Le bal des débris

<< Frédo aurait voulu être un gangster.
Seulement, au lieu de manier la mitraillette devant un comptoir de banque, il pousse des chariots dans un hôpital pour vieux. Heureusement, il y a Lepointre, un vioque pas comme les autres, expert en combines et truand indécrottable. Quand une riche pensionnaire vient échouer à l'hosto, ils s'imaginent déjà des diamants plein les poches... >>
(Quatrième de couverture)

Fredo, c'est un  peu Thierry Jonquet (1954-2009) quand il était jeune. Un peu voyou peinant dans boulot alimentaire déprimant (un hôpital pour vieux) et militant syndicaliste le reste du temps (la femme de Fredo est une rouge à lutte ouvrière). Après des études de philosophie, il se dirige vers la voie de l'enseignement sans y trouver son bonheur. Heureusement durant cette période, il découvre le polar et se lance dans un carrière d'écrivain avec un premier livre en 1982, Mémoire en cage. Le talent est là, la critique suit et son style fait mouche. Un mélange de faits divers réalistes, de critique sociale et d'humour noir. En 1984 sort Le bal des débris  qui confirme son allégeance au polar noir. En marge de sa production, il débute aussi dans les romans jeunesse, les nouvelles pour les grands journaux français (Libération, Le monde etc) sans oublier ses travaux de scénariste pour la télévision et le cinéma. Vampires son dernier livre (inachevé) et publié à titre posthume,  a été publié aux éditions du Seuil en 2011.

<< Jusqu'à l'hosto, ils sont venu plantés leurs crocs, ceux là. Rhan... Bien fort que je m'accroche aux apprentis cadavres. Leurs canines voraces plantées dans les jugulaires séniles. les psychologues traquent le signifiant et sucent bien fort, à fond. La béance du désir au troisième âge, c'est quelque chose qu'il ne faut pas laisser échapper. A aucun prix. >> 
Page 68-69

Le bal des débris possède le charme des années 80, cette nostalgie d'une époque plus simple ou l'on pouvait s'amuser de tout et de rien sans froisser personne.  Pour se moquer, Jonquet se moque et pas qu'un peu. Des psychologues (voir extrait), des kinés et de tout ce qu'un hôpital gériatrique peut contenir comme professions spécialisées. Chacun en prendra pour son grade sans aucune pitié. La compassion et la tendresse, Jonquet la réserve aux pensionnaires séniles et à son personnage principal. 
Fredo, à l'instar des pensionnaires de son hopital, se sent mourir à petits feux. Etouffé par sa femme une marxiste qui l'oblige à vendre des merguez à la fête de l'Huma et un boulot aussi peu gratifiant, Fredo cherche une porte de sortie. Quand il rencontre Lepointre à l’hôpital et que le vol des diamants est planifié (le soir du bal de l’hôpital) c'est enfin l'espoir d'un avenir meilleur qui se présente.  Rien ne sera simple et des complications d'un genre armées et musclées se mettront en travers de son chemin (et je ne parle pas ici de la police...). Plus que le final de ce livre c'est bien le cheminement de Fredo qui m'a fasciné. Il rêve d'être un gangster comme dans les films et c'est ce que la vie va lui donner sous la forme d'une leçon qu'il n'oubliera pas. 
Roman noir bien ancré dans son époque, Le bal des débris se moque de tout et se faisant provoque le rire de son lecteur. Il propose aussi son lot d'action, de révélations tonitruantes et de sexe sauvage (dans un ascenseur, pas vraiment consenti et pas avec la légitime...). 
Une perle à lire absolument.

Le bal des débris, Thierry Jonquet, Collection Points roman noir, Éditions Point (2010), 185 pages.

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