À bord

Un jour, en début de soirée, alors que j'étais au large des côtes de Patagonie, écoutant une dramatique histoire de fantômes que racontait un des membres de l'équipage, nous entendîmes un affreux mugissement, quelque chose entre le grognement d'un Léviathan et l'éructation d'un Vésuve, et nous vîmes une brillante traînée de lumière à la surface de l'eau.
Le vieux maître d'équipage grisonnant, qui se tenait tout près, s'exclama : " Là, c'est un Poisson du Diable ! ". 

(Quatrième de couverture)



Herman Melville fait partie de ses écrivains que tout le monde a lu (merci à l'éducation nationale). De ces auteurs intemporels fourrés de force dans le crâne de nos jeunes années, deux des œuvres d'Herman Melville se dégagent : Bartleby le scribe et Moby-Dick.
Né en 1819 et troisième fils d'une fratrie de huit, Herman Melville commence à travailler très tôt et multiplie les emplois. D'employé de banque, aux travaux des champs (dans la ferme d'un de ses oncles), à comptable des études dans le commerce de son frère aîné. L'affaire de son frère tournant court, il devient instituteur dans une école de campagne.
En 1839, il s'engage dans la marine pour voir le monde, une année passe et de retour sur la terre ferme, il s'installe à Nantucket dans l'espoir de s'embarquer sur un baleinier. Melville espère visiter le pacifique.
Trois années passées dans les eaux Polynésiennes et quelques désillusions plus tard (une mutinerie et une prise d'otage rien de grave) lui donne envie de revenir en Amérique. Il parvient à se faire engager sur un navire de guerre qui fait direction vers Boston. Enfin dans son pays natal, Melville se concentre sur sa carrière littéraire, en alternance toutefois avec des emplois alimentaires, car il n'obtiendra jamais de son vivant de quoi vivre de ses écrits. Dans le milieu littéraire, il se fait vite une réputation d'explorateur avec ses premiers romans (Taïpi et Omoo basés sur son expérience polynésienne) mais c'est en 1850 avec son roman The Whale (rebaptisé pour la publication américaine Moby-Dick) qu'il obtient la reconnaissance. Cinq années plus tard, il publie dans un recueil de nouvelles : Bartleby le scribe.
Ce que l'on ignore le plus souvent (et que j'ai appris en lisant ce livre) c'est que Melville n'a pas seulement écrit des romans de marins, des nouvelles et des poèmes, il a aussi donné des conférences. Elles traitaient de sujets qu'il maîtrisait. Elles furent un échec cuisant et certaines n'ont pas été lues en public plus de trois fois.
À bord les regroupe en son sein.

<< Certains marins affirment qu'il y a des cornes et d'immenses nageoires, et d'aucun disent qu'il plonge jusqu'aux abysses les plus profonds et remonte en hurlant, avec des bouches nombreuses et largement ouvertes comme le Mississippi. >> (page 21)

Dans les deux premiers textes Les mers du sud (1858) et Le voyage (sous-titré : ses plaisirs, ses misères et ses bienfaits, 1960) narre ses expériences de marins comparant les conditions de vie lors des voyages d'antan à ceux de son époque, ponctuant le tout avec de belles descriptions des poissons rencontrés (voir l'extrait). Dans Tableaux d'une chasse à la baleine (1847) le conférencier devient critique littéraire pour dénoncer le livre d'un de ses contemporains qui racontent une chasse à la baleine (qu'il juge fictive).
Le livre contient une note du traducteur en préambule qui remet dans le contexte ces trois textes. Ce même traducteur à annoter les trois conférences de nombreuses explications que l'on retrouve à la fin du livre. À noter que le livre est illustré de magnifiques représentations de trois mats sur la couverture et entre chaque récit. Un très beau petit livre (malheureusement un peu cher).
Que ce soit pour les fans "complétistes" ou les amateurs des premières œuvre de Melville, À bord est une curiosité recommandable, mais donc le contenu est de l'ordre de l’anecdotique pour le commun des lecteurs.
Un livre à ranger à coté de Taïpi et Oomo qu'il complète fort bien.

A bord, Herman Melville, Traduit de l’américain par Guy Chain, Finitude (05/2011), 80 pages.

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