Les chasseurs

Un professeur d'université américain raconte sa vertigineuse descente aux enfers, le temps d'un été, au sortir d'une rupture amoureuse, dans l'isolement d'un appartement londonien.
Avide de paix et de solitude, il ressent comme une agression la visite de courtoisie de son étrange voisine, Ridley Wandor. Elle est laide, ingrate, quelconque. 

(résumé éditeur) 


Claire Messud est une auteure américaine peu connue dans nos contrées  pourtant cette finaliste du Pen/Faulkner Award (en 1996) à tout pour nous plaire. Fille d'une canadienne et d'un Français d’Algérie expatrié cet écrivain n'a écrit que des livres acclamés par la critique. Son premier roman When the world was steady (1995) n'a pas connu de traduction en France contrairement à son second La vie d'après qui raconte sur trois générations la vie d'une famille franco-algérienne vue par la petite dernière de la famille. 
En 2001, elle publie The hunters, un recueil de deux nouvelles. Que la traduction française à inversée, le recueil français s'appelle Une histoire simple (du nom de la seconde nouvelle) et est suivi par Les Chasseurs. Elle rencontre le succès critique et surtout publique avec son troisième roman Les enfants de l'empereur, l'histoire de trois célibataires New-Yorkais se débattant avec leurs vies et leurs espérances dans une ville bientôt assombrie par les attentats. Classé par le New-York Times, en 2006, parmi les dix meilleurs livres de l'année.


<< _ Les chasseurs ? >>
J'imaginais mal que deux familles puissent partager un appartement de la même taille que le mien.
<< C'est ainsi que j'appelle nos lapins. Les chasseurs. Encore que dans ce monde ils soient plutot "les proies", vous ne trouvez pas ? >>
Je souris. Je sentis que ce n'était qu'un pâle sourire. 
Comme si la pâleur de Ridley Wandor me contaminait.  
(pages 27-28)

Les chasseurs est un huis clos entre deux personnages que tout oppose. Le narrateur et Ridley Wandor. Une femme entre deux âges qui vit encore avec sa mère sénile. L'un est en quête de lui-même et l'autre cherche à créer des liens amicaux. Le plus étonnant avec cette nouvelle est la facilité avec laquelle Claire Messud joue avec les genres. Du roman de rupture (quelques pages), elle passe au thriller (un grande majorité de la nouvelle) avec une facilité déconcertante pour finir sur le roman de société (le dernier chapitre). Je resterais vague sur ce dernier point pour ne pas spoiler. Le livre commence sur la rupture d'un professeur d'université et son besoin de s'exiler pour faire le point. Quand enfin il pense avoir trouvé la tranquillité, Ridley Wandor débarque dans sa vie. Sous des prétextes de bon voisinage, elle sonne à sa porte, l'interpelle dans la rue et tente de s’immiscer dans sa vie. Elle parvient à en devenir inquiétante. Le narrateur (et le lecteur avec lui) s'en inquiète. Surtout que depuis quelques temps, il n'entend plus Mme Wandor mère... 
Formidablement bien écrit, imprévisible et doté d'une fin poignante, Les chasseurs est une des meilleures nouvelles que j'ai lu cette année. Claire Messud est une auteure qui reviendra dans mes lectures et sur ce blog c'est une certitude.

Les chasseurs, Claire Messud, traduit de l'américain par France Camus-Pichon, Gallimard (2009), Collection Folio 2 € (05/2011), 133 pages

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