Jésus contre Hitler : tentacules en folie

Vous connaissez Cthulhu? Pour vous, il ne s'agissait peut-être que d'une création imaginaire de H.P. Lovecraft. Mais John J. Christ, lui, le connait bien: c'est une vieille connaissance. Alors, lorsque le démoniaque dieu poulpe décide de se réveiller pour semer la terreur sur la planète, il faut agir et vite! David Goldstein, le fidèle bras droit de John, ne le sait que trop bien: depuis peu, les rêves du militaire sont peuplés de créatures de cauchemar. Y aurait-il un lien avec l'Apocalypse à tentacules en préparation? C'est ce que nos deux comparses découvriront. Mais pour mener à bien cette mission, il leur faudra de l'aide. De l'aide hautement qualifiée, même...

Parfois mes lectures doivent un peu dérouter le gentil lecteur qui passe par mon blog, parfois la lecture d'un second tome d'une série peut expliquer pourquoi j'ai tenté l'aventure avec un premier épisode. Vous ne comprenez pas ? Relisez le troisième mot du résumé de l’éditeur...

Deuxième épisode des aventures du fils de Dieu dans son combat contre le moustachu qui éructe en allemand avec cette fois un invité tentaculaire. Pour ce second volet, Jésus est informé que quelqu'un cherche a réveillé le grand Cthulhu, le seul le vrai l'unique. Se sachant dépassé par les évènements et ne pouvant compter sur son boulet de co-équipier, David "je fais des cauchemars avec des tentacules dedans" Goldstein pour l'aider, notre sauveur est obligé de demander de l'aide à un spécialiste des Grands Anciens. Toujours accompagné de Goldstein et rejoint par un officier de la Marine américaine, John J. Christ se rend à Providence en 1930 pour demander de l'aide à un vieil écrivain misanthrope...
Et il va en falloir de l'aide, car se rendre en bateau à R'lyeh, affronter des Shantaks toutes griffes dehors et des Profonds croassant ne sera pas une partie de plaisir. Oh il y aura toujours la couche à David a changer, mais ce fardeau notre fils de Dieu commence à en avoir l'habitude.

"Au centre de la table reposait une affreuse statuette. C'était elle qui dégageait cette odeur de poisson crevé. Recouverte d'algue séchée, elle représentait une monstrueuse créature accroupie, mélange contre nature d'une pieuvre, d'un éléphant et d'un dragon. "

Débarrassons-nous tout de suite des défauts communs avec Nazis zombies en Sibérie. Le duo John C. Christ/ David Goldstein ne fonctionne toujours pas vraiment (il y a une nuance pour ce volume voir plus loin dans le paragraphe). L'agence B est toujours aussi mal décrite, avec cette fois une présentation du garage gigantesque (totalement surréaliste et inutile). Voilà c'est tout pour ce volume. Les autres défauts présents dans le premier roman ont purement et simplement disparu.
Tentacules en folie possède un humour plus léger que son prédécesseur et une histoire bien mieux maîtrisée. Il y a toujours quelques facilitées scénaristiques (l'utilisation de la statuette notamment), mais rien de plus grave que ça.
Si j'ai insinué un peu plus haut que la relation John C. Christ et David connaissait une amélioration, il s'agit d'un effet secondaire de l'introduction dans l'histoire de deux personnages, le Lieutenant Cheryl Shanks de l'USS Charity et de Howard Philips Lovecraft. Le lieutenant Shanks (Shantaks sans le ta, vous croyez ?) est chargée de conduire notre duo (trio si l'on compte Lovecraft) à R'lyeh à bord d'un navire de la marine. Plus couillue qu'un David à qui elle fait de l'ombre et plus professionnelle que lui, elle est un personnage immédiatement sympathique.
Pour H. P. Lovecraft, c'est une très bonne surprise, il est décrit comme l'écrivain inadapté que le monde extérieur effraie. Totalement paniqué par la présence féminine du lieutenant Shanks, c'est le comique involontaire du groupe. Il est aussi question d'un Nécronomicon portable, mais je vous laisse le plaisir de sa découverte. Sans vraiment spoiler, le final se laisse une porte ouverte pour un retour dans l'univers de H.P.L.
Bien meilleur que le premier tome sur tous les plans, tentacules en folie est un petit ebook (à prix très raisonnable) qui ne fait pas regretter son achat (1, 49€).

Jésus contre Hitler épisode 2 : Tentacule en folie, Neil Jomunsi, Éditions Walrus, (02/10/2012), 80 pages environ.

Passeurs d'ombre 1 : L'appel de l'ombre

Dans un monde sans soleil où seule la chaleur monte du sol, des hommes et des femmes courageux appelés les passeurs d'ombre sont les seuls humains capables de transiter d'une ville à l'autre pour vendre leurs marchandises et escorter les voyageurs. Les Terres Noires sont peuplées de créatures dangereuses appelées les Surnaturels.  Les passeurs d'ombre, même au péril de leur vie, savent comment les éviter et souvent comment les affronter.
 Jeune bijoutière, Éliane décide de traverser les Terres Noires pour se rendre à Yspareille, la plus grande ville du pays, où elle espère développer son art. En cours de route, elle fait la connaissance d'Ilan et Capricorne, deux jeunes passeurs d'ombre. 
(Résumé éditeur modifié pour ne pas spoiler)

Passeurs d'ombre est une série de sept courtes nouvelles indépendantes racontant le destin de cinq femmes dans le monde des Terres noires. Chaque nouvelle se focalise sur l'une d'entre elles.
La série de Anne Rossi est à mettre dans le genre Fantasy légère orientée pour adolescentes (mais pour ça il fallait lire le résumé spoilant de l'éditeur pour savoir ce détail, ce que je n'ai pas fait...). Chaque nouvelle narre un voyage en compagnie des passeurs d'ombre. Quand je mentionne, un peu plus haut le terme "pour adolescentes", loin de moi l'idée de dénigrer le travail d'Anne Rossi en l'incluant dans une case, mais de vous faire comprendre que l'on retrouve dans sa fantasy, les ingrédients qui ont fait les succès récents de la littérature pour adolescentes (Twilight en tête). L'inévitable triangle amoureux (tellement commun qu'il en devient ridicule) autour de l’héroïne sera la seconde intrigue du récit. Les éléments de fantasy dans Passeurs d'ombre sont pour la plupart des récupérations de légendes et mythologie classiques (Grecque, Nordiques etc...). Rien d'extraordinaire donc. Reste ce point de départ qui m'a intrigué et poussé à continuer ma lecture. Le monde d'Anne Rossi est un monde plongé dans l'obscurité ou seules les citées humaines sont éclairées par la lumières des étoiles (amplifiée par de gigantesques miroirs). Dans les ténèbres, c'est un monde sauvage de forêts pétrifiées, de marécages trompeurs et de tempêtes de sable mortelles. Malheureusement, Madame Rossi ne fera rien d'un peu épique dans ce monde si ce n'est nous raconter une amourette... mais je m'avance un peu sur le second paragraphe de cet article.  
A l'image de Jésus contre Hitler, la première nouvelle est gratuite (et disponible sur toutes les librairies numériques) et les suivantes payantes. 

 La plupart avaient un aspect humain, mais certains, de petits details suggéraient qu'ils ne l'étaient pas tout à fait : des yeux aux pupilles fendues, des phalanges trop poilues, une nuance de peau plus bleue que chair. Un vertige la saisit. Elle se trouvait si loin des Mens ! 

Passe encore que le monde d'Anne Rossi soit peuplé de créatures fantastiques communes (sirènes, elfes et autre satyres) ou bien qu'elle noie ses bonnes idées sous un tombereau de clichés fantasy. Peu importe aussi l'intrigue amoureuse bateau déjà vu et lu ailleurs. Tout ça j'aurai pu le lire et vous en parler avec indulgence, après tout c'était gratuit et court. Seulement l'appel de l'ombre a été écrit comme un premier épisode d'une série et pour permettre au personnage d'Eliane de revenir dans un prochain épisode, Anne Rossi a eu recours au pire événement dramatique scénaristiquement possible. Celui-ci change la fin attendue par le lecteur, mais donne à la nouvelle une conclusion bien machiste. Elaine, lors de son voyage vers Yspareille, se demande si la vie de Passeur d'ombre ne la tenterait pas (en lieu et place de son projet d'ouvrir une bijouterie). Elle rêve d'indépendance et de liberté auprès de l'homme qu'elle aime. Sauf que voilà Anne Rossi la fait rentrer dans le rang et la soumet à la volonté d'un homme. Heureusement que la chose a été écrite par une femme sinon ce serait moins comique.
Voilà le détail qui m'a le plus déplu. J'aurai pu mentionner les personnalités hautement "intéressantes" et "originales" des deux soupirants d'Elaine, mais ce serait être méchant. 
Je ne lirais donc probablement pas la suite des aventures des passeurs d'ombre et je recommande à mes lecteurs d'en faire de même (ou de me dire dans les commentaires pourquoi  vous aimez cette série)

Passeurs d'ombre, épisode 1: L'appel de l'ombre, Anne Rossi, Numeriklivres (10/12), 58 pages.