La honte de la famille


 
 << Bonne mère, qu'a-t-il fait pour mériter une telle infamie ? Est-il possible que son fils à lui, Maspie le Grand , ait pu tourner aussi mal ? Dire que dans la famille on appartient à la pègre marseillaise depuis des générations.
Ah le traite ! Mordre ainsi la main qui l'a nourri ! Quelle misère ! Quelle ingratitude ! Entrer dans la police ! Maspie le Grand en mourra de honte. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, voilà que le gang des Corses lui cherche des noises. Accusé d'être un délateur, un sale indic. Lui, Maspie le Grand ! Vaï avec un fils dans la police, rien d'étonnant.  >>


Exbrayat aime les bandits caricaturaux, les histoires de couples et tant pis si l'intrigue policière passe au second plan voir carrément à la poubelle.
Encore une fois ce livre en est un bon exemple.
Après Les menteuses et ses mémés Corses en guerre contre la mafia Niçoise, La honte de la Famille met en avant une rivalité, entre des pontes du milieu marseillais, englués dans une histoire de meurtre et des dealers de drogues corses. En supplément de l'intrigue mafieuse Charles Ebrayat rajoute une histoire d'amour contrariée entre une voleuse fille de mafieux (Pimprenette) et le fils renégat du Parrain Maspie le grand (Bruno). Une histoire sentimentale d'autant plus compliquée que la police en enquêtant sur la mort louche d'un voleur italien de bijoux  va mettre le feu aux poudres. Il faut dire que pour ne rien arranger, les flics vont mettre en avant une nouvelle recrue tout juste sortie de l'école de Police (grâce à une ellipse de temps de trois années) : Bruno. 

<< _Policier ou pas, dépêche toi de foutre le camp sinon je te colle un pastisson qui te marquera pour le reste de tes jours!
Bruno vint se planter près de son père et, approcha son visage du sien : 
_ Si tu me colles un pastisson, en temps que fils respectueux, je te le rends ; mais en tant que policier, je t'empoigne par la peau du cou et je te traine en prison, à coups de pieds dans le cul! >> 
(page 141)

La honte de la famille cumule le pire et le meilleur du style Ebrayat.
Ses voyous Marseillais se conduisent selon un code moral d'un autre âge et pour cause ils ont celui de la retraite. Ils se révèlent plus bêtes que méchants. Cela amuse d'ailleurs beaucoup la police locale qui les considère plus comme une attraction, un mal nécessaire, que comme des antagonistes.
De l'autre côté de la mer méditerranée, par contre c'est une autre histoire. Les voyous Corses sont de jeunes ambitieux considérés comme imprévisibles et potentiellement dangereux. Ils tentent par tous les moyens à étendre leur influence sur Marseille et rendre donc en concurrence avec le vieux milieu local.
 Le conflit de génération, bien présent dans Les menteuses, revient ici avec une importance moindre. La relation trouble entre le flic et le milieu est aussi encore présent et encore amplifié avec le personnage de Bruno qui choisit un policier (Picherande) comme père spirituel (en remplacement de son géniteur qui l'a renié).

<< _Plus un mot Celestine! Après vingt-sept années de mariage, tu m'as bafoué! Tu as craché sur mon honneur!
_Parce que j'ai embrassé M. Picherande?
_Parce que tu as embrassé cet individu, en effet.
A travers ses larmes, Celestine ébaucha un sourire ressemblant à un rayon de soleil après l'ondée.
_Tu serais pas jaloux, des fois? >>
(page 57)


Autre récurrence, la relation de couple et la place de la femme au sein de celui-ci, ici ce n'est pas le policier et sa femme qui incarne le couple modèle, mais Eloi Maspie et sa femme Célestine.
Célestine est femme au foyer et le ciment de la famille Maspie. Très perturbée par le départ de son fils Bruno et les états d'âmes de son mari. Elle va au fil des pages s'émanciper mentalement de son mari pour se révolté à sa manière. Toujours sur le thème du couple mais à l'inverse des Maspies, il y a les parents de Pimprenette ou monsieur a délégué les affaires et son autorité à sa femme dominatrice. Soumise ou en maitresse femme que voilà deux beaux exemples de femmes mariées.
Troisième couple, celui des jeunes, Pimprenette et Bruno. Comment décrire l'absurdité de ces deux personnages. Pimprenette est irrationnelle, limite idiote et je me suis demandé comment Bruno pouvait aimer une pareille cagole.  Bruno, lui, est l’archétype du gentil garçon insipide (car amoureux) qui déclame son envie de se marier dans presque tous ses dialogues. Ils sont insupportables, rajoutent des pages souvent ennuyeuses à un livre qui aurait été beaucoup plus agréable. Néanmoins, la raison de la révolte de Bruno, envers son père, est formidablement bien trouvé, mais hélas noyé dans une intrigue sentimentale à rallonge. Pour preuve lors de l'adaptation du livre en 1969 au cinéma  (Imdb), le personnage de Pimprenette a disparu et avec lui l'intrigue amoureuse. Comme quoi, il n'y a pas que moi qui trouvait ces passages irritants.

La honte de la famille n'est pas le meilleur Exbrayat que j'ai lu. Il est même symptomatique d'un auteur qui écrivait beaucoup et réutilisait ses recettes à succès. Le sentiment de déjà lu est présent, bien camouflé derrière le folklore marseillais. Malgré tous les défauts sus cités, La honte de la famille est un livre amusant, une variation sur le thème de Roméo et Juliette sur le vieux port minus la fin dramatique.           
à lire comme un exercice parodique bien franchouillard.

La honte de la famille, Charles Exbrayat, Éditions du Masque (1985), Collection du Masque, Première parution (1964), 191 pages.

Les chiots

<< Les chiots, ce sont ces jeunes garçons turbulents de la banlieue de Lima qui tentent de s'affirmer, de devenir adultes. Parmi eux, Cuéllar, cruellement surnommé Petit-Zizi dans un monde où règne le mythe de la virilité. En grandissant, les différences se font plus sensibles, les jeux plus violents et Cuéllar se retrouve en marge. Son innocence est broyée par les rouages implacables de la société péruvienne. >>
Résumé Editeur

L'année dernière Mario Vargas Llosa recevait le prix Nobel de littérature. Cet auteur Bolivien né en 1936 et ayant passé une partie de son enfance en Bolivie. C'est lors de ses études universitaires, ou il collabore avec plusieurs revues littéraires, qu'il se dirige vers le journalisme. Il devient critique de cinéma et obtient une bourse pour continuer ses études à Madrid. En 1959 il écrit son premier recueil de nouvelles : Les caids.  La nouvelle Les chiots provient de ce livre. Il s'installe finalement à Paris ou il commence à écrire plus régulièrement (un livre tous les deux/trois ans) tout en continuant de travailler pour divers journaux (et l'AFP). Parmi ses livres l'un d'entre eux fut plus marquant que les autres. La Tante Julia et le scribouillard (1977) roman en partie autobiographique, qui raconte la relation amoureuse du narrateur avec sa tante de quinze ans son ainée. 
Romancier, essayiste, critique, auteur pour le théâtre et détenteur de notre légion d'honneur française est encore a 75 ans le chef de file de la littérature latino-américaine. 
Vous trouverez en début de ce Folio une biographie plus détaillé de l'auteur.  

<< Il a pris la mouche, disait Marlou, tandis qu'on filait du côté de la Diagonale, tu as dit j'ai levé Chabuca et mon pote a changé de visage et d'humeur, et Fufu c’était de l'envie, c'est pour ça qu'il s'est saoulé et Ouistiti ses vieux allaient le tuer. >>

Page 38


Les folios 2€ sont de petits livres très accessibles pour accéder à l'univers littéraire de nouveaux auteurs. A ce titre, il serait logique de croire que les nouvelles apparaissant dans cette collection soit sélectionnées pour représenter au mieux la production des écrivains présents. Les chiots de Mario Vargas Llosa est une nouvelle ancienne, pire elle est expérimentale et très loin du véritable style de l'auteur (j'ai deux autres livres de lui sur ma pile).   
Les chiots raconte une histoire loin d'être banale. 
Un jeune homme, castré par accident durant son enfance, rate les étapes de l'adolescence qui font de lui un homme. La frustration et son entourage aidant, il s'engage dans une spirale autodestructrice. 
Ce n'est pas tant le sujet qui pose problème que le style utilisé ici par Mario Vargas Lllosa.
Les chiots est une nouvelle difficilement lisible. Les phrases sont longues et entrecoupés de dialogues imbriqués dans le texte principal sans espace. Les pronoms singuliers se mélangent régulièrement à ceux du pluriel dans une même phrase. Difficile, la lecture devient très vite pénible et il n'est pas rare de perdre le fil de la narration. << Qui parle ? >> est la question je me suis le plus posé lors de cette lecture. Ce style brouillon, chaotique est certes une parfaite illustration de la période adolescente dans laquelle sont Cuéllar et ses amis, mais pourtant à lire c'est une épreuve. Le choix de publier cette nouvelle de jeunesse, comme première lecture,  de Mario Vargas Llosa est une erreur donnant une impression fausse sur un auteur pourtant fort talentueux.
Vous voilà prévenu, Les chiots est une nouvelle expérimentale difficile à lire. 


Les chiots, Mario Vargas Llosa, Traduit de l'espagnol par Albert Benssoussan, Editeur Gallimard, Collection Folio 2€ (11/2010), Titre original : Los cachorros, 85 pages