après avoir résolu le kidnapping du jeune lord dans le précèdent volume, Enola s'est installée à Londres. A l'abri du besoin grâce au pécule laissée par sa mère, elle loue une chambre à une vieille femme dans un quartier reculé. Comme il lui est impossible d'utiliser son vrai nom, ses frères la recherchant toujours, elle s'est créée deux identités radicalement différentes. Ivy Melsh (anagramme de Holmes minus le o) jeune secrétaire du cabinet de recherches du très absent Dr Ragostin.
Il y a aussi la muette soeur des rues qui arpente la nuit londonienne pour secourir les miséreux. Dans la recherche de sa mère, Enola n'a pas été inactive, elle a découvert qu'elle pouvait communiquer avec elle par le biais de petites annonces dans des journaux féminins. Bien entendu le texte des annonces est crypté avec des noms de fleurs.
Enola reste tout de même prudente, car dans sa fuite de la maison familiale, elle a oublié le cahier offert par sa mère qui lui a justement appris les bases de ce langage. Son frère Sherlock (ou bien Mycroft) pourrait bien se l'être approprié et être à l'affût, comme elle, de petites annonces. Alors qu'elle se demande encore si la visite du Dr Watson au cabinet du Dr Ragostin est un piège de son frère, Enola sous son identité de soeur des rues échappe de peu à un étranglement.

<< De plus ils craignent qu'elle n'ait choisi de se déguiser en jeune gentleman oisif... 
D'où le risque évident de se retrouver exposée à des influences décadentes, voire de finir, j'ose à peine le dire, dans une vie de dépravation. >>
Influences décadentes, vie de dépravation ; je n'avais qu'une vague idée de ce qu'il entendait par là.
( Un Watson inquiet et une Miss Meshle pensive évoquent la jeune disparue : Enola Holmes , Page 23)

Comme dans le précèdent volume, Nancy Springer évoque l'éducation des filles avec le cas de Lady Alistair.
Lady Alistair est-ce que les frères d'Enola voudrait qu'elle soit, une fleur de salon délicate et raffinée dans l'attente d’être mariée. Bien que plus âgée de quelques années et malgré son éducation féminine Lady Alistair à comme Enola un secret contrarié et des parents discutables (le titre en vo donne un indice et moi aussi il y a quelques mots). Enola Holmes quant à elle pas mal évoluée depuis La double disparition, plus sur d'elle et courant au-devant du danger elle se révèle être un vrai casse cou.
Ironiquement, Nancy Springer fait du corset, instrument de torture qu'Enola redoute, un équivalent de la ceinture de Batman. Enola malgré ses quatorze ans n'est pas une jeune fille formée et le corset emprunté à sa mère est beaucoup trop large pour elle. Alors, en guise de rembourrage elle le remplit de tout un nécessaire de survie (et d'une petite dague). Un détournement d'un des symboles de l'oppression des femmes devenant une aide pour s'en affranchir. Voilà qui est réjouissant.
Le deuxième tome de la série de Nancy Springer est un petit bonheur à lire du début à la fin. Les trois intrigues (j'ai omis volontairement de parler de la troisième) de ce volume sont toutes étroitement liées et mènent vers une conclusion des plus inattendue.  
Si la double disparition était un bon roman, L'affaire Lady Alistair place le niveau de qualité encore plus haut que ce soit dans ses personnages secondaires (la logeuse sourde comme un pot, la fidèle femme de chambre de Lady Alistair) et dans sa peinture de l’Angleterre victorienne (Jack l'éventreur, les mouvements syndicalistes, les suffragettes).
Un deuxième volume qui passe encore trop vite sous mes yeux, laissant de nouveau un goût de manque. Je vous ai dit que les trois premiers volumes de la série étaient sorties en poche (et donc à pas cher) non ?.

Les enquêtes d'Enola Holmes : L'affaire Lady Alistair, Nancy Springer, Traduit de l'Américain par Rose-Marie Vassallo, Nathan, Collection Nathan Poche (04/2010), 276 pages, Titre original : The Case of the Left-Handed Lady.

Aucun commentaire: