No Impact Man

Les super héros sont comme nous, plein de bonnes intentions envers la planète, mais agissent peu pour réduire les effets néfastes de l'humanité sur la terre. Si nous agissons si peu pour changer nos modes de vies polluants c'est parce que c'est difficile.
Heureusement aujourd'hui, il y a No Impact Man. Il ne porte pas de slip rouge sur son pantalon, mais tente de vivre sans polluer pour nous montrer le bon exemple.

Comme nous tous, Colin Beavan en a marre d'assister, impuissant, au réchauffement climatique, à la déforestation et aux gaspillages en tous genres...
Il refuse d'être partie prenante dans la fonte des glaces et de la disparition des ours polaires. Son défi : vivre un an en réduisant au maximum son empreinte environnementale. Jusque-là, pas de quoi parader, d'autres l'ont fait avant lui. La grande différence c'est que ledit Colin Beavan vit en plein coeur de Manhattan, au 9e étage d'un building. Et qui dit réduction des émissions de carbone dit pas d'ascenseur, de climatiseur, de réfrigérateur, de transport motorisé, entre autres, et quand on est un jeune père de famille, l'aventure tourne vite au casse-tête.
Son premier challenge : convaincre sa femme, quelque peu accro au shopping, de jouer le jeu. Le deuxième : renoncer aux couches et aux plats à emporter. Passées ces étapes... eh bien, tout reste encore à faire. L'expérience dure un an, le compte à rebours est enclenché ! 
 [Résumé éditeur] 

L'image d’Épinal de l'écologie responsable, en France, reste celui du retour à la ferme (dans le Larzac de préférence). Abandonner la ville et ses tentations consuméristes pour retourner aux champs. Un retour à l'auto suffisance au sein d'une petite communauté vivant en symbiose avec l’environnement. Sans OGM, sans pesticides avec de beaux panneaux photo-voltaïque sur le toit et une éolienne dans le jardin. Une vie rêvée proche de notre mère la terre, des animaux qui gambadent dans les champs, avec l'air pur et l'eau claire enfin retrouvés.
Cela reste un rêve utopiste, car sur une planète qui compte presque sept milliards d'individus. Une majorité d'entre nous vivent dans de grandes villes et un abandon pur et simple de celles-ci est impossible. Colin Beavan pense la même chose quand il entame son projet. Peut-on vivre en plein coeur d'une grande ville sans polluer ?
À l'origine No Impact Man est une expérience que Beavan conçoit (il est écrivain) lors d'un dîner avec son éditeur en 2006. Le projet doit durer un an durant lequel, en plus de l'écriture de son livre,  il tiendra un blog journalier (pour le voir cliqué ici). Le livre était pensé au départ pour être un résumé de son expérience et sa conclusion finale. Ce que Colin n'avait pas prévu avant le début de son aventure, c'est que son blog et ses articles obtiendraient une médiatisation importante auprès du public et des médias. L'écrivain devenant bien malgré lui un gourou de l'écologie (et c'est toujours le cas aujourd'hui). Il donna une suite à son projet via un autre site internet le No Impact Project où il continue de prôner un mode de vie différent et plus responsable. Il existe aussi, depuis 2009, un film documentaire sur les Beavan réalisé avec des images tournées durant l'experience.

Colin Beavan raconte dans No Impact Man, les modifications qu'il opère de manière progressive dans sa vie de tous les jours. Les chapitres de changements alternant avec ceux où il constate les resultats concrets (positifs ou négatifs) sur son confort de vie. Le point final du livre étant de couper l’électricité et de vivre sans jusqu’à la fin de l'aventure.
Son épouse accepte plus ou moins facilement les changements. Plus de transports en commun, mais un vélo pour tout le monde ? Ça c'est facile et bon pour la santé. S’empêcher d'acheter de vêtements neufs et ne plus boire de café (parce qu'il faut consommer local et réduire les dépenses inutiles) alors que l'on est accroc au shopping et au café ? Beaucoup moins.
Madame va devoir passer au thé à la menthe (en le faisant pousser sur le balcon...) et ne renouveler sa garde-robe que quand cela sera utile. Le couple connaîtra aussi une crise grave durant laquelle Colin avouera qu'il a passé un marché avec madame pour gagner sa patience. Qu'importe aussi que les grands parents maternelle n'aient pas le droit de voir leur petite fille pour Noël, parce qu'utiliser l'avion ce n'est pas très écolo-responsable. Sa famille n'est pas la seule à (un peu) ralentir l’enthousiasme de Colin, les médias et les amis de madame ont aussi un avis différent sur sa petite expérience écologique. 

 Colin Beavan prend le pari de raconter son année écologique en espérant qu'elle provoquera une prise conscience chez ses lecteurs. On peut sourire de l'innocence de cet auteur qui s'enthousiasme d'un panneau solaire pour alimenter son PC. Dans le premier chapitre, par exemple, il est ravi de troquer ses poches jetables par un sac réutilisable. Il avoue pourtant qu'il aurait préféré un filet à provision comme les élégantes parisiennes (vues lors de vacances familiale en France). Tout ne sera pourtant pas rose. Le remplacement de la machine à laver et du réfrigérateur lui feront découvrir les limites de ses bonnes intentions.
Globalement le lecteur un temps soit peu informé sur l'écologie n'apprendra rien dans ce livre. Beavan n'est pas un scientifique, ce n'est pas non plus un écologiste convaincu (ou politisé) et se défend d'ailleurs d’être l'un ou l'autre. Il est l'exemple même de l'américain moyen  soucieux de l'avenir qu'il laisse à sa fille de deux ans (on devine malgré son joli discours qu'il gagne plus que l’américain moyen...). Ses connaissances de départ se limitent à ce que tout le monde sait (prendre une douche au lieu d'un bain, ampoules à économies d’énergie, etc). Ce manque de connaissances pratiques et son enthousiasme font qu'il ne tient aucun discours culpabilisant. On l'accompagne, à chaque étape de son aventure et on découvre avec lui les joies et les déceptions de l’expérience.
Le livre se conclut par un chapitre sur ce qui, après une année de "No Impact", a changé dans la vie des Beavan. Les petites entorses au contrat de départ (il y en a !) et les changements durables que le projet a permis (elles sont plus nombreuses).

No Impact Man est un livre agréable à lire, porteur d'espoir et pleins de bonnes intentions. Il n'a pourtant pas changé fondamentalement mes habitudes de consommation. Colin Bell s'adressant avant tout au lecteur américain. Les habitudes polluantes qu'il décrit au jour le jour ne sont pas les nôtres, nous les Européens et pour certaines d'entre elles ne l'ont jamais étés. En revanche, j'ai remarqué que je fréquentais un peu plus le magasin bio en bas de chez moi. Un effet secondaire de la lecture de son livre ou ai-je décidé soudainement de manger plus équilibré ?

No Impact Man, Colin Beavan, traduit de l'américain par Joëlle Taouti, Fleuve Noir (11/03/2010), 268 pages.

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