Petites histoires horribles à lire avant de s'endormir

"Pas de bombes... Pas de râles... Juste un murmure... Juste une rupture... Juste un oubli... Un silence. Un mur. Un escalier vide. Une horloge arrêtée. A petits pas, sans faire de bruit, l'horreur est là. Dans notre quotidien."
Quatrième de couverture

La peur est une chose étrange. Une créature polymorphe. Quand on demande à quelqu'un ce qui lui fait peur, il vous répond par un lieu commun selon son âge. Les enfants parleront d'une créature fantastique (ogre, sorcière, Jar-Jar Binks...), les adolescents répondront qu'ils n'ont peur de rien sauf de leur prof principal ou de l’acné purulente. Une fois installée dans la vie d'adulte, les peurs deviennent plus pragmatiques : le chômage, la peur de l'échec, de l'abandon, de la maladie ou de la mort. 
Françoise Cuz place ses récits dans la dernière catégorie, le fait-divers sans témoin et qui n'épargne personne. Là où n'importe quel auteur donnerait à son lecteur un dérivé de thriller, Françoise Cuz met le lecteur face à des chroniques banales du quotidien. Des chroniques ou le narrateur est le témoin (ou la victime) d'une injustice sociale tristement d'actualité.
Ce qui effraie dans les histoires de Miss Cuz c'est le réalisme des situations et leurs chutes vraisemblables. 

Petites histoires horribles à lire avant de s'endormir commence par l’exception qui confirme le sujet de ce livre.

L'arbre aux femmes aborde le sujet de l'excision des femmes en Afrique et flirte avec le fantastique avec une fin lourde de symboles. L’héroïne est une grand-mère qui s'oppose aux traditions de sa tribu pour sauver sa petite fille. Totalement opposée dans la forme aux autres nouvelles de ce livre, L'arbre aux femmes est, malgré son élément "magique", convenu et sa fin attendue. 

Monsieur Pas-Méchant raconte le quotidien d'un homme tranquille. Il est discret et très poli. Tout le monde l'aime bien. Lui ce qu'il n'aime pas ce sont ses voisins qui se disputent. Pendant qu'il fait la vaisselle, il entend son voisin et sa fille se quereller. 
Un début anodin, un personnage quelconque et une situation affreuse pour finir, Monsieur Pas-Méchant marque le vrai début de ce recueil avec un ton léger, presque taquin pour asséner le coup de grâce sadique dans sa dernière page.  

J'aime les chiens malgré son titre trompeur, cette nouvelle ne parle pas de zoophilie, mais d'un amoureux des concours canins qui ne voit que par son chien et ses résultats. Un soir, il rentre chez lui et assiste à un spectacle triste et commun (malheureusement)
Plus encore que la nouvelle précédente, J'aime les chiens parle de tout et se termine sur une note sinistre. Après avoir lu cette nouvelle quand quelqu'un vous dira qu'il préfère les animaux aux humains, vous ne pourrez pas vous empêcher d'avoir des sueurs froides.

Room service pour un enfant seul place le lecteur dans la tête d'un enfant dans une chambre d’hôtel. Il regarde la télé et se remémore ses visites chez le juge, ses conversations avec l'assistante sociale et sa mère. Où est elle cette mère justement ? Et pourquoi a t-il peur que la police vienne le chercher ?. 
Un récit en forme de puzzle à reconstituer. 

L'histoire d'un loyer sans fiches de payes, sans caution, sans espoirs est un récit plus humoristique que les précédentes histoires. Un homme cherche un appartement sans les papiers nécessaires et finalement trouve un logement temporaire d'un genre particulier.
Folie et problème de logement s'entremêlent dans cette courte nouvelle de 3 pages.

La politique est un vilain défaut, mais pas pour les salauds  suit la fin de carrière d'un homme politique confronté à l'opprobre de la rue, du parti d'opposition et du président de la république.
De l'humour noir, une vision cynique de notre système politique et de nos élites. La politique est un vilain défaut, mais pas pour les salauds est le gros morceau de ce recueil. Il vous rappellera sûrement la fin de carrière de l'un de nos hommes politiques.

Crêpe Suzette, c'est l'histoire d'une femme âgée qui s'échappe de sa maison de retraite. La grande évasion se terminera dans une autre sorte de geôle, mais au moins ce ne sont pas ses enfants qui l'y auront placé.
Chronique d'une fin de vie choisie plus que subit. Une critique sociale sur les oubliés volontaires de nos sociétés civilisées. Belle et triste à la fois, une nouvelle qui donne à réfléchir sur  le grand âge.

Petites histoires horribles à lire avant de s'endormir est un excellent petit recueil de nouvelles. Son ambiance et ses sujets abordés d'une manière original sont d'une fraîcheur  étonnante et loin de la production française actuelle très conformiste. L'horreur qu'aborde Françoise Cuz est si proche de notre quotidien qu'elle dérange. Elle fait passer des messages d'alerte sur une société qui nous déshumanise. Formidable jusqu’à la dernière page. Petites histoires horribles à lire avant de s'endormir mérite votre argent.

Petites histoires horribles à lire avant de s'endormir, Françoise Cuz, Éditions Naïve (2010), 110 pages.

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