Wendigo

Lily Blake est agressée en pleine nuit par deux hommes masqués qui se sont introduits dans sa maison. Ceux-ci kidnappent ses deux enfants. Pendant des semaines, le FBI essaie de les retrouver, mais en vain. En désespoir de cause, Lily a recours aux services d'un détective privé d'origine indienne, John Shooks. Il lui propose de demander à un chaman sioux de faire appel à un esprit de la forêt, le Wendigo, pour les retrouver. Le prix à payer pour ce service est un terrain du côté de Mystery Lake que l'agence immobilière de Lily a l'intention de vendre pour y construire un ensemble résidentiel haut de gamme. Or ces terres appartenaient aux Sioux avant qu'elles leur aient été volées dans les années 1850. Lily est bientôt entraînée dans le monde sanglant et destructeur du Wendigo et apprend au détriment de sa famille qu'il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir et la force d'un esprit... 
 (Résumé Éditeur)


Graham Masterton est un des écrivains qui a fait cauchemarder de plaisir mon adolescence (voir ici), curieusement j'ai arrêté de le lire  en vieillissant. Cet abandon n'était pas, je crois, volontaire. J'ai simplement arrêté de le lire quand Pocket a cessé de publier sa collection Pocket Terreur. Je n'ai jamais lu ses articles pour le magazine Playboy, ni ses guides humoristiques sexy qui ont lancé sa carrière d'écrivain.  Non j'ai fait simplement comme tout le monde, j'ai commencé par de la magie indienne : Manitou (1978) suivi par La vengeance du Manitou (1985) et L'ombre du Manitou (1992). Il y eu aussi Démences et ses fous qui rampent dans les murs (1991), Le miroir de Satan qui rendait hommage au Portrait de Dorian Gray, La nuit des salamandres (1991) et ses humains qui s'immolent par le feu, Vahalla et son héroïne qui tente d'échapper à son mari devenu meurtrier comme dans Shining, Tengu, son démon japonais et sa scène olé olé osée à base de thé brûlant (non je ne détaille pas...). Bref il en a écrit des tas dans le genre de l'horreur.
Il a aussi tenté d'écrire dans d'autres style comme sa série super héroïque Les guerriers de la nuit sauf que le naturel revient très vite au galop chez Masterton et que la série vire à l'horreur plutôt qu'à une simple histoire de collants. Mention très spéciale à "l'introduction" du personnage principal de la série dans les premières pages, complètement folle pour l'époque et qui m'a laissé, malheureusement pour moi, une image mentale indélébile. Les guerriers de la nuit n'ayant pas connu le succès que Masterton espérait, il tente ensuite de faire une série de livre plus grand public. La série des Jim Rook (8 volumes) ou un professeur et ses élèves affrontent, toujours malgré eux, un monstre différent à chaque volume. Pour résumé, Masterton est un bon écrivain qui ne m'a jamais vraiment déçu, ces livres allant toujours du moyen au très bon.  Aujourd'hui pourtant, il va me falloir en chroniquer un mauvais. Wendigo est un de ses livres récents (2009 pour la vf)

<< Elle sortit de son sac à main un petit magnétophone et le posa sur la table basse à coté du livre Star Trek que Sammy était entrain de lire >> (page 163)

Si quelqu'un vous dit un jour que Wendigo est un bon livre et il faudra le gifler de ma part. Les problèmes de ce livre sont tellement nombreux que je vais commencer par le plus facile.  Wendigo à l'air d'être écrit par un romancier débutant pas par un vieux briscard qui a la soixantaine passée. Le vocabulaire est pauvre et ce n'est pas très agréable à lire.
Mon ebook étant en français et reproduisant l'édition Bragelonne de 2009, je soupçonne que la traduction est à mettre en cause plus que Masterton sur ce point. Autre souci, plus subjectif est la forme du récit. Masterton a choisi d'écrire du point de vue de son héroïne et de ne pas se gêner d'une intrigue secondaire. Pour une nouvelle courte, le procédé n'aurait pas poser de problème, mais pour un livre de plus de trois cents pages, le train-train s'installe assez vite. Si les deux premiers point peuvent vous sembler subjectif, après tout vous avez le droit d'aimer les livres simples et mal traduit je ne juge pas, le vrai problème de Wendigo est tailleur... enfin je veux dire... ailleurs.

Lily Blake est l’héroïne de ce roman et c'est sur ses frêles épaules d'agent immobilier que repose la crédibilité du récit. Les mères courages, ça ne manque pas dans la littérature, les femmes fortes non plus. Vahalla, du même auteur, était un bon exemple de femme battante.
Avec Lily, après la page 50, vous vous demanderez si ces enfants ne sont pas mieux sans elle, après la page 150 vous regretterez qu'elle ne soit pas morte à petit feu au début du livre.
Lily est une jeune divorcée, très belle, qui fait tourner les têtes des hommes qu'elle croise. C'est simple, presque tous les hommes de Wendigo lui font du plat (plus ou moins subtilement d'ailleurs).
A l'image d'une mauvaise héroïne de Chick-Lit, elle fait semblant d'être indépendante et demande l'aide masculine qui l'entoure. Pire encore, elle est narcissique et prompte à la victimisation.
Au début du livre, elle explique avoir empêché Jeff de voir ses deux enfants. Pourtant, une centaine de pages plus loin, elle prétend le contraire se rachetant une virginité sur la raison des actions de son mari. Il y a aussi sa rencontre avec ce Shaman Sioux qui va la mettre en contact avec Wendigo qu'elle trouve très beau. C'est simple chaque fois qu'elle va le croiser dans le récit elle se pâme d'admiration. Quand les choses tourneront mal, elle y rajoutera une nuance concédant au lecteur veinard qu'il n'est pas très gentil avec elle. J'ai dit qu'elle était superficielle non ? Vraiment ? Et bien j'aurai dû.
Je n'ose pas parler du sort des hommes dans Wendigo qui ne sont là que pour servir de chair à canon pour le Wendigo ou Lily. John Shooks (noter la ressemblance de nom avec Jim Rook) m'a semblé le seul à posséder une personnalité attachante (un rien calqué sur celle du héros de la série Manitou).
Superficielle, narcissique passe encore pour une héroïne de Chick-Lit féministe c'est le minimum syndical. La seule chose que Lily réussit très bien dans Wendigo et sans l'aide d'un homme, c'est terroriser la mère de son ex-mari âgée de 70 ans. Oui Lily est une femme forte, mais prudente !

<< Mon Dieu, pensa-t-elle, le Wendigo. Il est ici. Le Wendigo est dans la maison. >> (page 107)
Aussi dans le miroir de la salle de bain entrain de te mater prendre ta douche  (non je ne plaisante pas, la scène est dans le livre...)

Pour ne rien vous cacher, j'ai d'abord cru que le livre s'adressait à un lectorat féminin pour finalement me rendre compte que si une femme ne pouvait pas s'identifier à Lily. Shopping, cuisine, hystérie, elle est le portrait de la femme objet superficielle dans toute sa splendeur. Elle n'assume rien, ni ses propos, ni les conséquences de ses actions, ne regrette rien  et qu'importe ce qui arrive tant qu'elle a ses enfants et sa maison (ou sa cuisine vu le temps qu'elle y passe dans la seconde partie du livre).
J'ai dit beaucoup de mal jusqu’à maintenant, il me faut quand même dire que la marque de fabrique de Masterton est bien présente. La mythologie indienne qui a inspiré l'histoire, sa créature effrayante, le gore et les scènes d'attente angoissantes ou l'auteur joue avec nos nerfs.
Le livre se lit rapidement, encore un marque de fabrique de Masterton, mais n'en vaut pas vraiment la peine. Il aurait pu être drôle, il n'est que pénible. Jamais je n'ai sympathisé avec Lily et ses problèmes (pourtant graves), pas parce que je ne suis pas une femme ou une mère, mais parce qu'il m'est difficile de compatir au sort d'un personnage aussi égoïste et cynique. Je ne révèle pas comment le livre se termine, mais la fin confirme bien l'aspect premier degré de l'histoire.
Un conseil éviter ce livre, c'est un des rares mauvais Masterton, très loin de ce qu'il est capable de faire en temps normal.

Wendigo, Graham Masterton, Traduit par François Truchaud, Bragelonne (2009), 334 pages