84, Charing Cross Road

Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres.
Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. 
(Quatrième de couverture)





A lire ce livre biographique, on ne pourra pas dire que la consécration vient facilement. Helene Hanff (1916-1997) n'a connue la gloire qu'à un âge déjà avancé et uniquement au travers de son unique livre 84, Charing Cross Road. C'est un hasard qui lui a donné l'idée de publier la correspondance, qu'elle a tenue avec son libraire pendant 20 ans, sous la forme d'un livre. Scénariste pour la TV américaine et auteure de pièce de théâtre n'ayant jamais sortie de l'anonymat, Helene Hanff a connu le pain noir des gens de lettres toute sa vie. Son livre en offre un aperçu. Publié en 1970, il est encore aujourd'hui un succès de librairie.
84, Charing Cross Road a connu une adaptation au théâtre et une autre au cinéma avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins (Imdb).

Le livre de Hanff est tout sauf une recueil de jolies correspondances fictives ou tout est ordonné. Elle est chaotique, parfois difficile à suivre sans pourtant perdre son sujet initial de vue : les livres. Elle parle de beaux livres, les siens et de ceux qu'elle voudrait. Comme la vie, cette correspondance laisse des interrogations en suspend et se révèle cruelle. Hélène commande des livres (le plus souvent des classiques anglais), badine et plaisante avec son flegmatique libraire anglais, puis la correspondance devient plus personnel et les interlocuteurs d’Hélène changent. Chacun y va de sa petite histoire personnelle, venant se confier auprès d'elle et la remercier pour sa bonté (Hanff envoie des colis alimentaires au personnel de la librairie qui sont encore soumis aux restrictions alimentaires d'après guerre).

Le plus incroyable dans cette correspondance reste son incroyable modernité. Helene Hanff l’américaine préfère commander en Angleterre les livres qui lui faut plutôt que de sortir de chez elle (et ainsi quitter sa machine à écrire). Elle ne veut pas se contenter des éditions américaines, si le livre existe, qu'elle juge médiocres et mal traduites.
Ce comportement, toujours d'actualité, rappelle celui de n'importe quel acheteur de produit culturel sur internet. Enfin vous je ne sais pas, mais le mien indubitablement.

Hanff est aussi une femme d'opinion au comportement singulier. Elle trie ses livres chaque printemps et jette (ou donne) ceux qu'elle ne désire plus. Les ouvrages qu'elle décide de garder sont relus régulièrement.  Ce tri choque ses amis sur qui elle porte un regard dur :
<< Mes amis sont soigneux avec les livres. Il lisent tous les best-sellers, ils les parcourent le plus vite possible, en en sautant beaucoup de passages, je crois. Et comme ils ne les relisent JAMAIS, un an après ils ne se rappellent plus un traitre mot. >>
 (page 83)

A noter que les livres qu’Hélène commande à son libraire font l'objet de très pratiques notes du traducteur en bas de pages.
J'ai aimé ce livre, son ambiance d'après guerre et sa correspondance passionnée. L'humour de Hanff omniprésent dans ses lettres est toujours surprenant. Par exemple : elle HURLE sur son libraire à l'aide de phrases en majuscules pour lui réclamer ses livres. 
84, charing cross road touche l'amoureux des livres et de la littérature par son approche humble et réaliste du sujet. Rien que pour ça, il mérite de figurer dans votre pile de livres à lire.

Vous pouvez trouver un autre avis sur le blog de Cachou

84, Charing Cross Road, Helene Hanff, Traduit de l'américain par Marie-Anne de Kisch, Le livre de Poche (2003), Édition originale (1970), 156 pages.

3 commentaires:

Cachou a dit…

J'ai aussi beaucoup aimé ce livre, comme tu l'as vu. Quelques années après, j'y repense avec beaucoup de tendresse, et un peu de nostalgie, j'ai l'impression que ce type d'histoires vont disparaître peu à peu, remplacées par un côté privé de destinataire dans la relation d'achat à Amazon (pardon, c'est juste que tout le monde semble tellement être fou d'Amazon, et des fois j'ai du mal à comprendre tout à fait pourquoi, parce que certes ça permet de trouver des perles rares et oubliées, mais d'un autre côté, on perd le contact avec le livre et celui qui essaye de le débusquer pour nous... Rien ne pourra remplacer la librairie pour moi, et les libraires surtout, mais apparemment ils sont amenés à disparaître, en tout cas dans le côté indépendant du terme, et ça me rend triste, même si ça n'est pas encore arrivé...)

Cultiste a dit…

Dernièrement j'ai acheté un livre sur Amazon. Bien sur c'est un livre jamais traduit et le vendeur américain (un bouquiniste) n'a pas personnalisé son envoi (impeccable et peu cher). Il a glissé son adresse et son mail dans le livre (sur un marque page en papier recyclé). Rien ne m’empêche de le recontacter, sans passer par Amazon, pour lui demander d'autres livres...
Les petites librairies indépendantes (ne faisant pas parties d'un chaine) sont bien destinés à disparaitre dans un futur proche, mais pas les bouquinistes.

Cachou a dit…

Les bouquinistes sont indispensables et pour les petits budgets, et pour les collectionneurs bibliophages qui recherchent des trucs pas possible (et comme je rentre dans les deux catégories...).
Mais en même temps, Amazon et ebay concurrencent quand même pas mal la chose.
Un des vendeurs de la bouquinerie près de chez moi (qui est énorme, 1 km² de suface) m'a dit qu'ils survivaient grâce aux Harlequins en fait, qui ont un taux de rotation énorme et permettent d'avoir un "fond" dans le reste.