Pas de pitié pour Martin

"Il est ingrat, médiocre, désespérément seul, et il a la poisse.
À bientôt quarante ans, il vit toujours chez sa mère, dont il est le souffre-douleur. Bref, toute l'existence de Martin Reed est placée sous le signe de l'humiliation et de l'échec. Par un malencontreux concours de circonstances, on l’accuse, un beau matin, du meurtre d'une de ses collègues. La troublante inspectrice Albada, qui doute de sa culpabilité, met tout en œuvre pour l'arracher à cet engrenage infernal.
Mais quand la déveine vous colle à la peau..."
Quatrième de couverture


Karin Slaughter à 40 ans, elle est auteure de thrillers et a obtenu la renommée internationale grâce à son premier livre Mort Aveugle. Un premier livre qui débutera sa série de Grant County qui raconte la vie d'un commissariat d'une petite ville (imaginaire) des états-unis. Un peu à l'étroit dans le grand ouest, elle débute aussi une série à Atlanta (la ville où elle réside) sur un agent du GBI (Une sorte de FBI) Will Trent. Pas de pitié pour Martin n'a rien à voir avec ses deux séries. Ce livre est à l'origine une pièce radiophonique écrite par Karin Slaughter et plus tard adaptée au format papier. C'est aussi la première incursion et probablement la dernière, de l'auteur dans l'humour noir. 

Mais la cruelle vérité, c'était que Martin ressemblait plutôt à Jodie Foster adolescente. (page 10)
Stop Karen c'est du n'importe quoi là. J'ai vu Taxi Driver, elle était pas grasse et laide Jodie Foster adolescente...

Dans les cours de recrée de toutes les écoles du monde, il y a des enfants violents, des témoins muets (et donc complices) et des souffres douleurs qui serrent les dents.  Karin Slaughter est de la première catégorie, son Martin de la troisième et vous cher lecteur de ce livre de la seconde. 
N'y allons pas par quatre chemins, ce livre est un essai raté. Il accumule les défauts de construction comme j'empile les fautes de grammaire dans un paragraphe de quatre lignes. Miss Slaughter peine à faire vivre ses personnages de minables et irrécupérables. Son Martin est gros, laid, mou et comptable dans une société de sanitaires. Sa mère abusive est une femme laide, aigrie et violente. Ses collègues de travail sont tous des trentenaires attardés (qui comme par hasard sont les mêmes qui torturaient Martin à l'époque du lycée), beaux mais complètement idiots et son unique collègue de travail, une noire obèse, est une repris de justice qui parle comme un rappeur West Coast. Du cliché à la pelle et de l'originalité nulle part.  
Pas de pitié pour Martin contient aussi une composante policière (anecdotique) avec l'arrivée de deux policiers aussi compétents et positifs que le reste du casting. C'est au moment de leur arrivée dans le récit que j'ai décroché du livre. Le récit déjà laborieusement divertissant, avec les pleurnicheries continuelles de Martin, plonge encore dans une noirceur artificielle. Karen Slaughter nous présentant la femme chargée de l’enquête comme une "Martin" au féminin (remplacer mère abusive par mari violent). Évidemment une romance (niaise et placée sous le signe des loosers) naît de la rencontre de Martin et la jolie inspectrice. Oh et au cas ou vous vous demanderiez qui tue des gens en faisant porter le chapeau à ce pauvre martin, Karin à la bonne idée de l'indiquer via un  indice, dans les premières pages, aussi énorme que le l'arrière train de Karin Slaughter adolescente (c'est pour toi Jodie...).
L'histoire de Martin se termine mal comme le titre le promet, mais ne m'a pas décroché un sourire pour autant comme l'aurait voulu l'auteure. À trop vouloir faire dans l'humour noir, avec des personnages de paumés, Miss Slaughter oublie de donner à son récit cette lueur tenue d'espoir qui, une fois éteinte par un sort cruel et facétieux, donne sa saveur à l'humour noir. L'humour dans Pas de pitié pour Martin est donc rare. Plus problématique "l'humour" semble être du premier degré méprisant.  Ce sera sans moi Karin et ton bouquin va aller rejoindre celui de Gregory McDonald dans la poubelle des tentatives d'auteurs pour s'extraire d'un genre qui a fait leurs renommées. Pas de pitié pour Karin ! 

Pas de pitié pour Martin, Karin Slaughter, Traduit de l'américain par Pierre Demarty, Le livre de poche, Grasset (10/2011). Titre original Martin Misunderstood (2008), 140 pages.

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