Le visage jaune

Que dissimule le visage jaune ? Quel secret, quel mensonge recouvre-t-il ? Pour une fois loin de tout ordre moral, Sherlock Holmes est confronté à l'insoupçonnable, au scandale, à ce dont son souci du détail et son hyperlogique ne peuvent rendre compte. Ce visage qui exprime et cache la vérité sera une belle leçon d'humilité pour l'ermite de Baker Street. 
Résumé éditeur

Je ne vais pas vous faire l'affront de vous présenter Conan Doyle, le papa de Sherlock Holmes donc passons directement à mon avis sur ce livre. J’avais déjà lu cette enquête de Sherlock Holmes dans un vieux recueil de nouvelles où il était publié sous le titre La figure jaune (ou la face jaune selon votre édition/traducteur le nom change). Ce qui m'a poussé à le relire dans l'édition Mille et une nuit c'est la traduction récente  de The Adventure of the Yellow Face (1998, la dernière à ma connaissance) et la note du traducteur qui clôt le livre.

Commençons par parler du contenu de cette enquête de Sherlock Holmes. Un certain Mr David Munro, négociant en houblon, vient demander de l'aide à notre détective pour une affaire très personnelle. Installé avec sa femme dans le petit village de Norbury, il aperçoit depuis quelques temps un curieux visage à une des fenêtres de la maison voisine. Plus inquiétant encore sa femme se lève la nuit pour se rendre dans la dite maison sans lui donner une quelconque explication. Elle lui a aussi réclamé une grosse somme d'argent sans lui expliquer clairement le but de cette dépense. Pour Monsieur Munro, il n'est pas question de douter de la fidélité de sa femme, peut être est-elle victime d'un maître chanteur. Avant même de se rendre à Norbury, Holmes a déjà son avis sur le qui, le pourquoi et le comment de cette affaire.

Comme le spoile si gentiment le résumé éditeur, Le visage jaune raconte une des rares aventures ou Sherlock Holmes, trop sur de lui, se trompe dans ses conclusions. Le sujet de cette enquête est de prime abord trompeur pour le lecteur. Infidélité ou chantage sont les conclusions probables de cette enquête que le lecteur, comme Sherlock, entrevoit dans le témoignage de Mr Munro. Il n'en sera pourtant rien et à l'instar de Holmes, le lecteur devra reconnaitre avoir été mené en bateau par un Conan Doyle rusé. Il y a ici, dans cette petite enquête, plusieurs thèmes abordés par Doyle qui connaissent encore aujourd'hui une résonance pour notre époque moderne. L'importance de la communication dans un couple ou la tolérance envers la différence (je reste vague pour ne pas spoiler). Pour une nouvelle écrite en 1893 est des plus étonnant. Sherlock Holmes est plus ici un conseiller conjugale qu'un détective résolvant un crime. Les messages de Conan Doyle passent d'autant mieux que l'histoire ne démarrent que sur des soupçons d'un mari inquiet et pas sur un crime de sang.
Pour finir sur ce petit livre, il me faut mentionner la note du traducteur sobrement nommé : Norbury ou l'humilité où il s'interroge sur la valeur du personnage de Holmes comme porteur de valeurs morale. Farouchement célibataire, drogué, il n'a pourtant rien d'un ange vers qui on irait demander conseil et avis. Il termine sa note sur la conclusion de l'enquête et le progressisme qu'affiche Doyle en parlant d'un sujet quasi tabou à son époque.

Atypique dans la carrière du détective Holmes, Le visage jaune est un conte moral plus qu'une enquête classique. A lire impérativement en gardant en mémoire l'époque de sa publication.

Le visage jaune , Conan Doyle (1893), Traduit par Guillaume Villeneuve, Édition Mille et une nuits (1998)  45 pages.

Aucun commentaire: