Le miroir

<< Mrs Clingsland découvre avec désolation un matin l'image que lui renvoie son miroir : celle d'une femme qui n'a plus vingt ans.
Mrs Attlee, sa confidente, trouve un subterfuge pour la sortir de sa torpeur : elle lui transmet des messages d'amour d'outre-tombe du jeune Harry, noyé lors du naufrage du Titanic. Spiritisme, apparition de fantômes, messages de l'au-delà... >> 

(résumé éditeur de la nouvelle le miroir)

Je vous avais déjà parlé d'Edith Wharton pour son essai sur lecture (voir ici).
Cette fois je retrouve Miss Wharton, non pas pour un essai, mais pour deux nouvelles appartenant presque au genre "fantastique" appartenant à son recueil Grain de grenade (Editions Joelle Losfeld).

_Le miroir : Au-delà de l'histoire spirite, Edith Wharton dresse un portrait, par le biais de Mrs Attlee sa narratrice, de deux femmes issus de milieux sociaux différents. Elle critique des milieux aisés décrit comme un miroir aux alouettes et ou l'on se crée des problèmes pour se sentir exister. Seul le lecteur comprend le message. Mrs Attlee, en bonne chrétienne, ce garde bien de juger son amie Mrs Clingsland.  Sa description de la mode spirite du début du siècle dernier est aussi un des atouts de cette histoire.
Cette nouvelle que je qualifierais de tragi-comique se laisse lire, principalement grâce à l'humour de sa narratrice. Son rapport élastique à la religion est particulièrement comique (le spiritisme est condamné par l'église même si c'est pour de faux et pour la bonne cause).

<< Ne crois pas, toutefois, que c'était une méchante femme. Elle se montrait gentille avec son mari et ses enfants, mais ils avaient de moins en moins d'importance à ses yeux. >> 
(page 28)

_Miss Mary Pask : Un peintre américain se rend en France pour pratiquer son art. Alors qu'il passe par la Bretagne, il se rappelle la promesse faite à une amie new-yorkaise Grace Bridgeworth. Elle a une sœur vivant à Morgat, dans une maison près de la baie des trépassés et qui reçoit peu de visites. Souhaitant faire plaisir à son amie, il se rend chez Miss Mary Pask. En entrant dans la demeure, il se souvient que Grace lui a annoncé son décès.
Un narrateur à la santé mentale fragile qui glisse doucement, mais sûrement vers la folie, une maison perdue dans la brume, des autochtones étranges et un "fantôme", cela ressemble à une nouvelle de Lovecraft.  Comme pour la nouvelle précédente, le fantastique n'est qu'un subterfuge malicieux, mais contrairement au Miroir, Miss Mary Pask va plus loin encore laissant le lecteur dans le doute jusqu’à la fin. Vous avez compris, j'ai adoré cette histoire.

<< Et Grace ? Parlez-moi de ma chérie. J'aurais aimé la revoir ... rien qu'une fois. ? Lorsqu'elle a appris ma mort...étiez vous avec elle ? A-t-elle été véritablement bouleversée ? >> 
(Page 70-71)
Deux petites nouvelles charmantes, légères et dans une thématique que j'affectionne (mais pas forcement représentative de l'auteure). 
Les ficelles de ces histoires sont parfois grosses. Mrs Clingsland est très crédule et le narrateur de Miss Mary Pask est très, mais vraiment très étourdi. Le talent d'écriture d'Edith Wharton est tel que je lui pardonne volontiers ces faiblesses.  
J'aime beaucoup ce petit livre et il me donne envie lire un vrai livre d'elle. C'est bon signe non ?

Le miroir suivi de Miss Mary Pask, Edith Wharton, Traduit de l'américain par Florence Lévy-Paolini, Gallimard (2011), Collection Folio 2€, 84 pages.

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