Le maître a de plus en plus d'humour

L'usine a fait faillite, maître Ding est licencié. A seulement un mois de la retraite, c'est tout un monde qui s'effondre. Mais il retrouve soudain sa joie de vivre grâce à une idée géniale. Oui, mais cette idée... ne serait-elle pas un peu criminelle ?

En fait elle est totalement criminelle. Mo Yan a reçu le prix Nobel il n'y a pas si longtemps, il a donc maintenant le droit de figurer sur mon blog. J'ai des standards pour les auteurs asiatiques, ils doivent savoir préparer de délicieux sushis ou avoir le prix Nobel pour avoir l'honneur d'être lu par moi. Bon il y a aussi ceux qui parlent de sexe et d'écolières en jupette. 
Mo Yan et bien rentre dans deux de ces catégories le Nobel et le sexe. C'est drôle j'ai maintenant l'impression d'avoir toute votre attention. 

 Né dans une province rurale de Chine, Mo Yan de son vrai nom Guan Moye a publié plus de quatre-vingts nouvelles et une dizaine de romans, dont Beaux seins, belles fesses, Le chantier et Grenouille.    
Quatrième de couverture

J'ai lu quelques critiques de ce livre avant de l'acheter. C'est rare que je le fasse. Toutes s'accordaient pour dire que ce livre était une critique contre le gouvernement chinois, une dénonciation de sa politique économique et autres billevesées issus de l'esprit tordu de nos critiques professionnels. Oui je dénonce grave (en fait pas du tout).  
Le maître a de plus en plus d'humour en réalité démarre sur une légère critique sociale, de l'ordre d'une très polie lutte des classes. L’honnête travailleur et les promesses non-tenues de la classe dirigeante incarnés dans le livre par l'adjoint du maire et le directeur de l'usine. Tout ce beau monde rejette la faute sur l'économie mondiale en louant le dur labeur du héros et son obéissance sans faille durant toute sa carrière dans l'usine. Tous lui promettent de l'aider dans son malheur, mais aucun ne tient parole.
Notre héros lui n'en veut a personne sauf à lui même. Pour un peu, on pourrait croire que Mo Yan à écrit La case de l'oncle Tom version chinoise dans ses premiers chapitres avec sa critique sociale qui fait l'éloge de la classe dirigeante dans ses bonnes intentions et loue le fidèle petit travailleur.
Très vite le héros au chômage se voit confronté à la honte de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa femme et de se faire prêter de l'argent par ami.
Puis lui vient une idée pour gagner l'argent qui lui manque. Une idée farfelue, illégale et qui dédramatise absolument tout le livre. Le ton lourd du début devient celui d'une comédie et la fin déclenchera chez le lecteur un joli éclat de rire.
La tendresse de Mo Yan envers ses contemporains chinois est évidente, son humour aussi. Le Maître a de plus en plus d'humour tient plus de la gentille farce que de la satire sociétale et c'est probablement pour ça que Mo Yan est libre d'écrire des livres au lieu de croupir en prison. A lire entre deux livres plus sérieux.

Le maître a de plus en plus d'humour, Mo Yan, Traducteur Noël Dutrait, Éditeur Seuil, Collection Points (04/06), 107 pages.

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